François-Bérenger Saunière, dit aussi abbé Saunière, est un prêtre catholique français, né le 11 avril 1852 à Montazels, et mort le 22 janvier 1917 à Rennes-le-Château, deux villages situés dans le département de l'Aude.
Cet homme d'Église est principalement connu pour avoir dépensé d'importantes sommes d'argent durant son ministère effectué à Rennes-le-Château, du fait d'un important trafic de messes. Cet enrichissement reste étroitement associé, dans l'imaginaire collectif, à la découverte d'un hypothétique trésor par cet homme sur le site même du village, donnant lieu à l'affaire de Rennes-le-Château.
L'abbé Saunière a été l'objet d'une enquête de sa hiérarchie pour trafic de messes, qui entraîne une suspense a divinis. L'abbé a toujours eu d'ailleurs beaucoup de mal à s'expliquer, refusant de donner à sa hiérarchie des justifications claires et détaillées sur l'origine de sa fortune supposée.
En raison de cette affaire d'enrichissement due à un trésor supposé, mais enjolivée par de nombreux récits de fiction, des récits d'enquêtes de niveaux divers, et même de nombreux articles de presse et de reportages de télévision, l'abbé Saunière et la commune de Rennes-le-Château ont acquis une renommée internationale, notamment en Europe et dans les pays anglo-saxons.
La famille Saunière est originaire de Montazels, un petit village du département de l'Aude, situé à proximité de Couiza, non loin de la colline de Rennes-le-Château, celle-ci étant toujours visible en 2020 depuis l'ancienne maison familiale des Saunière.
Le grand-père de Bérenger se dénomme François Saunière et il exerce la profession de charpentier dans ce même village de Montazels. Avec son épouse, ils ont six enfants, dont le père du futur abbé, dénommé Joseph Saunière et un oncle dénommé Jean-Baptiste qui est également prêtre dans une paroisse située dans le Pays de la haute vallée de l'Aude à 10 km au nord-ouest de Couiza.
Joseph Saunière, son père, né en 1823 et décédé en 1895, épouse Margueritte Hugues le 20 janvier 1850 (décédée en 1909). Cet homme est gérant de minoterie, régisseur du château du marquis de Cazermajou. Il est également le maire du village de Montazels. La famille du futur abbé est donc une famille de notables locaux et leur maison, bien entretenue, est toujours visible en 2016, au cœur du petit village ; celle-ci offrant, en outre, une vue imprenable sur les collines du Razès, dont celle où émerge le village de Rennes-le-Château. Enfant, le futur abbé Bérenger Saunière connaît donc très bien la région et le secteur immédiat de sa future et dernière paroisse.
Joseph et Margueritte ont onze enfants, dont quatre décèdent en bas âge. Né le 11 avril 1852, Bérenger Saunière est le second enfant de la famille, mais il reçoit le statut de fils aîné du fait de la mort de son frère né en 1850 et décédé la même année. Bérenger Saunière a notamment un frère dénommé Jean-Marie Alfred mais connu sous le simple prénom d'Alfred, de trois ans son cadet. Celui-ci est également prêtre en 1878 ainsi qu'enseignant dans des établissements de la Compagnie de Jésus et professeur au petit séminaire de Narbonne. Il reçoit également le titre de précepteur chez le marquis de Chefdebien. Alfred Saunière est suspendu puis défroqué, et a une relation avec une certaine Marie-Émilie Salière avec laquelle il a au moins un enfant.
Formations et débuts professionnels (1874-1885)
Bérenger Saunière entre en 1874 au Grand séminaire de Carcassonne où il apprend le latin, le grec ancien et, expérience plus exceptionnelle à ce niveau, des notions d'hébreu. Ses connaissances et ses aptitudes lui permettent de rester un certain temps au grand séminaire en qualité de professeur. D'autres sources citent le Grand séminaire de Narbonne comme son lieu d'exercice professoral.
