La bataille d'Aïn Djalout oppose le 3 septembre 1260 le sultanat mamelouk d'Égypte à l'ilkhanat mongol de Perse dans la vallée de Jezreel, actuellement en Israël.
L'empire mongol y subit une défaite historique, qui arrêta sa progression vers l'Ouest, entamée par les conquêtes de Gengis Khan à partir de 1203.
Antérieurement, les Mongols avaient envahi la Géorgie (1220), l'Anatolie (1243), la Cilicie arménienne (1244), l'Iran (1256) et l'Irak (1258).
Les armées mongoles de l'ilkhan Houlagou poussent en 1260 sur la Syrie où ils s'emparent d'Alep et de Damas. Ils menacent l'Égypte du sultan mamelouk Qutuz, dont ils exigent la soumission.
De son côté l'Égypte avait accueilli une pléthore de forces musulmanes qui avaient fui l'avance des Mongols et ne craignait plus les Croisés établis au Proche-Orient. Jérusalem avait été pillée par des troupes turques en 1244 et était repassée sous le contrôle du sultan d'Égypte après l'échec de la septième croisade. Le royaume arménien de Cilicie et la Principauté d'Antioche avaient dû se soumettre aux Mongols mais le pape interdisait toute alliance avec les Mongols.
Finalement, l'envoyé de Houlagou exigeant la soumission de l'Égypte fut massacré à instigation de Baybars, qui en juillet 1260 s'avança en Palestine avec des troupes mameloukes.
Contre-offensive des Mamelouks d'Égypte
Houlagou Khan, à la tête de l'Ilkhanat, dirige l'offensive occidentale et conquiert l'Irak du califat abbasside en prenant Bagdad en 1258, puis la Syrie (prise d'Alep en mars 1260, puis de Damas). Après la capture de ce dernier territoire, il fait envoyer des émissaires auprès du sultan Al-Muzaffar Sayf ad-Dîn Qutuz et exige la soumission du sultanat mamelouk. Entre-temps, Houlagou apprend la nouvelle de la mort de Môngke et se retire à Ahlat le 6 juin 1260, laissant un régiment (tumen) de 10.000 hommes en Syrie commandés par le général Ketboğa.
Sur les conseils de Baybars, le sultan Qutuz fait décapiter les émissaires et fait avancer son avant-garde vers la Syrie le 26 juillet 1260. Dans ce contexte, Qutuz redoute toutefois les États croisés, mais il sait que les barons du royaume de Jérusalem refusent toute alliance avec les mongols. Ainsi, lorsque les troupes mameloukes approchent de Gaza, des émissaires francs sont envoyés afin de garantir le libre passage et de rester neutre dans ce conflit. En conséquence, la garnison de Ketboga est repoussée de Gaza et ce dernier fait avancer le régiment vers Aïn Djalout à l'ouest d'Afoula dans la vallée de Jezréel, à Maayan Harod (“Source d'Hérode” ; Aïn Djalout en arabe, “Source de Goliath”).
L'affrontement se déroule le 3 septembre 1260 et met les Mongols en légère infériorité numérique. Du côté mongol, au tumen de 10.000 hommes mongols pouvait s'ajouter un autre tumen recruté parmi la population locale syrienne, cependant Ketboga n'avait emmené qu'un contingent de 2000 de ces auxiliaires, craignant leur manque de fiabilité. Les troupes mameloukes s'élèvent quant à elle de 15.000 à 20.000 hommes.
Dès le début de la bataille, le sultan Baybars présente son avant-garde, contre laquelle l'armée mongole charge à deux reprises, menaçant de la mettre en déroute. Puis une retraite feinte du général mamelouk amène les troupes mongoles dans une embuscade au milieu des collines, et le reste de l'armée mamelouke, cachée, menée par Qutuz, rallie la bataille et encercle les troupes mongoles.
Parmi les auxiliaires mongols, les troupes recrutées localement se rangent du côté des Mamelouks, provoquant l'affaiblissement de l'aile droite mongole. Une autre partie des troupes, recrutées en Syrie, abandonnent le champ de bataille et l'aile gauche. L'encerclement est pratiquement complet, cependant Ketboga refuse de battre en retraite et les Mongols parviennent à briser une aile de l'armée mamelouke avant que celle-ci ne soit renforcée par des troupes menées par Qutuz.
Les Mamelouks remportent cette bataille, capturent Ketboga et le décapitent.
Après cette défaite, l'armée mamelouke prolonge son avancée en Syrie, tuant les Darugachi et la famille de Ketboga. Cette défaite décisive marque une première étape de la fin de la progression vers l'ouest des armées mongoles. En effet, les Mongols avaient pour habitude de venger leurs défaites et une armée de 6 000 hommes est envoyée à Alep pour piller la ville. Fait marquant qui suivi cet événement, ce sont des forces locales en sous-nombre qui parviennent à repousser l'armée mongole.
Par la suite, d'autres tentatives mongoles pour s'emparer de la Syrie échoueront, définitivement après la bataille de Marj as-Suffar opposant de nouveau les Mongols aux Mamelouks en 1303.
Cette victoire augmente grandement le pouvoir des Mamelouks, lesquels conserveront le contrôle de la Palestine et de la Syrie jusqu'à la conquête ottomane en 1516. Mais elle a également pour conséquence de démontrer aux émirs locaux soumis aux Mongols que ces derniers peuvent être vaincus, suscitant une vague de rébellions.
Les Mamelouks ne remportent pas une victoire grâce à une supériorité numérique mais en raison d'une bonne maitrise des facteurs environnementaux. Tout d'abord, l'exploitation des collines entourant la vallée a permis de leurrer les Mongols sur les effectifs mamelouks en les dissimulant. Ensuite, le positionnement mamelouk plaçait l'armée mongole avec le soleil face à eux au matin, affectant également la capacité de leurs archers. Du côté mongol, l'absence de renseignement fiable et le recours à des auxiliaires peu fiables constituent deux facteurs supplémentaires à leur défaite.
Bataille de Marj as-Suffar (1303)