Ce Jour-là

Auguste Perret

Architecte français

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Auguste Perret, né le 12 février 1874 à Ixelles (Belgique) et mort le 25 février 1954 à Paris, est un architecte français qui fut l'un des premiers techniciens spécialistes du béton armé.

Longtemps dénigré par les historiens et théoriciens du Mouvement moderne, particulièrement entre les années 1960 et 1990, plus exactement par des proches de Le Corbusier refusant ce qu'ils jugeaient comme des compromis favorisés par des gouvernements sans ambition, il a fallu attendre le passage des différentes crises de ce mouvement pour que l'œuvre de Perret reprenne place au sein d'une histoire de l'architecture plus directement orientée vers une logique patrimoniale. Auguste Perret apparaît dans ce nouveau contexte comme l'un des très rares architectes à avoir su discerner les enjeux et les limites du Mouvement moderne.

Outre ces jugements de valeur inévitablement subjectifs, Auguste Perret a joué un rôle déterminant : premier architecte à saisir l'intérêt constructif du béton armé (au début des années 1900), il est toujours resté attaché à ce matériau à la fois économique et robuste, tout en posant quelques principes comme le « style sans ornement », la structure poteau-poutre-dalle ou le plan libre. Placée sous le signe de la continuité historique, la cohérence de son œuvre — qui s'étale sur plus d'un demi-siècle — reflète la volonté d'inscrire la construction moderne au sein d'un nouvel ordre architectural défini comme l'École du classicisme structurel. Cette terminologie ne doit pas cacher un exceptionnel sens pratique qui peut tout aussi bien être compris comme une quête de durabilité et de démocratisation de la Modernité ; un idéal architectural qu'il a pleinement concrétisé en reconstruisant le centre-ville du Havre.

Auguste Perret s'inscrit dans la lignée d'un grand-père carrier et d'un père tailleur de pierre puis entrepreneur, Claude Perret : il a toujours gardé un goût du matériau simple traité noblement et un sens tout aussi modeste que pragmatique de la construction. Né dans les environs de Bruxelles, où son père avait trouvé refuge après son implication dans la Commune de Paris, il s'initie aux procédés de constructions modernes au sein de l'entreprise familiale, avant d'orienter définitivement sa carrière en tant qu'« architecte spécialisé dans le béton armé ». Dans le même temps, il effectue ses études à l'École des Beaux-Arts de Paris, où il reçoit l'enseignement de Julien Guadet, l'un des théoriciens de l'architecture contemporaine qui lui transmit la démarche rationaliste et classique des Beaux-arts. Au-delà de ce rationalisme classique, son souci particulier de la structure prend également sa source dans une lecture assidue des ouvrages d'Auguste Choisy et surtout d'Eugène Viollet-le-Duc. Bien qu'il soit un élève brillant, il quitte l'École des Beaux-Arts pour rejoindre l'entreprise familiale — avant même d'obtenir son diplôme, ou de tenter un possible Prix de Rome.

Les frères Perret, entrepreneurs

En 1905, à la mort de leur père, les trois frères Perret : Auguste, Gustave (1876-1952), qui fut lui aussi architecte et Claude (1880-1960), reprennent l'entreprise familiale de maçonnerie sous le nom de "Perret frères". Auguste devient l'un des premiers entrepreneurs à employer le béton armé dans la construction ; ainsi, dès 1913, il construit sa première grande réalisation : le théâtre des Champs-Élysées à Paris. Grâce à une réflexion ouverte sur les possibilités techniques et formelles de ce nouveau matériau, il est considéré comme le précurseur du plan libre en arrivant rapidement à la conclusion que la construction est fondée sur deux entités fondamentales : la structure porteuse (ou ossature) et les remplissages (cloisons, baies et trumeaux). Il appliqua au béton des formes et des proportions souvent apparentées au classicisme français, ainsi que des textures et des surfaces travaillées à la manière de la pierre de taille (choix des constituants du béton, bouchardage des surfaces). « Mon béton, disait-il en 1944, est plus beau que la pierre. Je le travaille, je le cisèle […], j'en fais une matière qui dépasse en beauté les revêtements les plus précieux. »

La lecture de l'architecture d'Auguste Perret ne doit pourtant pas s'arrêter à un classicisme d'apparence ou aux préoccupations pratiques — pour ne pas dire pragmatiques — d'un entrepreneur, et laisser ainsi oublier la dimension proprement architecturale de son travail. Il promeut le béton armé pour ses qualités structurelles et esthétiques propres au travers de son "ordre du béton armé". L'homme apparaît pleinement comme un moderne et, s'il affirme l'importance d'un matériau dit pauvre (le béton), s'il le traite comme de la pierre de taille et cherche à joindre l'élégance des beaux-arts à la simplicité artisanale, ce n'est pas sans une idéologie sociale que l'on peut alors rapprocher des recherches ouvertes par les Arts & Crafts puis prolongées — à l'époque où il débute — dans l'Art nouveau. Plus encore, à travers l'œuvre construite, il se fait pleinement architecte en regardant le bâtiment sous l'œil d'un espace libéré, d'un vide construit : ce que l'on observe dans ses projets à l'échelle urbaine et que l'on peut autrement comprendre dans la définition ouvrant son recueil d'aphorismes (cf. infra) : « L'architecture s'empare de l'espace, la limite, le clôt, l'enferme. Elle a ce privilège de créer des lieux magiques, tout entier œuvre de l'esprit. »

