Ce Jour-là

Bataille d'Iwo Jima

Engagement terrestre allié majeur de 1945, campagne des archipels Ogasawa et Ryūkyū, guerre du Pacifique

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La bataille d'Iwo Jima est l'assaut, durant la guerre du Pacifique, mené par les forces américaines sur l'île japonaise d'Iwo Jima (硫黄島, Iōtō), petite île faisant partie de l'archipel d'Ogasawara, à environ 1 000 km au sud de Tokyo et solidement défendue par l'Armée impériale japonaise. Elle se déroule entre février et mars 1945 et s'achève par la conquête de l'île par les Américains au prix de 20 703 tués et 1 152 disparus côté japonais (la quasi-totalité de la garnison), ainsi que 6 821 tués, 492 disparus et 19 189 blessés côté américain.

La bataille est particulièrement médiatisée par la photographie des Marines érigeant le drapeau au sommet du mont Suribachi (prise le 23 février 1945 par le photographe américain Joe Rosenthal).

Bombardements des mois précédents et contexte de l'assaut

L'île subit les bombardements les plus longs de toute la guerre du Pacifique avec, d'août à octobre 1944, 48 raids aériens, principalement pour détruire ses deux aérodromes. À partir du 8 décembre 1944, les forces navales américaines prirent le relais.

Au début de 1945, le Japon était bombardé quotidiennement depuis les îles Mariannes (opération Scavenger (en)) et Iwo Jima sert de station d'alerte pour la défense nippone. Fin décembre 1944, les Alliés avaient débarqué sur l'île de Leyte dans les Philippines et la conquirent bien plus rapidement qu'ils ne l'escomptaient. L'invasion de l'île d'Okinawa ne pouvait cependant pas commencer avant plusieurs mois pour des raisons logistiques, il fut donc décidé d'envahir Iwo Jima pendant ce laps de temps et de prendre le contrôle de ses aérodromes, d'importance stratégique pour la suite des opérations, sous le nom d'opération Detachment.

L'île, d'une superficie de seulement 21 km2, présente dans son ensemble un relief relativement plat, avec un plateau sur sa partie la plus large au nord et une pointe sud basse et resserrée, mais à l'extrémité de laquelle se dresse le volcan Suribachi. Les défenseurs japonais étaient prêts. L'île était défendue par une garnison de 22 000 soldats composée de la 109e division d'infanterie japonaise et de renforts. Elle était fortifiée par un réseau de protections souterraines, dont le but était d'infliger des pertes sévères aux Alliés et de les décourager d'envahir l'archipel du Japon. Tous devaient faire le sacrifice de leur vie pour leur patrie en emportant dix ennemis avec eux. Les invasions d'autres îles tenues par les Japonais, les mois précédents, avaient rendu les Américains méfiants. Ainsi, à partir du 16 février, débuta un pilonnage aérien et naval systématique, qui dura trois jours. Malgré cela, les défenses enterrées furent très peu endommagées.

L'assaut amphibie commença le 19 février à 9 heures. Les unités américaines se retrouvèrent très rapidement bloquées sur la plage sous un intense tir croisé d'artillerie, de mitrailleuses et de snipers d'unités japonaises retranchées dans de bonnes positions défensives qu'elles avaient mis des mois à construire et que les bombardements préalables à l'invasion avaient à peine endommagées. Au fur et à mesure que des vagues successives de Marines étaient acheminées sur l'île, la zone de débarquement se retrouva bientôt bondée augmentant encore plus les pertes au combat des forces américaines toujours incapables d'avancer. Deux heures à peine après le début de l'offensive, on fit déjà appel aux unités d'infanterie de réserve. La plage ne fut à peu près sécurisée que le soir ; cependant les tirs de snipers sporadiques ne cesseront qu'après la prise du mont Suribachi quatre jours plus tard.

L'opération Detachment regroupait 8 cuirassés, 8 croiseurs et 10 porte-avions d'escorte. Cette flotte est chargée d'appuyer le Ve corps amphibie (3e, 4e et 5e divisions de Marines) composé de 30 000 hommes qui débarquent sur la longue plage sud-est de l'île le 19 février. Ils doivent faire face à un feu nourri depuis le volcan Suribachi qui domine au sud de la plage. Les Japonais ont attendu que les Marines aient mis pied à terre avant de déclencher un feu important. Les Américains sont cloués sur les plages mais la progression se fait avec l'appui du feu de la Marine. À la fin du premier jour, ils ont réussi à établir une tête de pont sur toute l'extrémité sud de l'île, excepté le mont Suribachi.

