Ce Jour-là

Bahram Beyzai

Réalisateur iranien

Anúncio

Bahram Beyzai (en persan : بهرام بیضایی), né le 26 décembre 1938 à Téhéran (État impérial d'Iran) et mort le 26 décembre 2025 aux États-Unis, est un scénariste, écrivain, réalisateur, éditeur, producteur, metteur en scène de théâtre et costumier iranien.

La famille paternelle de Beyzai appartenait à une lignée renommée. Leur ancêtre, Mollâ Mohammad Faqih Arani (connu sous le nom poétique de Rouh ol-Amin), ainsi que le grand-père de Beyzai, Mirzâ Mohammad-Reza (portant le nom poétique d’Ebn-e Rouh), furent des prédicateurs et des poètes. Son oncle aîné, Adib Beyzai, fut un poète éminent de Kashan et l’auteur d’une célèbre qasida intitulée Mo'jeze-ye Moussâ (Le Miracle de Moise). Après l’instauration du système officiel d’état civil en Iran, le nom de famille Beyzai fut dérivé de ce nom poétique.

La mère et la grand-mère de Beyzai étaient des femmes cultivées et pleines d’esprit, chez qui le goût de la poésie et du récit était profondément enraciné. Elles conservaient dans leur mémoire un véritable trésor de contes et de légendes populaires, ce qui orienta dès l’enfance l’imaginaire de Beyzai vers le mythe et le folklore. Sa famille, originaire d’Aran et Bidgol, dans la région de Kashan, comptait parmi ses ancêtres plusieurs metteurs en scène renommés de ta'zieh. Par ailleurs, la conversion de son père à la foi bahaïe l’exposa dès son jeune âge à une diversité de débats et de perspectives intellectuelles.

Avec la conversion de son père à la foi bahaïe, Beyzai fut très tôt exposé à des débats religieux et intellectuels. Bien qu’il se soit progressivement détaché de cette religion à l’adolescence pour adopter une position proche de l’agnosticisme, ces expériences laissèrent une empreinte profonde sur sa pensée critique et sur sa vision multiple du monde. Parallèlement, il fut témoin des discriminations sociales, des tensions religieuses et des violences politiques qui marquèrent les années 1940 et 1950 en Iran, de l’occupation alliée à la répression des intellectuels après le coup d’État de 1953. Dans ce contexte, Beyzai découvrit le cinéma dans les années 1950, d’abord comme un refuge face à la brutalité de son environnement scolaire, puis comme un outil de réflexion sur les récits culturels qui justifient la violence et l’exclusion. En 1958, il rejoignit le Ciné-Club de Farrokh Ghaffari, où il entra en contact avec le cinéma d’art et le théâtre. Ces deux domaines devinrent les axes centraux de sa vie artistique, orientant sa fascination initiale pour le folklore et la mythologie vers une recherche créative approfondie. Ne pouvant encore réaliser de films, il exprima sa créativité à travers l’écriture dramatique et l’étude des traditions théâtrales iraniennes.

Les œuvres de Shakespeare, les tragédies grecques et certains spectacles scéniques orientaux constituèrent les premières sources d’inspiration de Beyzai pour le théâtre. Cependant, le véritable tournant se produisit lorsqu’il assista de près à une représentation de ta'zieh dans un villages aux environs de Téhéran. Cette expérience le bouleversa profondément et transforma sa perception de l’identité théâtrale iranienne.

Beyzai s’est marié à deux reprises, une première fois en 1965 avec Monir-Azam Raminfar, puis en 1998 avec Mojdeh Shamsa'i. De sa première union naquirent deux filles et un fils, ce dernier étant décédé prématurément. Son second mariage lui donna un autre fils.

Il écrivit sa première pièce, Arash, à l’âge de dix-neuf ans, en réponse à Arash l’archer de Siavash Kasraï. Dans Arash, contrairement au récit mythologique qui présente Arash comme un héros élu et prédestiné, le personnage principal fut un berger enrôlé dans l’armée, qui, sous la double pression de l’ennemi et de la méfiance de ses propres compatriotes, se vit contraint d’accomplir un tir décisif. Depuis lors, Beyzai rédigea de nombreux articles et publia plus de soixante-dix ouvrages, monographies, pièces de théâtre et scénarios. Il mit également en scène quatorze spectacles, réalisa dix longs-métrages et quatre courts-métrages.