Auguste Perret a longtemps été réputé premier président de l’Ordre des architectes créé en 1940 (et non 1941), or le premier président est Henri Prost. D'ailleurs son statut d'architecte non diplômé ne lui permettait pas d'être président de l'Ordre. Il était de plus architecte et entrepreneur, ce qui était interdit par l'Ordre. Par ailleurs Perret était contre la création d'un ordre, qui est un projet datant des années 1920, préférant la liberté de création plutôt que l'esprit de corporation.

Perret a fait partie du conseil de l'Ordre, nommé chef d'atelier à l'École des Beaux-Art en 1942 puis il a été élu au Conseil supérieur de l'Ordre, à la commission d'épuration, en 1945.

Auguste Perret, non baptisé (son père était communard), s'est revendiqué républicain et athée. Il est réputé franc-maçon notoire comme ses frères, et politiquement proche du radical-socialisme, que le statut de plus grand architecte français a plutôt protégé. Durand la guerre il craignait d'être arrêté puisqu'il n'a pas fait le "voyage en Allemagne", d'autant que son agence n'a pas fait de concours public et que son entreprise a été réquisitionnée.

On lui connaît néanmoins quelques phrases de correspondance privée d'un antisémitisme « mondain », bien qu'il ait eu une clientèle juive dès les années 1920, dont l'artiste Chana Orloff, clientèle qu'il a conservée après guerre.

Les familles des résistants comme Elie Cartan lui ont commandé leur sépulture familiale. Il est aussi l'auteur du triptyque de mémoriaux de la Résistance en Isère, au Doyen René Gosse à Saint-Ismier, à André Moch à Corenc et à Jean Prévost au Pont Charvet dans le Vercors. C'est une commande de 1948 par Pierre Dalloz, son ancien élève avant la guerre et assistant après la guerre, résistant dans le Vercors avec Jean Prévost (qui avait son éloge en 1942), et alors inspecteur des monuments historiques.

Sa correspondance avec Marie Dormoy montre par exemple une méconnaissance de l'homosexualité d'auteurs qu'il fréquentait comme André Gide. Auguste Perret semble en réalité peu s'intéresser à la société, mais à la France en tant que nation industrielle, qu'il défend avec le béton armé « matériau français », qu'il promeut face à l'Allemagne en 1914. Mais il ne semble pas s’intéresser à la politique, ne s'engage pas, ni résistant, ni collaborateur, ni militant, ni opposant. Il ne parle que d’architecture.

La célébrité d'Auguste Perret commence au début du XXe siècle avec la réalisation du théâtre des Champs-Élysées qui lui vaut, par le biais de quelques scandales, une notoriété immédiate alors même qu'il cherche à défendre des idées particulièrement modernistes comme d'imposer le béton, de bâtir des « buildings » tout autour de Paris ou de concrétiser un « style sans ornement » pour mettre fin aux errements de l'Art nouveau. Dans les années 1920 et 1930, il commence des entretiens et théorise sa pensée, sans publier mais faisant l'objet de nombreux articles de revues soutenu en particulier par Marie Dormoy. Il tient également le poste de président de la Société des architectes modernes, fondée par Hector Guimard en 1922. Il concrétise son Ordre du béton grâce à la Tour d'orientation de Grenoble en 1924 puis multiplie ses réalisations dans d'importantes commandes publiques, des ateliers d'artistes (Boulogne-Billancourt), des bâtiments industriels ou des chantiers privés comme la réfection de la Maison d'Ananie à Paris, sans oublier l'église Notre-Dame du Raincy en 1923. En 1938, Auguste Perret est mis à l'honneur dans le film Les Bâtisseurs de Jean Epstein. Plusieurs de ses réalisations y sont présentées, et l'architecte expose longuement sa façon de voir l'architecture. Sous l'Occupation, il conserve la première place parmi les architectes modernes : il sera élu membre de l'Académie des beaux-arts en 1943 et présidera l'Ordre des architectes. Bien que le gouvernement du maréchal Pétain s'oriente résolument vers le régionalisme (reconstruction d'Orléans), il obtient le chantier de reconstruction de la place Alphonse-Fiquet à Amiens où l'on trouve les principes constructifs qu'il avait instaurés au Garde-meuble national et au palais d'Iéna et qu'il mettra pleinement en œuvre au Havre.

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