Balthasar Kłossowski, parfois appelé Balthasar Kłossowski de Rola, plus connu sous son pseudonyme Balthus, est un peintre figuratif français d'origine prussienne et polonaise, né le 29 février 1908 à Paris et mort le 18 février 2001 à Château-d'Œx en Suisse.
Il est le frère de l'écrivain et dessinateur Pierre Klossowski. Leur mère Else Spiro est peintre, de même que leur père Erich Klossowski et que leurs oncles le peintre allemand ashkénaze Eugene Spiro et le peintre autrichien Emil Trebicky.
« la peinture dramatique de Balthus ramène au jour quelque chose d'une époque électrique de l'histoire, un de ses points où le drame se joue. »
« La meilleure façon de commencer est de dire, Balthus est un peintre dont on ne sait rien. Et maintenant, regardons les peintures », telle est la réponse laconique que le peintre adresse à la Tate Gallery, qui en 1968, organisant une exposition de ses œuvres, souhaitait également agrémenter le catalogue de quelques éléments biographiques.
Le Roi des chats — titre d’un de ses autoportraits peint à 27 ans — a en effet toujours souhaité s’entourer d’une aura de mystère, ce qui a sans aucun doute contribué à occulter sa personnalité et son œuvre aux yeux du grand public.
Dans ce tableau, le peintre, en pied et le corps déformé, peint sur un fond ocre jaune. À sa gauche un chat se frotte à ses jambes trop longues, alors que sur un tabouret à sa droite repose un fouet sous lequel est écrit en anglais « The portrait of H.M, the King of Cats painted by Himself, MCMXXXV ». « Son autoportrait est à la fois ironique, teinté de comique, d’emphase mélodramatique et de solennité » et décrit l’art de Balthus comme « celui qui laisse ses sujets en paix mais qui veut inquiéter le spectateur », par une étrangeté explorant rêveries et pulsions secrètes plus ésotériques qu’érotiques.
Rare et discret, il l'est dès sa naissance, un 29 février ; un anniversaire qu'il ne peut fêter que les années bissextiles qui fait aussi partie de la « légende Balthus ».
Ses parents sont prussiens, d'ascendance catholique polonaise mais convertie au protestantisme pour son père, Erich Klossowski, historien d’art, peintre et décorateur de théâtre, et russe-ashkénaze pour sa mère Baladine Klossowska, peintre également. Ils se sont mariés à Londres en 1904. Le 9 août 1905, Baladine donne naissance à Paris à Pierre, son premier enfant. Balthus naît trois ans plus tard à Paris, mais sa famille, du fait de ses origines allemandes, se réfugie en Suisse lors de la Première Guerre mondiale, puis à Berlin où elle est hébergée par Eugene Spiro, l'oncle maternel, et Emil Trebicky. Les parents de Balthus se séparent peu après. Baladine et ses fils s'installent à Berne, puis à Genève, tout en effectuant des séjours chez Erich à Munich ou chez les oncles de Berlin.
Baladine s'engage dans une relation amoureuse avec le poète Rilke à Genève en 1919 : le jeune Balthasar Klossowski a 11 ans. Il suit dès cette époque à Beatenberg les cours de la sculptrice Magrite Bay et de son amie la graveuse sur bois Dora Timm et ce, régulièrement, jusqu'en 1923. En 1921, le garçon publie son premier livre de dessins, Mitsou, avec une préface de Rilke. Il signe le recueil du surnom de « Baltusz » qu'on lui donnait à l'époque et qu'il transformera en « Baltus », puis en « Balthus » par la suite. En 1922, il échoue au concours d'entrée de l'école des Beaux-Arts de Berlin.
Durant son adolescence, il rencontre les nombreuses relations de sa mère et de Rilke qui viennent lui rendre visite : André Gide, Maurice Denis, Pierre Bonnard, Albert Marquet, Julius Meier-Graefe ou Wilhelm Uhde. Il pose avec son frère à plusieurs reprises pour son oncle Eugene Spiro, et à travers lui connaît aussi bien la Sécession de Munich que viennoise ou berlinoise.
Balthus part pour Paris avec sa mère Baladine et son frère Pierre en 1924. Ils s'installent rue Malebranche. Là ils reçoivent la visite de Klaus Mann, Pierre-Jean Jouve, Jean Cassou ou Pierre Leyris. Il peint ses premiers tableaux, et copie le tableau Narcisse et Écho de Nicolas Poussin au musée du Louvre suivant les conseils de Maurice Denis et Pierre Bonnard.
En 1925, Rilke lui dédie le poème Narcisse. En 1926, il va en Italie étudier les peintres de la Renaissance, en particulier les fresques de La Légende de la Vraie Croix de Piero della Francesca à Arezzo, ainsi que celles de Masaccio à Florence qui ont une influence déterminante sur son style. Il écrit dans ses mémoires :
« De Piero della Francesca, j'ai tant appris : sa manière d'occuper l'espace dans ses tableaux, de le diviser, de loger des diagonales qui donne l'ordre à l'ensemble. »
En 1929, il expose pour la première fois à Zurich à la galerie Forter. En 1932, il revient à Paris. Il illustre Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, dont la thématique plastique deviendra centrale dans le reste de son œuvre, en particulier dans les tableaux La Chambre, Les Enfants, Les Poissons rouges et rencontre Antonin Artaud, qui voit en Balthus son double.
À partir de 1933, il loue un atelier au 4 de la rue de Furstemberg dans le quartier Saint-Germain-des-Prés puis, non loin de là, à partir de 1936, à la cour de Rohan (quartier de la Monnaie) où il résidera plusieurs années. Il fréquente dès cette époque Derain et Giacometti.
Il entre en contact avec le mouvement surréaliste par l'intermédiaire du galeriste Pierre Loeb, et participe à la revue Minotaure, mais il ne se sent guère de point commun avec la mouvance d'André Breton : Balthus récuse la notion d'inconscient freudien. Il expose à la galerie Pierre Loeb en 1934 une série de tableaux mettant en avant des jeunes filles à la pose équivoque, thème qui crée le scandale et qui fera sa célébrité. Mais l'exposition est un échec, aucun tableau n'est vendu. Il réalise alors son autoportrait en « roi des chats » en 1935, dont le titre fait directement allusion à Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll. La thématique des contes pour enfants apparaît par des citations plus ou moins directes, en particulier Struwwelpeter, « Pierre l'ébouriffé » en français que sa mère Baladine lui avait offert. Balthus affirme qu'il peint comme il avait vu les contes dans son enfance.
En mai 1935, Balthus devient le scénographe, décor et costumes de Les Cenci, pièce d'Antonin Artaud dont le thème central est la souffrance injuste des enfants, la culpabilité du père destructeur et l'inceste.
En 1936, il expose à Londres la série de dessins sur Les Hauts de Hurlevent. Il entame des séries de portraits, dont celui de Derain, puis de Miró avec sa fille Dolores (1937), aujourd'hui tous deux au MoMA de New York. Il peint alors les portraits de Lady Abdy, Thérèse, Marie-Laure de Noailles, Lady Schuster, la baronne Alain de Rothschild…