Ayman Mohammed Rabie al-Zawahiri (en arabe : أيمن محمد ربيع الظواهري (ʾAyman Muḥammad Rabīʿ aẓ-Ẓawāhirī)), né le 19 juin 1951 à Maadi (banlieue du Caire, Égypte) et tué le 31 juillet 2022 à Kaboul (Afghanistan), est un djihadiste égyptien et le chef du réseau terroriste Al-Qaïda de 2011 à sa mort.
Fils d'un pharmacien, médecin de formation et membre des Frères musulmans, il rejoint dans un premier temps le Jihad islamique égyptien, en lutte contre le pouvoir de Gamal Abdel Nasser. À la fin des années 1980, il rompt avec les Frères musulmans et participe à la fondation de l'organisation salafiste djihadiste al-Qaïda. Il devient alors le principal idéologue de ce réseau terroriste dirigé par Oussama ben Laden, souvent considéré comme étant son « no 2 », dont il aurait été le médecin personnel (Ben Laden aurait souffert de complications rénales, nécessitant probablement des dialyses). Après la mort d'Oussama ben Laden le 2 mai 2011, il devient le chef d'al-Qaïda.
Il est connu sous une dizaine de noms différents : Abou Mohammed, Abou Fatima, Mohammed Ibrahim, Abou Abdallah, Abou al-Mu'iz, le Docteur, le Professeur, Nour, Abou Mohammed Nour ad-Dîn, Abdel Mouaz (Abdel Moez, Abdel Mouez) et d'autres pseudonymes.
Ayman Al-Zawahiri est né à Maadi en Égypte, en banlieue du Caire, dans une famille influente sur le plan religieux et politique. Du côté paternel, le grand-oncle d'Ayman a dirigé l'université al-Azhar (l'un des principaux lieux d'enseignement de l'islam sunnite), son grand-père maternel a fondé l'université religieuse du Roi Saoud en Arabie saoudite pour le compte des autorités religieuses wahhabites et son oncle maternel, Abdul Rahman Azzam, a occupé les fonctions de secrétaire de la Ligue arabe. C'est un élève studieux. Sa famille est liée aux Frères musulmans depuis la création de la confrérie en 1928. En 1966, à l'âge de 14 ans, Ayman Al-Zawahiri rejoint à son tour les Frères musulmans, avec l'intention de renverser le régime de Gamal Abdel Nasser. Il est alors fasciné par le penseur Sayyid Qutb, qui est condamné à mort et exécuté la même année.
Entré à l'école de médecine de l'université du Caire, il sort diplômé en médecine en 1974 et obtient sa spécialisation en chirurgie en 1978. Son père, Muhammad Rabi Al-Zawahiri, pharmacien renommé, était lui-même professeur de pharmacologie au sein de l'école de pharmacie de l'Université du Caire.
En 1970, Nasser meurt et Anouar el-Sadate lui succède. Ce dernier fait alors libérer de nombreux détenus islamistes afin de contrer l'influence des Nassériens. Cependant les islamistes multiplient rapidement leurs actions et deux groupes radicaux émergent : Gamaa al-Islamiya et le Jihad islamique égyptien. D'après les journalistes du Monde Christophe Ayad et Mouna Naïm : « Contrairement aux Gamaa Al-Islamiya, qui entendent faire régner la charia en agissant au grand jour dans la société, le Jihad islamique ambitionne de prendre le pouvoir par le haut, en infiltrant les milieux militaires »
Al-Zawahiri rejoint quant à lui le Jihad islamique égyptien. En 1974, le groupe compte une quarantaine de membres. Al-Zawahiri s'habille alors à l'occidentale et sa famille ignore tout de ses activités. La même année, il passe son diplôme de médecine et exerce pendant trois années comme chirurgien dans une base de l'armée égyptienne. En 1978, il se marie.
En 1980, Ayman al-Zawahiri se rend au Pakistan et travaille pendant quatre mois à Peshawar pour le compte du Croissant-Rouge afin de venir en aide aux réfugiés afghans.
En 1978, la signature des accords de Camp David, en Israël, provoque une rupture entre Sadate et les milieux islamistes. Le 6 octobre 1981, le président égyptien Anouar el-Sadate est assassiné par un soldat ayant rejoint le Jihad islamique. Al-Zawahiri affirmera par la suite n'avoir appris le projet d'attentat qu'au matin de l'attaque. Il est néanmoins arrêté et emprisonné, ainsi que plusieurs centaines d'autres islamistes. Sous la torture, il révèle également les noms de plusieurs de ses camarades. Mis hors de cause dans le complot contre Sadate, il n'est finalement condamné qu'à trois ans de prison pour port illégal d'arme. Il est relâché en 1984.
