La bataille de Berlin constitue la dernière grande bataille terrestre du front européen de la Seconde Guerre mondiale. Elle s'inscrit dans la phase finale de l’effondrement du Troisième Reich et marque l'ultime étape de la contre-offensive menée par l'Armée rouge contre l'Allemagne nazie. Permise par les succès soviétiques sur le front de l’Est, avec notamment l'offensive Vistule-Oder lancée en janvier 1945, ainsi que par la campagne d’Allemagne conduite simultanément par les forces alliées occidentales, l'offensive finale contre la capitale du Reich est déclenchée le 16 avril 1945. Après plusieurs semaines de combats particulièrement violents impliquant les civils berlinois, la bataille s'achève le 2 mai 1945 par la reddition de la garnison allemande de la ville face aux forces soviétiques.
L'opération est menée par plusieurs fronts soviétiques qui convergent vers la capitale allemande. Le 21 avril 1945, la ville est progressivement encerclée par les forces du maréchal Konstantin Rokossovski au nord, celles du maréchal Gueorgui Joukov à l'est et celles du maréchal Ivan Koniev au sud. La progression soviétique se heurte néanmoins à une résistance allemande acharnée, composée de soldats de la Wehrmacht, d'unités de Waffen-SS aussi bien nationales qu'étrangères, et de formations improvisées du Volkssturm. La capitale allemande, déjà sévèrement endommagée par les bombardements alliés, est transformée en un vaste champ de ruines sous l'effet de l'artillerie soviétique et des combats urbains, rendant la progression vers le centre-ville particulièrement coûteuse.
Durant la bataille, Adolf Hitler, dirigeant d'un régime en pleine désagrégation, demeure dans le Führerbunker et tente de coordonner la défense de la capitale. Toutefois, les forces allemandes, sous-équipées et largement inférieures en nombre, ne peuvent opposer qu'une résistance limitée face à la supériorité matérielle et humaine des armées soviétiques. Alors que la défaite devient inévitable et que les troupes soviétiques atteignent le cœur de la ville, Hitler se suicide le 30 avril 1945.
La prise de Berlin entraîne l’effondrement définitif du pouvoir nazi et précipite la fin des combats en Europe. Quelques jours après la reddition de la ville, l'Allemagne capitule sans condition le 8 mai 1945, mettant un terme à la guerre en Europe.
Cet ultime affrontement constitue ainsi l'une des batailles les plus destructrices du conflit et symbolise la chute finale du régime hitlérien. La bataille de Berlin est en effet l'une des plus coûteuses en vies humaines de toute la Seconde Guerre mondiale.
Effondrement du Troisième Reich en 1945
Au début de l'année 1945, seule une infime partie de l'Allemagne a été envahie. À l'Est, les Soviétiques sont aux portes de la Prusse-Orientale, devant Varsovie et ont encerclé Budapest. À l'ouest, les Alliés stationnent devant la ligne Siegfried, protégeant la rive gauche du Rhin, en face de la Belgique et de la Lorraine. En France, la poche de Colmar est encore sous contrôle allemand.
Le 12 janvier 1945, les Soviétiques déclenchent une offensive massive (de la Baltique aux Carpates), sous le commandement des maréchaux Tcherniakovski (3e front biélorusse), Rokossovski (2e front biélorusse), Joukov (1er front biélorusse) et Koniev (1er front ukrainien). Staline joue de la compétition entre ces maréchaux pour leur faire réaliser les avancées les plus foudroyantes. En outre, les forces allemandes sont concentrées sur le front ouest en raison de la bataille des Ardennes. En moins de trois semaines, la Wehrmacht (groupe d'armées Vistule) est détruite et l'Armée rouge conquiert l'essentiel de la Pologne d'avant 1939 ; elle s'empare des zones industrielles vitales de la Silésie et de la plus grande partie de la Prusse-Orientale ; elle atteint l'Oder (future frontière germano-polonaise) à Custrin le 31 janvier.
Hitler ordonne, comme toujours, à ses généraux de ne plus reculer et de contre-attaquer. Ses analyses, complètement déconnectées de la réalité, ne prennent pas en compte que chaque armée allemande nominale a en fait tout au plus la valeur combative d'une division. Il se brouille régulièrement avec Heinz Guderian, chef d'état-major pour le front de l'Est qui lui tient tête en vain, jusqu'à son remplacement fin mars par le général Hans Krebs.
