Ce Jour-là

Béarn

Région du sud-ouest de la France

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Le Béarn (en béarnais : Bearn [beˈar] ou Biarn [ˈbjar]) est une région historique du sud-ouest de la France. Situé au nord-ouest des Pyrénées, le Béarn s'organise comme civitas romaine, vicomté médiévale, principauté souveraine qui fait l'acquisition du royaume de Navarre qui à son tour devient province française à partir de 1620 ; il fait partie depuis 1790 du département des Pyrénées-Atlantiques et depuis 2016 de la région Nouvelle-Aquitaine. Les intercommunalités béarnaises se réunissent en 2018 au sein du pôle métropolitain Pays de Béarn. Le territoire béarnais est une jointure à l'écart entre Ibérie et Europe du nord, il regroupe la plaine des gaves de Pau et d'Oloron, les coteaux qui les entourent — Vic-Bilh, Soubestre, Entre-Deux-Gaves — et les trois hautes vallées pyrénéennes d'Ossau, Aspe et Barétous.

Le peuple des Bearni est identifié dans la région à l’époque romaine, il est inclus au IVe siècle dans la cité de Beneharnum. L'organisation politique du Béarn se poursuit au IXe siècle avec la création d'une vicomté sous la tutelle des ducs de Gascogne. Gagnant en autonomie, le Béarn primitif s'agrandit des régions de Montaner au XIe siècle puis d'Orthez au XIIe siècle, formant le Béarn historique. Il s'affirme comme une principauté souveraine au XIVe siècle grâce à l'activité de sa lignée dynastique — dont le flamboyant Fébus — et d'un système politique basé sur le pacte au service d'un double objectif de paix et de souveraineté (Pax et Honor). Les princes béarnais obtiennent la couronne de Navarre au XVe siècle, Henri IV la réunit ensuite avec celle de France en 1589. La diffusion de la Réforme par Jeanne d'Albret provoque l'intervention de Louis XIII pour rétablir le culte catholique et annexer la principauté au royaume de France en 1620. Le cadre institutionnel béarnais — dont ses fors et ses États — disparaît en 1789 à la Révolution française.

La création du département des Basses-Pyrénées en 1790 permet au Béarn historique de s'agrandir au nord par l'ajout d'une vingtaine de communes gasconnes, formant depuis le Béarn moderne. Pendant près d'un millénaire, la société béarnaise se caractérise par l'étendue de ses libertés individuelles, sa forte cohésion interne et une paix civile exceptionnelle. Les pasteurs transhumants dominent la société agro-pastorale, ils participent à l'importance prise par la casa, elle est la base du système familial qui doit permettre la stabilité du corps social par le refus du profit illimité. La société béarnaise subit de profonds bouleversements après les deux conflits mondiaux du XXe siècle, avec la domination progressive du français face au béarnais, la découverte du gisement de gaz de Lacq, l'introduction du maïs hybride et du productivisme agricole. Capitale du Béarn depuis 1464, Pau représente un pôle central pour le secteur tertiaire et les services administratifs, judiciaires et universitaires du bassin de l'Adour. En 2022, le Béarn comptait 373 752 habitants répartis sur 4 677 km2.

Au Moyen Âge, le toponyme Béarn est attesté sous les formes Biara (Orderic Vital) - Beart et Beardum (Guillaume de Tyr) - Biarnum (titres de Barcelone) - Biarnium (titres de Béarn) - Biard et Biar (Matthieu Paris) - Byern et Biern (Rôles gascons) - Bearnases (Histoire de Languedoc) - Bias et Byas (XIIIe siècle) - Bearnium, Biarn et Bearnum (XIVe siècle, Histoire de France) - Berne (Jean Froissart) - Baines et Bierne (chroniques de Duguesclin). Le nom Béarn procède de l’ethnonyme Venarni — ou Benarni —, peuple autochtone proto-historique, dont la première mention est faite au Ier siècle par Pline l'Ancien dans son Histoire naturelle. À la fin du IVe siècle, la Notitia nomme les Benarnenses dont la capitale suit l'ethnique Beneharnum (aujourd'hui Lescar).

L'origine du nom des Béarnais est aquitaine : ce toponyme pourrait avoir un rapport avec le mot basque behera qui signifie « bas ». L'historien Pierre de Marca fait également écho à une histoire développée au XVe siècle, qu'il qualifie de fable, et qui expliquerait l'origine du nom Béarn par la ville suisse de Berne.

Les noms de communes béarnaises comprennent plusieurs couches toponymiques. La couche pré-indo-européenne est la plus ancienne, un étage très archaïque se retrouve avec les racines *kuk, *pal et *gar. Plus récemment, un étage ibérique apparaît — dont la racine *illi — ainsi qu'un étage aquitain, dont tous les suffixes en -os ou -osse. Avec la celtisation et la latinisation de l'Aquitaine, une couche aquitano-romane apparaît dans les toponymes terminé par -acq, finale issue du suffixe -acum d’origine gauloise (celtique). La couche béarnaise est la plus récente ainsi que la plus importante, elle fournit la majeure partie des noms des villes et villages béarnais, dont les dérivés de aygue (eau), houn (fontaine), poey (hauteur), castagne (châtaigne), etc. En Béarn, les couches toponymiques proprement celtique, grecque, germanique et française sont absentes.