Après sa libération, al-Zawahiri quitte alors l'Égypte, fait un bref séjour en Arabie saoudite, puis se rend au Pakistan. Il se rapproche alors d'Oussama ben Laden, dont il devient le médecin personnel. Vers fin 1989, dans un camp près de Khost en Afghanistan, une dizaine d'hommes de différentes nationalités, dont ben Laden et al-Zawahiri, fondent l'organisation al-Qaïda.
En 1989, Oussama ben Laden et Ayman Al-Zawahiri s'installent au Soudan, où Omar el-Bechir a pris le pouvoir et instauré une junte islamiste. Al-Zawahiri commandite alors plusieurs attentats contre le pouvoir égyptien, dont une tentative d'assassinat manquée contre le président Hosni Moubarak.
Selon l'imam Sayed, — l'ancien guide spirituel du Jihad islamique égyptien auquel a appartenu Ayman Al-Zawahiri, dans un essai intitulé « La Honte de l'exonération », publié en novembre 2008, dans le quotidien indépendant égyptien Al-Masri al-youm — Zawahiri travaillait alors pour les services secrets soudanais et a été rétribué par eux pour monter secrètement des opérations de terrorisme en Égypte. Une de ces opérations fut la tentative d'assassinat du Premier ministre égyptien Atef Sedki en 1993, qui a entraîné l'arrestation de membres du Jihad islamique en Égypte et l'exécution de six d'entre eux.
Cependant au tournant des années 1990, al-Qaïda change de stratégie. Selon Le Monde : « L'invasion du Koweït par l’Irak en 1990, le débarquement des troupes américaines en Arabie saoudite et l’opération « Tempête du désert », qui chasse l’armée de Saddam Hussein de l’émirat, ont rebattu les cartes. Ben Laden préconise de combattre non seulement le régime saoudien impie et corrompu, mais également « l’ennemi lointain », à savoir les États-Unis, dont les forces souillent la terre des deux mosquées sacrées ». Al-Zawahiri se range à ses vues et dès lors la « priorité n’est plus l’Égypte, mais le djihad transnational au sein d’un Front islamique mondial pour la guerre sainte contre les Juifs et les croisés ». Il rompt également totalement avec la confrérie des Frères musulmans égyptiens, qui ont refusé ou renoncé à l'usage de la violence.
Al-Zawahiri passe en Russie avec deux lieutenants le 1er décembre 1996 et tente de gagner la Tchétchénie pour y établir une base d'opérations. Il est arrêté le jour même au Daghestan avec de faux passeports. Se faisant passer pour de simples hommes d'affaires et bénéficiant d'un lobbying demandant la libération de ces simples marchands, ils sont relâchés au bout de six mois de prison.
En 1997, Ayman Al-Zawahiri est tenu pour responsable du massacre de Louxor, où sont tuées 62 personnes, dont 58 touristes étrangers. Il est condamné à mort par contumace en 1999 par un tribunal militaire égyptien. Cependant l'attentat est en réalité le fait du Gamaa al-Islamiya, qui n'est pas lié à Al-Zawahiri.
En 1998, Al-Zawahiri rejoint Ben Laden en Afghanistan, où les talibans ont pris le pouvoir.
Le 23 février 1998, il développe ses vues dans un texte écrit avec Oussama Ben Laden sous le titre « Le Front islamique mondial contre les juifs et les croisés ». Ce texte constitue un pas important permettant d'élargir ses combats à l'échelle planétaire. Ainsi le Jihad islamique rejoint la nébuleuse d’Al-Qaïda (le Jihad islamique sera reconstitué en partie sous le nom de Talaëh al-Fatah).
Après la deuxième Guerre d'Afghanistan, on perd la trace de Ayman Al-Zawahiri. Certaines sources, en 2002, relatent son assassinat par des forces inconnues mais, début septembre 2003, une vidéo montrant Ayman Al-Zawahiri et Ben Laden ainsi qu'un enregistrement audio, relayé par la chaîne qatarienne Al Jazeera, laissent supposer qu'ils sont tous deux en vie. Le département d'État des États-Unis offre une récompense de 25 millions de dollars pour des informations pouvant mener à l'arrestation d'Ayman al-Zawahiri, considéré comme impliqué, notamment, dans les attentats à la bombe du 7 août 1998 à Dar es Salam en Tanzanie et à Nairobi au Kenya. Ce même département l'a officiellement placé en deuxième position, sur une liste de 22, des terroristes les plus recherchés. Sur sa fiche de recherche du FBI, il est mentionné qu'il parle arabe et français.