En pénétrant sur le sol allemand, les troupes soviétiques ont propagé la panique parmi les populations allemandes des provinces de l'Est. D'innombrables cas de pillages, de meurtres et de viols collectifs sont rapportés par la propagande de Joseph Goebbels et ont été plus tard attestés à mots couverts par les archives militaires russes. Un exode massif draine vers l'Ouest des millions de réfugiés des territoires allemands qui ont déjà été attribués, par les Alliés à la Pologne, à l'est de la ligne Oder-Neisse. Les pertes civiles sont très importantes, comme lors du torpillage par un sous-marin soviétique du paquebot Wilhelm Gustloff, évacuant des réfugiés allemands par la mer Baltique. Le froid, la famine et les bombardements sont les causes de mortalité les plus fréquentes.
Les réfugiés allemands sont très rarement pris en charge par les autorités nazies. Il se peut que la désorganisation générale et la fuite rapide des plus hauts cadres nazis en soit la principale cause mais il est également vraisemblable que cela fut une stratégie délibérée pour inciter les soldats allemands à combattre plus énergiquement pour protéger les civils restés sur leur sol natal. Le Führer avait par ailleurs demandé que soit appliquée dans toute l'Allemagne la politique de la terre brûlée, ne pouvant supporter que le sol national allemand tombe dans les mains des Slaves sans qu'il soit retourné à l'âge de la Pierre. Il estimait également que le peuple allemand, qui avait échoué dans le dessein qu'il lui vouait, méritait son sort de destruction et s'était, selon plusieurs témoignages, complètement identifié à l'Allemagne, considérant que sa propre disparition était liée à la disparition de son pays. Albert Speer, intime d'Hitler et ministre de l'Armement, fait la tournée des Gauleiter pour les inciter à refuser d'obéir aux directives allant dans ce sens.
Le 13 février 1945, les Soviétiques s'emparent de Budapest, durement défendue par les Allemands. Les Alliés à l'Ouest s'avancent jusqu'au Rhin. Les bombardements stratégiques américano-britanniques continuent à accabler l'Allemagne : du 13 au 15 février, le bombardement de Dresde, alors lieu de transit de nombreux réfugiés, cause près de 25 000 morts.
En mars 1945, l'Armée rouge conquiert la Poméranie, assiège Königsberg et Breslau et a établi des têtes de ponts sur la rive occidentale de l'Oder, à moins de 50 kilomètres de Berlin.
Plan initial des Alliés à l'ouest
Les forces alliées, à l'ouest, progressent à l'Est du Rhin début mars et la IIIe armée de George Patton opère une percée fulgurante en Allemagne centrale. Le 1er avril, le groupe d'armées B du maréchal allemand Walter Model est encerclé dans la Ruhr, région frontalière avec la Belgique. Les Alliés avancent alors plus rapidement que les Soviétiques. Ils sont susceptibles d'arriver à Berlin ou à Prague avant eux. C'est du reste ce que souhaitent Patton, Winston Churchill et Bernard Montgomery, qui craignent un futur conflit avec les Soviétiques et qui verraient dans la prise de Berlin une première victoire symbolique.
Le quartier général allié est installé à Bad Wildungen. Ici, l'état-major y établit les dernières directives qui devraient permettre de prendre Berlin. La Ire Armée canadienne de Harry Crerar doit se diriger vers Verden puis remonter vers le nord. La IIe armée britannique de Miles Dempsey, également assignée au nord du pays, prend quant à elle la route vers Bad Fallingbostel puis Uelzen avant de franchir l'Elbe à Wittenberge afin de se retrouver au nord de Berlin. Plus au sud, les Ire et IIIe armées américaines, commandées par George Patton, visent Leipzig. La IXe armée américaine de William Simpson convoite directement la capitale allemande. Située au centre de l'avancée alliée, elle planifie une offensive coordonnée afin de franchir l'Elbe et percer les défenses de Walther Wenck, dont les forces sont retranchées entre Wittenberge et Roßlau. La 2e division blindée de Philippe Leclerc participe dans un premier temps à l'avancée américaine, conjointement avec la IXe armée, avant de changer d'objectif et se diriger au sud, dans les Alpes allemandes.