La bataille de Diên Biên Phu est un affrontement de la guerre d'Indochine qui oppose les troupes de l'Union française aux forces du Việt Minh. Elle s'articule autour des différents assauts lancés entre le 13 mars et le 7 mai 1954 et constitue l'affrontement décisif de l'opération Castor. La victoire des forces du Viêt Minh (commandées par le général Giáp) contre le corps expéditionnaire français (composé de diverses unités de l’armée française, des troupes coloniales et autochtones, sous le commandement du colonel de Castries — promu général durant la bataille —), entraîne la chute de la ville et de sa plaine environnante et contribue à accélérer les négociations engagées à Genève pour le règlement des conflits en Asie (Corée et Indochine).
Cette bataille, localisée près de la ville de Diên Biên Phu (en vietnamien : Ðiện Biên Phủ), se termina le 7 mai 1954 par arrêt du feu, selon les consignes reçues de l'état-major français à Hanoï. Hormis l'embuscade du groupe mobile 100 entre An Khê et Pleiku, en juin 1954, la bataille de Diên Biên Phu fut le dernier affrontement majeur de la guerre d'Indochine.
La France quitta la partie nord du Viêt Nam, après les accords de Genève signés en juillet 1954, qui instaurèrent une partition du pays de part et d'autre du 17e parallèle nord.
Les accords stipulaient que la séparation serait temporaire. Des élections générales visant à unifier le pays devaient avoir lieu en juillet 1956, mais le Sud-Vietnam organisa ses propres élections parlementaires et promulgua sa propre constitution en 1956. Il était clair que les communistes remporteraient les élections car ils avaient combattu victorieusement le colonialisme. Avant ça, en décembre 1955, le Sud-Vietnam se retira non seulement de l'Union française, mais abandonna également son alliance économique avec la France.
En métropole, la défaite de Diên Biên Phu provoque la chute du gouvernement Laniel II.
Depuis 1946, la France a engagé des moyens militaires importants en Indochine afin de combattre le Viêt Minh (organisation armée du Parti communiste vietnamien), dirigé par Hô Chi Minh qui lutte pour l'indépendance. Les généraux se succédaient — Philippe Leclerc de Hauteclocque, Jean-Étienne Valluy, Roger Blaizot, Marcel Carpentier, Jean de Lattre de Tassigny et Raoul Salan — sans réussir à mettre fin à l'insurrection viêt minh. En 1953, la guerre d'Indochine n'évoluait pas en faveur de la France. Pendant la campagne 1952–53, le Viêt Minh avait occupé de larges portions de territoires du Laos, un allié de la France et voisin occidental du Viêt Nam, avançant aussi loin que Luang Prabang et la plaine des Jarres. Les Français ne purent freiner son avance et le Viêt Minh n'interrompit sa progression que lorsque ses voies de communication, toujours plus étirées, devinrent impraticables.
À partir de la mi-1952, le corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO) tente de bloquer l'avancée des troupes du Viêt Minh vers le Laos. Les Français avaient commencé à renforcer leurs défenses dans la région du delta de Hanoï pour préparer une série d'offensives contre les zones de regroupement Viêt Minh au nord-ouest du Viêt Nam. Ils avaient fortifié les villes et des avant-postes dans la zone, jusqu'à Lai Chau près de la frontière chinoise au nord, Na San à l'ouest d'Hanoï, et la plaine des Jarres dans le Nord du Laos.
La stratégie française est inspirée des techniques de combat Chindits : créer une enclave dans la jungle au milieu du territoire ennemi, une base opérationnelle ravitaillée par le transport aérien et permettant le contrôle d'une large zone forestière. Les Français vont conforter ce concept avec un important appui-feu : des mortiers, des mitrailleuses lourdes et une quantité énorme de munitions. Cette tactique du « camp-hérisson » fortement protégé avait été employée avec succès lors de la bataille de Na San, en octobre et décembre 1952, où un premier camp retranché avait été mis en place.
En mai 1953, le président du Conseil français, René Mayer, nomma le général Henri Navarre au commandement des forces de l'Union française en Indochine. Mayer donna à Navarre pour simple ordre de mission : créer les conditions militaires qui permettront d'amener une « solution politique honorable ». Le gouvernement français savait la situation en Indochine inéluctable : l'objectif assigné à Navarre était d'infliger une défaite majeure au Viêt Minh afin de pouvoir négocier un accord en position de force.
