Basile II dit le Bulgaroctone (en grec : Basileios Bulgaroktonos — Βασίλειος Βʹ Βουλγαροκτόνος, « tueur de Bulgares ») est un empereur byzantin de 960 à 1025, né vers 958 probablement à Didymotique ou à Constantinople, mort le 15 décembre 1025, fils de Romain II et de Théophano Anastaso. C'est la figure la plus marquante de la dynastie dite « macédonienne » installée sur le trône par Basile Ier, issue d’une famille d’origine arménienne établie en thème de Macédoine (la région d'Andrinople).
La période d'expansion de l'Empire byzantin, qui avait commencé en 945, a été l'œuvre de plusieurs hommes politiques et administrateurs notables. Basile II est de ceux-là. Il donne à l'Empire ce qui correspond à son espace géographique à son apogée de l'époque méso-byzantine : la péninsule des Balkans, l'Asie mineure, le Nord de la Syrie, la Haute Mésopotamie, l'Arménie et l'Italie du Sud ; l'empire qu'il laisse à son frère Constantin VIII est le plus vaste de l'histoire byzantine depuis le temps de Justinien.
Le règne effectif de Basile II dure près de 50 ans et est le plus long de toute l'histoire byzantine, et même le plus long de tous les empereurs romains, étant l'un des quatre seuls empereurs à dépasser la durée du règne d'Auguste avec Théodose II, Constantin VII et Andronic II Paléologue. Alors que Justinien était un intellectuel, Basile II est d'abord un soldat qui passe une grande partie de son temps avec son armée. Autocrate, il gouverne seul et ne possède aucune attirance pour l'art ou les sciences. Néanmoins, Basile est un bon gestionnaire et homme politique ; mais avant d'arriver à son but, le basileus a dû conquérir le pouvoir et écarter des usurpateurs.
À la mort de son époux Romain II, survenue en 963, Théophano Anastaso, mère de Basile II et de Constantin VIII, assume la régence avec l'eunuque Joseph Bringas ; en effet, Basile, bien que déjà couronné co-empereur par son père le 22 avril 960, n'est alors âgé que de 5 ans. Peu après, une révolte militaire impose Nicéphore II Phocas comme co-empereur. Il épouse Théophano, mais celle-ci se débarrasse de lui six ans plus tard, en 969, pour mettre sur le trône son amant Jean Ier Tzimiskès. Pour asseoir son autorité et sa légitimité, celui-ci reconnaît Basile II et son jeune frère Constantin VIII co-empereurs.
La mort de Jean Ier, en janvier 976, sans enfants, laisse le trône aux jeunes empereurs, sous la tutelle du parakimomène Basile Lécapène, leur grand-oncle. Dès le début du règne des jeunes empereurs, l'aristocratie militaire et terrienne s'efforce de garder le pouvoir acquis. Mais le heurt des ambitions des grandes maisons avec la famille impériale provoque une rivalité qui dégénère en treize années de guerre civile. Bardas Sklèros, déchu de ses fonctions de chef des armées byzantines d’Orient et relégué en Mésopotamie par Basile II, s'efforce tout d'abord d'enlever au parakimomène la tutelle des empereurs. Acclamé basileus par ses troupes, il met en déroute plusieurs armées byzantines grâce à son alliance avec d'autres peuples (Arméniens, Arabes). Pour Anthony Kaldellis, sa révolte vise surtout à tester la solidité du régime, sans pour autant renverser la dynastie macédonienne. Bardas Sklèros arrive assez vite en vue de Constantinople, après avoir notamment pris Césarée de Cappadoce. Le parakimomène fait alors appel à Bardas Phocas le Jeune qui chasse l'usurpateur du Bosphore mais se fait battre à Amorium le 19 juin 978. L'année suivante, de nouveau près d'Amorium, les deux Bardas s'affrontent en duel singulier et Bardas Phocas est vainqueur.
À l'issue de cette longue guerre civile, le prestige de l'Empire est touché, des difficultés surviennent avec les Arabes, les Bulgares et Otton II en Italie. Basile II, à ce moment, commence à s'intéresser aux affaires de l'État et à intervenir. Le parakimomène n'apprécie pas cet engagement du jeune basileus et s'allie avec Bardas Phocas et Léon Melissénos. Basile, conscient du danger, fait enfermer le parakimomène dans un monastère, retire la dignité de domestique des Scholes à Bardas Phocas, qui devient duc d'Antioche, et pardonne à Léon Melissénos. Basile II est dès lors seul au pouvoir. Son frère Constantin VIII, co-empereur, n'intervient jamais dans les affaires de l'État.
