Daw Aung San Suu Kyi (en birman : အောင်ဆန်းစုကြည် / , MLCTS : aung hcan: cu. krany, prononcé : /àʊɴ sʰáɴ sṵ tɕì/), née le 19 juin 1945 à Rangoun, est une femme d'État birmane. Figure de l'opposition non violente à la dictature militaire de son pays, lauréate du prix Nobel de la paix en 1991, elle est de facto chef du gouvernement de 2016 à 2021.
Elle est la fille du partisan de l'indépendance birmane Aung San, qui est assassiné alors qu'elle a deux ans. En 1988, elle cofonde et devient secrétaire générale de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), un parti politique opposé à la junte militaire au pouvoir. En 1990, le gouvernement militaire annule les élections législatives, remportées par la LND, et place Aung San Suu Kyi en résidence surveillée. Durant son enfermement, celle-ci bénéficie d'un important soutien international et se voit attribuer le prix Nobel de la paix. Elle est libérée en 2010.
Élue députée à l'issue des élections partielles de 2012, elle mène son parti à la victoire aux législatives de 2015, organisées plus librement que les précédentes. L'année suivante, alors qu'une disposition constitutionnelle l'empêche de devenir présidente de la République, elle est nommée ministre des Affaires étrangères, conseillère spéciale de l'État et porte-parole de la Présidence, sa position étant celle d'un chef de gouvernement de facto.
Bien que la Birmanie ait entamé une transition démocratique, le gouvernement auquel elle participe doit composer avec une armée toujours très puissante, notamment en raison de la Constitution de 2008, ce qui la contraint à faire des compromis. Elle fait également l'objet de critiques dans le monde en raison de son attitude durant les exactions de l'armée envers les Rohingya, groupe ethnique de confession musulmane, défendant son pays devant les instances internationales et récusant l’accusation de génocide.
En février 2021, quelques mois après des élections ayant renforcé sa majorité au Parlement, elle est renversée par un coup d'État militaire, tout comme d’autres dirigeants élus et nombre de ses partisans. Alors qu’elle se voit à nouveau assignée à résidence, des manifestations d’envergure sont réprimées par l’armée (plus d'un millier de civils tués). Elle est dans le même temps condamnée à plusieurs années d’emprisonnement.
En 2025, elle est visée par un mandat d'arrêt émis par la justice argentine.
Famille, scolarité et vie privée
Aung San Suu Kyi est la fille du général Aung San, qui a négocié l'indépendance de la Birmanie, et de son épouse, Khin Kyi. Son nom est composé du patronyme (Aung San) de son père et des prénoms de sa grand-mère maternelle (Suu) et de sa mère (Kyi).
Le 19 juillet 1947, presque six mois avant l'indépendance, son père est assassiné, avec les membres de son cabinet, par un rival politique, U Saw. Après la disparition de Aung San, son épouse et ses trois enfants vivent à Rangoun, à l'époque capitale du pays. Aung San Lin, un des deux frères de Suu Kyi, meurt accidentellement alors qu’elle avait huit ans.
Sa mère commence à s'engager dans les milieux sociaux et publics, gagne peu à peu une certaine importance dans le paysage politique du gouvernement des années 1950 et 1960 puis est nommée ambassadrice de la Birmanie en 1960 à Delhi, en Inde. Suu Kyi étudie à l’École anglaise catholique de Birmanie puis rejoint sa mère en Inde afin de terminer ses études secondaires au Lady Shri Ram College for Women (en) à New Delhi en 1964.
Suu Kyi part ensuite pour la Grande-Bretagne, où elle suit un cursus de philosophie, politique et économie au St Hugh's College d'Oxford de 1964 à 1968.
En 1969, âgée de 24 ans, elle part pour New York et entame un second cycle d'études supérieures, qu'elle abandonne après quelques semaines. Elle est hébergée pendant trois ans par sa compatriote Ma Than E, en poste au siège de l'Organisation des Nations unies, où Suu Kyi devient secrétaire-assistante du comité des questions administratives et budgétaires.
En 1972, elle se marie à Michael Aris, un jeune homme rencontré à Oxford alors qu’il étudiait les civilisations tibétaines. En 1973, Suu Kyi donne naissance à son premier enfant, Alexander, à Londres. En 1977, elle a un second enfant, Kim, né à Oxford. Suu Kyi vit alors entre le Royaume-Uni et le Bhoutan, pays où habite son mari, car il fait à cette époque[Quand ?] une étude sur l’Himalaya et le Tibet. Aris est mort le jour de son 53e anniversaire, le 27 mars 1999, des suites d'un cancer de la prostate. Depuis que sa femme avait été placée pour la première fois en résidence surveillée en 1989, il n'avait pu la voir que cinq fois, et pour la dernière, à Noël 1995.
Outre le birman, Aung San Suu Kyi parle couramment l'anglais et pourrait pratiquer le français qu'elle a appris sur cassettes audio durant ses années d'isolement.
En 1985, elle s'inscrit à l'École des études orientales et africaines de Londres pour préparer un master en philosophie, mais en 1988 elle abandonne cette formation universitaire pour aller au chevet de sa mère, malade en Birmanie.
En 1988, Aung San Suu Kyi retourne vivre en Birmanie afin de s’occuper de sa mère, vieillissante. Cette année-là, le général Ne Win, chef du parti socialiste au pouvoir, perd peu à peu le contrôle du pays. Des manifestations pro-démocratiques éclatent. Elles sont violemment réprimées par l’armée. Une nouvelle junte militaire, le Conseil d'État pour la restauration de la Loi et de l'Ordre, prend le pouvoir le 18 septembre 1988.
Fortement influencée par la philosophie non violente du Mahatma Gandhi, Suu Kyi entre en politique. Sa première intervention publique a lieu le 26 août 1988, à la pagode Shwedagon. En septembre 1988, avec les anciens généraux Aung Gyi et Tin Oo, elle annonce la création d'un nouveau parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), qui appelle à des réformes démocratiques. Les cofondateurs s'attribuent les postes de président, vice-président, et secrétaire général (pour Aung San Suu Kyi), et encouragent la grève générale qui dure depuis un mois.
Placement en résidence surveillée