Il devient diacre, puis est ordonné prêtre le 1er juin 1879 ou le 7 juin. Il est nommé à Alet-les-Bains le 16 juillet 1879 pour une période de trois ans. Il est ensuite nommé, le 16 juin 1882, curé au village de Clat, petite bourgade isolée située sur les terres des Nègres d'Ables dont on retrouve le nom lorsque la fameuse histoire de trésor est évoquée quelques années plus tard.
Bérenger Saunière y reste trois ans avant de devenir professeur à Narbonne pour quelques mois. Selon de nombreuses sources, son attitude jugée trop indépendante lui valut d'être nommé à la paroisse de Rennes-le-Château, petite paroisse perdue dans la campagne audoise et présentant une église avec un presbytère délabré, mais bien connue de Bérenger Saunière.
Les premières années à Rennes-le-Château (1885-1891)
Bérenger Saunière est nommé le 22 mai 1885, à l'âge de trente-trois ans, à la cure de Rennes-le-Château, village pauvre et isolé. Comptant 200 habitants à l'époque, il est durement touché par l'exode rural qui concerne, durant cette période, toute la région des Hautes Corbières. Selon le recensement public, le village a perdu, en 40 ans, la moitié de sa population, passée de 474 habitants (1851) à 241 habitants (1891).
Saunière arrive le 1er juin 1885. Il est rémunéré 37 francs-or par mois. Il découvre l'église dédiée à Marie Madeleine, édifice du XIIe siècle, qui est est délabrée ; des planches remplacent les vitraux cassés par les rafales de vent, la toiture est percée, la pluie a fait des ravages à l'intérieur, et le presbytère est inhabitable. Saunière est contraint de loger chez une paroissienne, Antoinette Marre. Saunière fait la connaissance de l'abbé Boudet, qui officie depuis 19 ans à Rennes-les-Bains, en contrebas du village.
Saunière fait ses premières homélies rapidement. Emporté par ses convictions monarchistes, il n'hésite pas à diaboliser, dès son arrivée, la jeune République et, lors des élections législatives françaises de 1885, il conseille un vote royaliste au cours d'une de ses homélies. Le maire de Rennes-Le-Château s'en plaint au ministre des cultes, si bien que le préfet de l'Aude lui notifie une décision ministérielle prise par René Goblet, ministre des Cultes du Gouvernement de Freycinet, qui le suspend de tout revenu pendant six mois à partir de décembre 1885.
L'évêque de Carcassonne Paul-Félix Arsène Billard le nomme professeur de philosophie au petit séminaire de Narbonne afin de ne pas le priver de ressources. Cette suspension de revenus est signalée dans la presse nationale, L'Univers, journal ultra-légitimiste, évoque le cas de Saunière et d'autres prêtres et parle à leur encontre de « persécution ». Alfred Saunière, frère de l'abbé, enseigne aussi au petit séminaire, et est alors très actif au sein du Cercle catholique de Narbonne, déclinaison locale des cercles catholiques créés par un allié d'Henri d'Artois, comte de Chambord.
De retour à Rennes en juin 1886, Saunière obtient un don de 3 000 francs-or de la veuve d'Henri d'Artois pour faire rénover l'église. Grâce à l'aide d'un commerçant limonadier du village voisin de Luc-sur-Aude, compétent en travaux de maçonnerie et dénommé Elie Bot, l'abbé Saunière put entamer dès 1886 les rénovations les plus urgentes (toiture, presbytère) avec les dons de quelques paroissiens et de certaines de ses connaissances extérieures au village, ce qui lui permet de s'installer au presbytère. Ces travaux considérés comme déjà coûteux ne furent pourtant réalisés que sur une longue période, Élie Bot n'effectuant ses interventions qu'en fin de semaine, après ses activités professionnelles. Au fil du temps, le limonadier devient le maçon attitré du curé de Rennes-le-Château.