En arrivant, Navarre fut choqué par ce qu'il trouva. Aucun plan à long terme n'avait été élaboré depuis le départ de de Lattre, les opérations étant purement conduites sur un mode réactif, en réponse aux mouvements ennemis. Il n'y avait pas de plan pour développer l'organisation et améliorer l'équipement du corps expéditionnaire.
Après avoir évacué la base de Na San du 7 au 12 août 1953, Navarre élabore un plan sur plusieurs années : tout d'abord une attitude défensive dans le Tonkin, avec néanmoins des opérations ponctuelles (« Hirondelle », « Camargue » et « Mouette »), tout en continuant la pacification de la Cochinchine en attendant que l'Armée nationale vietnamienne prenne le relais ; lorsque la situation s'est améliorée, reprendre l'offensive. Giáp a écrit dans un de ses livres que ce plan l'avait beaucoup inquiété, d'où sa reprise de l'avancée des forces viet minh en août 1953. Renseigné sur ces mouvements, le commandement français décide alors de créer un second camp à Diên Biên Phu.
Diên Biên Phu est une plaine en forme de cuvette (la plus grande du Nord après le delta du fleuve Rouge) située au nord-ouest du Viêt Nam dans la province de Lai Châu dans le haut Tonkin, et au centre de laquelle se trouve le petit village de Diên Biên Phu. Elle se trouve à proximité des frontières chinoise et laotienne, en plein Pays Taï (pays des tai dam).
En vietnamien, Ðiện désigne une administration, Biên un espace frontalier et Phủ un district, soit en français « chef-lieu d'administration préfectorale frontalière ». En langue tai, la ville se nomme Muong Tenh, muong, désignant le lieu, pays ou ville et tenh, le ciel.
La plaine est couverte de rizières et de champs, avec le village proprement dit, et une rivière, la Nam Youn, qui la traverse. C'est le seul endroit plat à des centaines de kilomètres à la ronde, avec une altitude moyenne de 400 mètres. L'habitat, essentiellement de maisons sur pilotis, est dispersé. La vallée comporte un ancien aérodrome aménagé par les Japonais durant la Seconde Guerre mondiale. Il est orienté dans le sens nord-sud et dispose de deux pistes plus ou moins parallèles à la rivière.
La vallée, aussi orientée nord-sud, a une longueur de 17 kilomètres. La largeur d'est en ouest varie de cinq à sept kilomètres. À l'est et au nord-est se trouve une zone de petites collines grimpant progressivement vers des sommets boisés qui s'étagent entre 1 000 et 1 300 mètres. La dénivellation entre la vallée et les cimes des montagnes varie de 600 à 700 mètres.
Son climat tropical est très humide en période de mousson. Le ciel y est alors couvert avec un plafond très bas, ce qui explique pour partie les difficultés opérationnelles (notamment d'intervention aérienne) lors de la bataille.
Diên Biên Phu est relié au reste du pays par la route provinciale 41 (RP 41), qui conduit à Hanoï, et par une piste qui se dirige au nord vers la Chine, via Laï Chau, capitale du Pays Taï.
Au matin du 20 novembre 1953, dans le cadre de l'opération Castor, deux bataillons de parachutistes français, le 6e bataillon de parachutistes coloniaux (6e BPC), du chef de bataillon Bigeard, et le deuxième bataillon du 1er régiment de chasseurs parachutistes (II/1er RCP) du chef de bataillon Bréchignac s’emparent de la vallée de Diện Biên Phu, défendue par un détachement peu important de l’armée việt minh. D’autres unités parachutistes sont larguées en renfort dans l’après-midi et les jours qui suivent, notamment le 1er bataillon de parachutistes coloniaux (1er BPC), du chef de bataillon Souquet, le 1er bataillon étranger de parachutistes (1er BEP) du chef de bataillon Guiraud, le 8e bataillon de parachutistes de choc (8e BPC) du capitaine Tourret et le 5e bataillon de parachutistes vietnamiens (5e BPVN) du chef de bataillon Bouvery.