Le Béarn est situé en Europe de l'ouest, sur le versant nord de la chaîne des Pyrénées. Le Béarn est limité à l'ouest par la Soule et la Basse-Navarre, au nord par la Chalosse et le Tursan, au nord-est par l'Armagnac, à l'est par la Bigorre et au sud par l'Aragon (Espagne). Au Béarn primitif (vallée du gave de Pau, Soubestre et Vic-Bilh) se rajoutent successivement la vicomté d'Oloron vers 1050, puis la vicomté de Montaner vers 1085 et le pays d'Orthez en 1194, enlevé à la vicomté de Dax. Ces quatre territoires forment le Béarn historique qui garde ses frontières, parfois complexes, jusqu'à la Révolution. Les frontières béarnaises évoluent en 1790 avec la création du département des Pyrénées-Atlantiques (dénommé Basses-Pyrénées jusqu'en 1969). Environ vingt communes gasconnes sont intégrées au nouveau département, en plus des trois provinces de langue basque (Labourd, Basse-Navarre et Soule) et du Béarn. Toutes ces communes étant aujourd'hui liées à des cantons et à des intercommunalités béarnaises, elles sont donc intégrées au Béarn moderne.

Le Béarn compte deux enclaves bigourdanes composées de cinq communes. Cette particularité date de 1085 lorsque Gaston IV de Béarn épouse Talèse d'Aragon, vicomtesse de Montaner. En dot, celle-ci donne au souverain de Béarn le pays de Montaner à l'exception de ces cinq paroisses. Ce choix politique féodal traverse les siècles puisque ces cinq communes font partie du département des Hautes-Pyrénées. L'intégration de plusieurs communes au sein du Béarn moderne peut faire l'objet d'un débat. Bien que bascophone, la commune d'Esquiule se situe sur le territoire béarnais. Au-delà d'un ensemble uniquement culturel (ou linguistique), le Béarn désigne avant tout un territoire géographique et politique, permettant d'intégrer cette commune au territoire du Béarn moderne. À l'inverse, les communes de Lichos, Montory et Osserain-Rivareyte sont considérées comme de culture béarnaise mais celles-ci faisant partie d'une intercommunalité et d'un canton basque, elles ne sont généralement pas incluses dans les frontières du Béarn moderne.

Le Béarn se compose d'un ensemble de régions historiques qui prennent racine dans une géographie particulière, une histoire commune, parfois liée à l'organisation religieuse. Les limites de ces régions sont notamment abordées par Paul Raymond dans son Dictionnaire topographique du département des Basses-Pyrénées, publié en 1863. L'archiviste découpe le territoire béarnais selon la définition de l'époque romaine, en civitas (cité) puis pagus (pays). Les frontières des trois régions qui s'incorporent progressivement au Béarn primitif sont assez claires. La vicomté de Montaner (ou Montanérès), le pays d'Orthez et la vicomté d'Oloron. Pour cette dernière, trois régions historiques sont à délimiter, le pays d'Oloron (ou pagus Oloronensis), la vallée d'Aspe (vath d'Aspa ou pagus d'Aspe) et la vallée d'Ossau (vath d'Aussau ou pagus d'Ossau).

Le Béarn primitif se construit à partir de régions historiques aux frontières plus floues. Quelques régions apparaissent nettement, à l'image du Vic-Bilh et de la Vath-Vielha. Le Vic-Bilh (ou « vieux pays » en béarnais) occupe la partie nord-est du Béarn primitif avec Lembeye pour capitale. La Vath-Vielha ou Batbielle (« vieille vallée » ou « hameau dans la vallée » en béarnais) prend approximativement place sur la plaine de Nay, dans la vallée formée par le gave de Pau. Les frontières du Soubestre (ou pagus Silvestrensis) sont plus floues, pouvant prendre ses limites sur l'archidiaconé de Soubestre — avec Garos comme centre — ou également inclure la vicomté de Louvigny (pagus Lupiniacensis) — dont Arzacq-Arraziguet — ainsi que le pays d'Arthez-de-Béarn, couvrant donc une vaste zone de coteaux et plaines entourant les Luy de Béarn et Luy de France. Le Larbaig (ou pagus Larvallensis) stricto sensu correspond à la vallée du Laà, il peut aussi désigner l'archidiaconé qui comprenait l'ancien canton de Monein, avec Castetner comme chef-lieu. Enfin, le pays béarnais (ou pagus Benarnensis) correspond au cœur du Béarn primitif, avec son centre religieux (Lescar) et sa première capitale politique (Morlàas). Ses frontières sont relativement floues, dont il conviendrait d'y ajouter l'ancien canton de Lasseube.

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