Cependant, la prise de pouvoir n'est pas du goût des généraux. Ces derniers, lors de la première campagne de l'empereur, font preuve de beaucoup de mauvaise volonté. Bardas Sklèros, qui s'est réfugié en territoire arabe, se fait de nouveau entendre, et une nouvelle fois se fait proclamer basileus. Bardas Phocas décide de s'allier á l'usurpateur. Cependant, cet accord ne tient pas longtemps et Bardas Phocas enferme Bardas Sklèros dans un château, puis s'approche de Constantinople. Basile II a peu de troupes à opposer à son adversaire qui possède celles des thèmes d'Asie. Mais l'empereur fait appel au grand-prince de Kiev Vladimir Ier, qui songe à épouser une princesse porphyrogénète. Un accord est signé entre les deux souverains et le monarque de Kiev envoie 6 000 varègues au basileus. Basile II force le prétendant à se replier sur Abydos et c'est à cet endroit que ce dernier livre une bataille où ses troupes sont défaites et y meurt. Avec ces troupes de Ruthénie kiévienne, Basile II crée la garde varangienne.
Toutefois, Bardas Sklèros réussit à s'enfuir de la forteresse où il était gardé et se met tout de suite en campagne. Basile II réussit cependant à le convaincre que s'il arrête son entreprise, il obtiendra son pardon. Le basileus tient sa promesse et Sklèros se retire à Dymotika où il meurt le 6 mars 991. Cependant, Basile II est plus ferme avec le clan des Phocas durement châtié. Ces treize années de guerre civile qui affaiblissent l'Empire contribuent aussi à renforcer le caractère de Basile II. Celui-ci perd toute attirance pour les plaisirs auxquels il goûtait sans limitation du temps de sa jeunesse. Il devient méfiant, ne fait confiance à personne et refuse tout conseil. Il est un autocrate au sens premier du terme et cette opposition à sa montée sur le trône motive sa politique intérieure centrée sur l'opposition à l'influence trop prégnante des puissants sur la destinée de l'Empire.
Une fois le trône solidement acquis, Basile peut s'occuper des affaires de l'État. Se rappelant les troubles qui ont émaillé son début de règne, Basile II ne prend aucun Premier ministre. Cependant le basileus sait s'entourer d'hommes de confiance, capables d'exécuter les tâches que l'empereur leur confie. Tout au long de sa vie le but principal de Basile dans sa politique intérieure a été d'accroître le Trésor grâce à ses nombreuses conquêtes et aux butins qu'il a rassemblés. À sa mort Basile laisse 200 000 livres d’or et énormément de bijoux et autres joyaux enfouis dans un labyrinthe. Basile doit aussi maintenir l'ordre dans l'Empire et n'a à réprimer qu’un seul mouvement sécessionniste (1022), celui de Nicéphore Xiphias, stratège des Anatoliques, et du fils de Bardas Phocas.
En 989, l'Empire connaît une mauvaise année, l'hiver y est extrêmement froid et le 25 octobre un tremblement de terre à Constantinople détruit plusieurs tours de défense et églises dont la grande coupole de la basilique Sainte-Sophie qui s'effondre et que Basile fait reconstruire par Tiridate.
Une des grandes œuvres de Basile est la protection des paysans petits propriétaires. En effet, les nobles, en prenant les terres des pauvres, oppriment la population, ce qui est dangereux pour l'État car cela coupe le lien direct entre les citoyens et l'empereur. Le 1er janvier 996, Basile II publie une novelle dans laquelle il rend aux pauvres tous les biens qui leur avaient été confisqués depuis Romain Ier Lécapène. La loi est appliquée avec la plus grande sévérité et ne tolère aucun écart, à l'image de Philocalès, simple paysan ayant acquis des biens illégalement et qui fut rabaissé à sa condition première (ses édifices furent même détruits).
En 1004, Basile II remet en place l'Allèlengyon (caution mutuelle) qui oblige les puissants à payer les impôts à la place des pauvres, sans pour autant pouvoir tirer profit des terres pour lesquelles ils s'acquittent de cet impôt. Les grands propriétaires, ainsi que le patriarche Serge II de Constantinople, sont révoltés par ces mesures, mais Basile II reste inflexible. Cette résistance patriarcale démontre que les biens de l'Église ne dérogent pas à la règle. C'est certainement lors de ses voyages en Orient et dans le Caucase, alors qu'il est reçu en grande pompe par les puissantes familles d'Anatolie et de Cappadoce qui occupent abusivement des domaines impériaux et communaux, qu'il devient convaincu de la nécessité d'une telle mesure. Ainsi, Eustathe Maleinos, l'un des principaux propriétaires terriens, profite du passage de Basile II et de son armée de retour d'une campagne en Orient pour faire une démonstration de sa richesse en approvisionnant l'ensemble des soldats sur ses propres deniers. L'empereur réagit en l'exilant à Constantinople. Une autre mesure destinée à combattre les puissants clans d'Anatolie est la décision du patriarche Sisinios II qui durcit la législation sur le mariage et les liens de parenté pour éviter les alliances matrimoniales. Toutefois, ces mesures sont d'une efficacité contrastée. Ainsi, les propriétaires terriens pouvant bénéficier de l'Allèlengyon s'avèrent peu nombreux, réduisant l'utilité de la réforme.