De nombreuses figures éminentes du cinéma et du théâtre se familiarisèrent davantage avec les arts de la scène grâce à l’enseignement de Beyzai. Nous pouvons citer notamment Ezzatolah Entezami, Hadi Marzaban, Susan Taslimi, Amin Tarokh, Davood Fathali Baygi, Reza Kianian, Sheila Najm, Reza Fayazi, Ghotbeddin Sadeghi, Atila Pesyani. Il forma également des écrivains, tels que Goli Taraghi et Nahid Tabataba’i.

Très prolifique malgré la censure, Bahram Beyzai publia une cinquantaine de pièces de théâtre et dirigea une dizaine de longs métrages. La plupart de ses films sont ou furent interdits de diffusion en Iran parce qu'ils ne correspondent pas aux critères moraux et esthétiques dictés par le régime.

Beyzai commença son activité cinématographique en 1962 par le tournage d’un court film de quatre minutes en huit millimètres, en noir et blanc. Après avoir réalisé le court métrage Amou Sibilou en 1970, il entreprit la réalisation de ses œuvres suivantes.

Le premier court-métrage de Bahram Beyzai, Amoo Sibiloo (Oncle moustashu), raconte l’histoire d’un vieil homme gêné par le bruit des enfants du quartier. Un jour, en jouant, les enfants brisent par accident la fenêtre de sa maison avec un ballon et s’enfuient par peur. À partir de ce moment-là, ils n’osent plus jouer près de chez lui. Le silence qui s’installe plonge alors le vieil homme dans la solitude, et, habitué à leur présence et à leurs voix, il part à leur recherche. Le film écrit et réalisé par Beyzai, s’inspire d’un récit de Fereydoon Hedayatpour. Les rôles principaux sont interprétés par Sadegh Bahrami et un groupe d’enfants du quartier de Kan à Téhéran. La photographie est assurée par Nemat Haghighi et la musique par Esfandiyar Monfaredzadeh. D’une durée de 29 minutes, le film est produit par l’Institut pour le développement intellectuel des enfants et des jeunes, et constitue la première expérience de Beyzaï dans le cinéma destiné au jeune public.

Le premier long-métrage de Bahram Beyzai, Ragbar (1972), raconte l’histoire de M. Hekmati, un enseignant récemment affecté dans une école située au sud de la ville. Une rumeur lancée par l’un des élèves, selon laquelle il serait attiré par la sœur d’un autre élève, propage dans le quartier et suscite diverses réactions. Les efforts de Hekmati pour démentir cette histoire ne font qu'aggraver la situation et le conduisent à développer un véritable attachement pour la jeune femme. Cependant, au moment même où ce sentiment commence à se préciser, Hekmati est muté dans une autre école et doit quitter le quartier. Ragbar fut écrit et réalisé par Beyzai et fut interprété par Parviz Fannizadeh, Parvaneh Masoumi et Manouchehr Farid. La photographie fut assurée par Barbad Taheri et Maziar Parto, et la musique fut composée par Sheida Gharachedaghi. La copie originale du film, détériorée au fil des années, fut restaurée à partir de l’unique élément existant par le World Cinema Project, de Martin Scorsese.

En 1982, Beyzai réalisa le film historique La Mort de Yazdgard, adapté de sa propre pièce éponyme écrite en 1979. L’œuvre explore les circonstances de la mort de Yazdgard III, dernier roi sassanide d’Iran, survenue en 651. Conçu selon une structure résolument théâtrale, le film, fondé sur des dialogues denses, des interprétations remarquables et une narration plurielle, est considéré comme l’un des travaux majeurs du cinéma iranien ainsi que l’apogée de la collaboration entre Beyzai et Soussan Taslimi. L’intrigue se déroule dans les dernières années du règne de Yazdgard III. Après la défaite des Iraniens face aux Arabes, le roi en fuite trouve refuge dans un moulin. Le lendemain matin, un corps vêtu des habits royaux est découvert. Le meunier, son épouse et leur fille sont accusés d’avoir assassiné le souverain et conduits devant le général, le mobed et le commandant de l’armée, chacun livrant une version totalement différente des événements. La Mort de Yazdgard ne fut projeté qu’une seule fois, dans la section compétitive de la première édition du Festival international du film de Fajr en février 1983, avant d’être immédiatement interdit. En 2024, le film atteignit la troisième place dans la liste des « 100 meilleurs films de l’histoire du cinéma iranien » établie par les critiques du magazine Film.

Anúncio

Bientôt sur l'application World in Stories

Audio, téléchargement hors ligne, sans publicité et plus.

Découvrir Premium
Bahram Beyzai | World in Stories