Ce Jour-là

Bataille de Chemillé (11 avril 1793)

Bataille de la guerre de Vendée

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La bataille de Chemillé, également connue sous le nom de Choc de Chemillé, se déroule le 11 avril 1793 lors de la guerre de Vendée. Elle s'achève par la victoire des Vendéens, qui repoussent l'attaque des républicains visant à prendre la petite ville de Chemillé.

En mars 1793, le territoires des Mauges, dans le sud-ouest du Maine-et-Loire, entre en insurrection contre la levée en masse. Les insurgés s'emparent de Chemillé le 13 mars, puis de Cholet le 14, de Vihiers le 16 et de Saint-Lambert-du-Lattay et Chalonnes-sur-Loire le 21. À la fin du mois, 2 500 républicains s'installent à Saint-Lambert-du-Lattay et Beaulieu-sur-Layon afin de protéger Les Ponts-de-Cé. Le 30 mars, ils parviennent à contenir une attaque des insurgés lors du combat de Grandes Tailles, entre Saint-Lambert-du-Lattay et Chanzeaux.

Le 6 avril, les gendarmes à pied de la 35e division, dit les « Vainqueurs de la Bastille », arrivent à Saint-Lambert-du-Lattay. Forts de 800 hommes commandés par le lieutenant-colonel Jean-Antoine Rossignol, ils sont divisés en huit compagnies, dont deux composées de soldats de l'ancien régiment des Gardes françaises et six constituées d'ouvriers parisiens.

Le 8 avril, le général Jean-François Berruyer arrive à son tour à Saint-Lambert. Le 9, les représentants en mission Choudieu et Richard lui donnent l'ordre de lancer une offensive contre les territoires insurgés. Celui-ci s'exécute à contre-cœur, estimant que mis à part les gendarmes de la 35e division et les gardes nationales d'Angers et d'Indre-et-Loire, les troupes sous ses ordres sont trop peu aguerries.

Le 10 avril, les forces républicaines dans le Maine-et-Loire se mettent en marche, divisées en trois corps. Le premier, commandé par Gauvilliers et fort de 4 000 hommes, doit suivre la Loire. Le deuxième, commandé directement par Berruyer et Duhoux de Hauterive et également fort de 4 000 hommes, part de Saint-Lambert-du-Lattay et marche sur Chemillé. Le troisième, commandé par Leigonyer et fort de 4 000 à 8 000 hommes selon les estimations, doit prendre Coron et Vezins. De plus, les 3 000 à 4 000 hommes de Quétineau postés à Bressuire, dans les Deux-Sèvres, reçoivent l'ordre de marcher sur Les Aubiers afin de menacer les Vendéens sur leur flanc droit.

Berruyer divise son corps en deux colonnes : la première, commandée par lui-même et avec pour seconds Menou et Mangin, doit attaquer directement Chemillé par le nord ; la seconde, commandée par Duhoux, passe par La Jumellière, où elle débusque un poste de 600 à 700 Vendéens.

Le matin du 11 avril, des soldats républicains — probablement des gendarmes parisiens — brûlent le village de Barré, près du Pont-Barré, à l'ouest de Beaulieu-sur-Layon, et massacrent plusieurs de ses habitants. Ces exactions sont dénoncées le lendemain par les représentants Choudieu et Goupilleau de Fontenay qui rapportent que : « des femmes, des enfants, des vieillards, des patriotes même ont été massacrés sans pitié, et c'est au moment où ils nous attendaient comme leur libérateurs qu'ils reçoivent la mort de la main même de leurs frères ». Quelques mois plus tard, le représentant Philippeaux accusera le général Rossignol d'avoir été l'un des principaux auteurs des premiers massacres en Vendée.

