La condamnation au bûcher est une méthode d'exécution, consistant à brûler par le feu un individu condamné à mort dont le corps est disposé sur un échafaud constitué d'un amas de bois combustible.
Connu depuis l'Antiquité, il fut très souvent utilisé en Occident, du Moyen Âge jusqu'au XVIIIe siècle, pour exécuter entre autres les sorciers ou magiciens, les hérétiques relaps, les homosexuels convaincus de sodomie et les régicides.
Selon les législations et systèmes pénaux, le corps du condamné pouvait passer par différentes étapes préliminaires avant d'être réduit en cendres.
Comme méthode d'exécution, le bûcher (ou bucher) a beaucoup été utilisé tout au long de l'Histoire. Dans l'Antiquité, circule le mythe d'Amphitryon : apprenant l'infidélité de sa femme Alcmène, il la condamne au bûcher mais Zeus éteint les flammes par une averse soudaine.
Sous l'Empire romain, pour le martyre des premiers chrétiens et certaines hagiographies montrent que des tentatives échouèrent et que les condamnés durent avoir la tête tranchée. Sous l'Empire byzantin, le bûcher était réservé aux zoroastriens récalcitrants car ces derniers rendaient un culte au feu. Signalons également les civilisations précolombiennes d'Amérique du Sud où le bûcher prend une dimension sacrificielle.
Le supplice est réinventé en Occident un peu avant la réforme grégorienne. Le premier bûcher, mentionné sans précisions, date de 1010 et s'inscrit dans le cadre d'une campagne de persécution contre les Juifs commencée par leur expulsion de Mayence. Le procédé est renouvelé douze ans plus tard au terme du procès des « hérétiques d'Orléans ». Cette condamnation, à caractère politique, se veut exemplaire, et vise à instaurer un climat de terreur. Elle inaugure le « printemps des hérésies » que le zèle des prédicateurs s’emploie à éradiquer par le feu en Artois, à Vertus, Chalons, Montfort près d'Asti, Poitiers, Charroux, dans la campagne périgourdine, à Toulouse… Ce qui ne s'appelle pas encore un autodafé est souvent, comme dans les cas d'Abélard, de Marguerite Porete, d'Amaury de Bène, utilisé dans un premier temps comme une forme d'avertissement, ce qui permet de réserver le bûcher au relaps et de l'éviter au repentant, seule la « persévérance étant diabolique ».
Pour bâtir un bûcher, on fichait d'abord un poteau en terre, puis on disposait « autour de lui de la paille, des fagots et des bûches, en alternance, jusqu'à arriver à hauteur d'homme et en laissant un espace en façade pour pouvoir accéder au poteau ». L'estrade en hauteur afin que le peuple ne perdît rien du spectacle, favorisait la prise d'air par en dessous et la combustion du bois, le supplicié se trouvant davantage rôti que brûlé. Le supplice pouvait être allongé en employant du bois vert qui brûlait plus lentement mais provoquait une mort par asphyxie, ou accéléré en ajoutant de la poix, en frottant les pieds du supplicié avec du lard afin qu'ils brûlassent plus vite. Quelquefois, on couvrait la victime de soufre ce qui l’asphyxiait ou on lui mettait sur la poitrine un sac de poudre à canon ou dans la bouche un éteuf plein de poudre qui explosait. A contrario, un retentum pouvait parfois abréger les souffrances en étranglant ou en assommant préalablement le condamné, voire en lui enfonçant dans le cœur un croc de fer par le bourreau placé derrière pour ne pas être vu par les spectateurs.
En Inde, les épouses des castes supérieures avaient obligation de se jeter dans le bûcher funéraire de leur mari (coutume du Satī), et supposées ne pas souffrir si elles étaient de bonnes épouses. Il fut également utilisé pendant les guerres de Religion à l'encontre des réformés. Dans certaines régions reculées, des accusations pour « crime de sorcellerie » sont toujours proférées. Des exécutions au bûcher ont notamment eu lieu en 2000 en Inde, en 2008 au Kenya, en 2014 au Nigéria et en 2016 en Papouasie-Nouvelle-Guinée.
Différents motifs de condamnation
La zoophilie se manifestant par un acte sexuel entre humain et animal était puni par la peine capitale en France avant 1789 ; le corps du condamné et celui de l'animal devaient être brûlés.
Au temps de l'Empire romain, selon certains auteurs, des chrétiens furent exécutés par le feu selon une méthode particulière : le corps était entièrement enduit de poix et de résine à laquelle on mettait le feu. Selon leur hagiographie, certaines saintes ont réchappé au supplice du feu :
Sainte Agnès fut condamnée à être brûlée sur la place publique comme sorcière. Mais le feu épargna la jeune fille et détruisit ses bourreaux. Finalement, Agnès fut égorgée. Sainte Olive subit le même sort : elle fut condamnée à mourir sur le bûcher. Toutefois, les flammes refusant de la toucher, ses bourreaux se résolurent finalement à la décapiter. Sainte Eugénie aurait subi le même martyre en 257 : l'épreuve du bûcher ayant échoué, on lui trancha la tête.
Henri Voes et Jean Van Eschen sont les premiers martyrs protestants, brûlés le 1er juillet 1523 à Bruxelles. Anne du Bourg, calviniste, condamné en 1559 comme hérétique à être pendu en place de Grève, puis son corps brûlé.
En 1762, Jean Calas, calviniste, accusé à tort d'avoir assassiné son fils, roué vif place Saint-Georges à Toulouse, étranglé puis brûlé.
À l'origine, la pointe aval de l'île de la Cité à Paris se terminait par trois îles : l'île aux Juifs, l'île aux Treilles et l'îlot de la Gourdaine. Elles furent réunies à l'île de la Cité par Henri IV pendant la construction du pont Neuf. L'île aux Juifs tenait son nom des nombreuses exécutions de Juifs organisées à cet endroit durant le Moyen Âge. C'est à ce même endroit que fut brûlé Jacques de Molay en 1314. Ailleurs, les exécutions ont concerné : Salomon Molkho, marrane qui se reconvertit au judaïsme, se proclama Messie, et périt par le feu pour apostasie. Les Juifs subissent de nombreuses persécutions et spécialement, pendant la peste noire, malgré la protection du pape Clément VI. Accusés d'empoisonner les puits, environ 2 000 d'entre eux seront brûlés vifs à Strasbourg le 14 février 1349.
Selon le Lévitique (20, 13), deux hommes coupables de sodomie doivent être punis de mort. Le 6 août 390, l'empereur romain Théodose Ier proclame un édit condamnant au bûcher les sodomites. En 1120, le concile de Naplouse institue la peine de mort sur le bûcher pour les sodomites du royaume de Jérusalem.
L'accusation d'homosexualité pouvait être utilisée, même lorsque la personne n'était pas homosexuelle, en l'absence d'autres raisons, pour condamner des hérétiques.[réf. nécessaire]
En 1440, Gilles de Rais est accusé de nombreux crimes, et parmi eux de sodomie (il s'agissait principalement de pédophilie), et meurt sur un bûcher. En 1554, le poète et humaniste Marc-Antoine Muret, inculpé mais en fuite en Italie, est condamné au bûcher pour sodomie par le Parlement et brûlé en effigie et donc par contumace.