Il n'était pas possible de creuser des trous dans le basalte et seuls les lance-flammes et les grenades purent déloger les défenseurs retranchés. Quarante mille hommes débarquèrent les jours suivants et, finalement, le 23 février, le sommet est atteint. Un drapeau est élevé sur le Suribachi et un deuxième le remplace peu après. La scène du deuxième est immortalisée par un cliché de Joe Rosenthal, Raising the Flag on Iwo Jima.

L'île comprenait 2 aérodromes et un 3e en construction sur le plateau de la partie nord de l'île.

Les 22 000 Japonais se battirent avec opiniâtreté mais un premier aérodrome est pris le 22 février. Le deuxième fut l'objet de combats sauvages et décousus où des groupes de Japonais, sur les initiatives individuelles de quelques officiers mais pas du haut-commandement impérial sur l'île, se lancèrent dans des contre-attaques suicides qui provoquèrent une profonde confusion et désordre dans la bataille. Les chars Sherman furent détruits les uns après les autres à cause des canons antichars dissimulés et des nombreuses mines. Le 25 février, les derniers soldats japonais défendant le deuxième aérodrome se suicident.

Le 2 mars, le troisième terrain d'aviation tombe après des combats sanglants. Une zone située à l'est du deuxième aéroport est baptisée the meatgrinder (le hachoir à viande) par les Marines. Elle tombe le 3 mars mais a coûté à elle seule 6 600 Marines blessés ou tués.

Le 15 mars, la majorité de l'île est prise par les Américains qui durent cependant continuer à nettoyer des poches de résistance tenaces. Le blockhaus, au nord de l'île, du général Tadamichi Kuribayashi, commandant la garnison japonaise, ne sera neutralisé que le 25 mars ; il n'y aura aucun survivant. Dans les premières heures du 26 mars, après s'être silencieusement infiltrés au plus près des lignes américaines, environ 300 soldats nippons lancèrent une ultime charge, bien organisée, sur l'un des aérodromes, au cours de laquelle 262 d'entre eux et 53 Américains périrent. Il est probable que le général Kuribayashi ait mené cet ultime assaut bien que son corps n'ait jamais été retrouvé.

De toute la bataille, seuls 216 Japonais sur les 22 000 défenseurs de l'île furent faits prisonniers. Parmi ces 216 hommes, seulement 22 se sont rendus de leur propre initiative, les autres ayant été capturés inconscients ou blessés, ce qui illustre la férocité des combats qui auraient attendus les Alliés dans le cas de l'invasion des principaux archipels japonais lors de l'opération Downfall.

Singularité de la bataille d'Iwo Jima dans la guerre du Pacifique

En plus du taux élevé de pertes au combat des Américains sur cette île, la spécificité d'Iwo Jima par rapport aux autres batailles de la guerre du Pacifique consiste en ce qu'il n'y existait pas de réel front de combat clair et distinct. L'île était simplement parsemée d'îlots disparates de résistance japonaise astucieusement placés, de tailles et de pugnacité variées. Au fur et à mesure que les troupes américaines s’enfonçaient dans l'île, elles risquaient de s'exposer à un feu ennemi venant de tous les côtés, y compris à revers. Les soldats japonais, acharnés à défendre leurs positions, étaient retranchés aussi bien dans des casemates, grottes, tranchées, bunkers que simplement cachés derrière des rochers. Ils harcelaient constamment les soldats américains : il en résulta une certaine paranoïa des Marines ouvrant le feu au moindre doute, ce qui engendra un nombre relativement élevé de pertes sous feu ami.

Cette bataille est restée profondément ancrée dans l'imaginaire collectif américain, en raison de son intensité, mais également par l'ambiance unique que décrivent les vétérans : jusque dans les derniers jours de combat, hormis près des plages, aucune zone de l'île ne pouvait être réellement considérée comme une zone sûre. La mort pouvait frapper à tout instant, n'importe où, venant de n'importe quelle direction. Tout au long de l'affrontement, on releva fréquemment de leurs activités des Marines de l'arrière ne devant normalement pas combattre en première ligne (troupes du génie, de la logistique, de l'administration, mécaniciens, cuisiniers…), pour qu'ils remplacent au combat les troupes d'infanterie décimées.

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