Le 11 avril, à midi, les troupes de Berruyer sont devant Chemillé. Commandés par Maurice d'Elbée et Jacques Cathelineau, les Vendéens sont retranchés sur la grande route et derrière l'Hyrome. La petite ville a été fortifiée par les insurgés. Tous les ponts qui traversent la rivière sont coupés, tandis qu'une tranchée et une redoute, où sont placés des canons, coupent la grande route d'Angers. Enfin, l'église Saint-Pierre est crénelée : un retranchement en terre l'entoure et des meurtrières sont percées dans les murailles.

Berruyer donne à Menou le commandement du flanc droit, tandis que lui-même prend la tête du flanc gauche. Les gendarmes à pied de la 35e division sont placés au centre. Les républicains passent alors à l'attaque et franchissent la rivière. Les gendarmes à pied s'emparent dans un premier temps d'une batterie d'artillerie, mais la fuite des bataillons de volontaires les contraint à reculer.

Cependant les forces de Duhoux arrivent en renfort pour soutenir Menou et un nouvel assaut est lancé par les gendarmes et les gardes nationaux d'Angers. Cette fois les républicains bousculent les lignes vendéennes, s'emparent des retranchements, puis prennent position sur la place de l'église Saint-Pierre. Cinq canons sont enlevés, dont un de 8 livres, et un autre est encloué et jeté dans la rivière. La ville est incendiée, mais à la tombée de la nuit elle est toujours le théâtre de combats confus au corps-à-corps.

Des prisonniers patriotes liés entre eux et placés en première ligne comme boucliers humains auraient alors profité du désordre pour s'élancer vers les lignes républicaines. Mais dans l'obscurité, des volontaires auraient confondu ce mouvement avec une attaque ennemie et auraient pris la fuite.

Sur la place Saint-Pierre, les combattants retranchés dans l'église résistent et un insurgé fait exploser une réserve de munitions, aggravant encore la panique des patriotes. D'Elbée s'aperçoit alors du désarroi dans les rangs républicains et lance une contre-attaque. Finalement le général Berruyer ordonne la retraite et se replie sur Saint-Lambert-du-Lattay, où il arrive à minuit.

Le soir du 11 avril, Chemillé reste aux mains des Vendéens. Le combat a duré entre 10 et 12 heures.

Les pertes ne sont pas connues avec exactitude. En 2022, l'historien Philippe Candé rapporte que les affrontements auraient fait plusieurs centaines de morts et autant de blessés.

Après les combats, le général Berruyer et le représentant Choudieu déclarent que les insurgés ont perdu environ 600 hommes. Le 13 avril, le représentant en mission Richard, au nom des commissaires de la Convention envoyés dans les départements de Maine-et-Loire et de la Sarthe, annonce un bilan de 15 morts chez les républicains, contre 500 à 600 tués chez les « brigands », 133 patriotes délivrés et six canons capturés. Dans son rapport, le général Berruyer donne un bilan d'environ 20 morts et 60 blessés pour ses troupes, contre 600 tués chez les insurgés. François Houdiard, commandant des tirailleurs du général Menou, fait état d'un « carnage » dans les rangs des Vendéens et rapporte la libération de 175 prisonniers.

Le prêtre réfractaire Jacques Cantiteau affirme pour sa part avoir vu dans des « papiers officiels », mais sans davantage de précision, que 1 500 républicains furent mis hors de combat à Chemillé. Ce bilan est repris par l'abbé Félix Deniau, mais il est très probablement exagéré. En 1840, l'historien militaire Patu-Deschautschamps, donne un bilan de 15 tués, dont deux officiers, et 60 blessés du côté des républicains et porte les pertes vendéennes entre 200 et 300. Il fait également état de 133 prisonniers délivrés et de cinq canons capturés par les républicains.

Environ 400 républicains auraient également été faits prisonniers.

Selon une étude publiée par Manuel Jobar en 2007, les insurgés originaires de Chemillé payent un lourd tribut : 10 % des hommes pour lesquels un état de service est disponible ont été tués lors de cette bataille, soit une soixantaine des 602 insurgés chemillois répertoriés.

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