Bartolomé de las Casas, né en 1484 à Séville et mort le 17 juillet 1566 à Madrid, est un homme d’Église espagnol, membre de l’ordre dominicain, missionnaire, chroniqueur et historien, particulièrement connu pour sa dénonciation des pratiques des colonisateurs espagnols en Amérique et pour sa défense des droits des autochtones, en particulier lors de la controverse de Valladolid face à Juan Ginés de Sepúlveda. Las Casas passa 50 années de son existence à combattre activement l’esclavage et l’exploitation coloniale des peuples autochtones, notamment en s’efforçant de convaincre la cour d’Espagne d’adopter une politique de colonisation plus humaine. Bien qu’il n’ait pas pleinement réussi à changer le point de vue espagnol sur la colonisation, ses efforts eurent du moins pour effet d’améliorer le statut légal des natifs et d’introduire des considérations éthiques dans l’entreprise coloniale espagnole.
Pourtant, en tant qu’un des premiers colons espagnols aux Amériques, Las Casas avait dans un premier temps été partie prenante de l’économie coloniale fondée sur le travail forcé des indigènes, mais avait fini par se sentir moralement obligé de combattre les abus auxquels se livraient les colons européens aux dépens des populations autochtones, décidant en 1515 de renoncer à ses travailleurs indiens et à son encomienda, et se faisant l’avocat des droits des Indiens auprès de Charles Quint. Dans ses premiers écrits, il préconisa même l’utilisation d’esclaves africains en lieu et place de la main-d’œuvre indigène, mais, s’avisant que les Portugais menaient « des guerres brutales et iniques au nom de la diffusion de la foi », il se rétracta par la suite, considérant désormais les deux modes d’esclavage comme pareillement répréhensibles.
En 1522, Las Casas tenta de mettre sur pied une nouvelle forme de colonialisme pacifique sur le littoral du Venezuela, mais échoua dans son entreprise. Il entra dans l’ordre dominicain et pendant une décennie se retira de la vie publique. Il voyagea ensuite en Amérique centrale, faisant œuvre de missionnaire chez les Mayas du Guatemala et s’impliquant dans les débats des ecclésiastiques coloniaux autour de la meilleure façon d’amener les natifs à adopter la foi chrétienne.
De retour en Espagne dans le but de recruter des missionnaires, il mena campagne auprès des autorités espagnoles pour l’abolition du système d’encomienda, et remporta une importante victoire avec la promulgation des dénommées Lois nouvelles en 1542. Il fut nommé évêque de Chiapas, mais n’exerça cet office que brièvement, étant contraint de revenir en Espagne à cause de l’opposition des encomenderos aux Lois nouvelles et des conflits avec les colons espagnols à propos de ses politiques en faveur des Indiens et de son militantisme religieux. Il servit le restant de sa vie à la cour d’Espagne, où il eut une forte influence dans les questions touchant les Indiens. En 1550, il prit part à la controverse de Valladolid, où, au contraire de Juan Ginés de Sepúlveda, qui arguait que les Indiens étaient moins qu’humains, il soutenait pour sa part qu’ils étaient des hommes à part entière et qu’il ne se justifiait pas de les soumettre par la force.
Ses nombreux écrits, dont les plus célèbres sont Très brève relation de la destruction des Indes et Histoire des Indes, offrent la chronique des premières décennies de la colonisation des Antilles et décrivent pour les stigmatiser les atrocités commises par les conquistadors contre les peuples autochtones.
Après sa mort en 1566, Las Casas était de toutes parts vénéré comme une figure sainte, ce qui conduira l’Église catholique à engager le 2 octobre 2002 son procès en béatification.
Le problème de sa date de naissance
Elle est sujette à controverses. On a longtemps cru en effet qu'il était né le 24 août 1474, date indiquée par son premier biographe, Antonio de Remesal (1570-1619).
En 1975, l'historienne Helen R. Parish a trouvé aux Archives générales des Indes de Séville un document du 15 septembre 1516, dans lequel le clerc Las Casas « jure par Dieu et les saints ordres qu'il a reçus, et par les Évangiles, qu'il a trente-et-un ans passés ».
La plupart des auteurs contemporains affirment désormais que son année probable de naissance est 1484.
Origines familiales et jeunesse
Il est le fils de Pedro de las Casas, modeste marchand issu d'une famille juive convertie au catholicisme, une famille de conversos.
À neuf ans, il assiste au retour de Christophe Colomb à Séville, après son premier voyage (août 1492-février 1493).
Son père et son oncle participent au deuxième voyage de Colomb qui part de Cadix, le 25 septembre 1493 ; de sorte que Bartolomé a établi une relation très proche avec les fils de Colomb, Diego, né en 1480, et Fernand, né en 1488. Au retour de son père, il reçoit un indigène des Caraïbes comme esclave.
Propriétaire à Hispaniola (1502-1512)
En 1502, il part pour les Caraïbes, qu'on croit encore être proche des « Indes » (l'Asie orientale), avec le nouveau gouverneur d'Hispaniola, Nicolás de Ovando, nommé après l'arrestation et la destitution de Christophe Colomb en 1500.
En 1503, il y devient propriétaire d’une encomienda, c’est-à-dire un titre de propriété sur des terres indigènes avec les habitants qui y sont rattachés pour exploiter ces terres. Cette exploitation se trouve sur l'île d'Hispaniola, à Concepción de La Vega.
Il exploite cette encomienda pendant dix ans avec un ami, Pedro de la Rentería. Elle leur rapporte 100 000 castellanos par an, un résultat satisfaisant dont beaucoup d'autres colons n'atteignent pas, comme il l'écrit lui-même : « plus de mille moururent et les autres étaient dans de grandes angoisses » (sur 2 500 Espagnols).