Auguste Dejan, 2e comte Dejean, est un général et entomologiste français, né le 10 août 1780 à Amiens et mort le 17 mars 1845 à Paris. Il est aide de camp de Napoléon Ier mais doit s'exiler en Europe centrale après Waterloo, ce qui met un terme à sa carrière militaire. Il est autorisé à rentrer en France en 1818, puis siège en 1824 à la Chambre des pairs et devient un entomologiste de premier plan.
Pierre François Marie Auguste Dejean est le fils aîné, issu du premier mariage, de Jean François Aimé Dejean (1749-1824) et d’Alexandrine-Marie-Elisabeth LeBoucher d’Ailly. Auguste suivit comme son père la carrière des armes, tout en montrant un goût prononcé pour l'ornithologie et l'entomologie.
Il entre au service en 1795, comme aide de camp provisoire de son père, et fait cette campagne et celles de 1796 et 1797 aux armées du Nord et de Sambre-et-Meuse, celle de 1801 à l'armée de réserve en Italie, celle de 1804 et partie de celle de 1805 à l'armée des côtes de l'Océan.
Passé à la Grande Armée, il combattit à Austerlitz le 2 décembre 1805, et passa, le 13 février 1806, du grade de chef d'escadron au 9e régiment de dragons, qu'il remplissait alors, au commandement, comme colonel du 11e régiment de la même arme.
Il devient officier de la Légion d'honneur le 11 juillet 1807 (après Eylau et Friedland). Il se trouve à la bataille d'Alba de Tormes le 28 novembre 1809, à l'affaire de Buçaco le 27 septembre 1810, et aux batailles de Fuentes de Onoro en 1811 et de la Moskowa en 1812. Il est général de brigade depuis le 6 août 1811.
Le 8 mai 1812, le baron Dejean est présenté à Napoléon comme député du département de l'Aude : il est désigné comme candidat au Corps législatif par ce département mais n'y est pas nommé par le Sénat conservateur.
L'année suivante, il prête serment comme aide de camp de Napoléon, et se trouve à toutes les actions importantes de la campagne de cette année, notamment à celles de Lutzen, Wurschen, Wachau, Leipzig et Hanau— campagne après laquelle, le 3 novembre 1813, il est créé commandeur de la Légion d'honneur —, et, en 1814, à celles de Brienne, Montmirail, Vauchamps, Craonne et Arcis-sur-Aube.
Le 23 mars 1814, Napoléon le nomme lieutenant général de cavalerie. Chargé par Napoléon de s'opposer à la capitulation de Paris, il n'y arrive qu'après la reddition, est confirmé dans son grade de lieutenant général par le roi le 23 juin, et fait chevalier de l'ordre de Saint-Louis le 5 septembre suivant. Au retour de Bonaparte de l'île d'Elbe, le baron Dejean reprend auprès de lui ses fonctions d'aide de camp, et est nommé commissaire extraordinaire dans les départements de la Somme et du Nord. Divers rapports qu'il fait pendant cette mission sont imprimés dans le pamphlet intitulé Portefeuille de Bonaparte saisi à Waterloo, dont, au reste, rien ne garantit l'authenticité. Après avoir rempli cette mission, il rejoint l'armée et se trouve aux batailles de Ligny et de Waterloo (où Dejean est le premier aide de camp de Napoléon).
Au second retour de Louis XVIII, le général Dejean se trouve compris dans la seconde liste de l'ordonnance royale du 24 juillet. Obligé de sortir du royaume par une autre ordonnance du 17 janvier 1816, il se retire en Allemagne. Il parcourt alors la Styrie, la Croatie et le Dalmatie, au grand profit de sa collection d'insectes, la plus complète de son temps, et dans laquelle il a réuni treize mille espèces.
En 1818, son père obtient pour lui, de Louis XVIII, l'autorisation de rentrer en France.
Le 14 juin 1824, le lieutenant général Dejean fut admis a siéger dans la Chambre des pairs, à titre héréditaire, en remplacement de son père, mort le 12 mai précédent : il était devenu comte et pair de France, ses titres d'hérédité ayant été vérifiés à la Chambre des pairs.
Il fait partie de la minorité libérale, prête serment au gouvernement de juillet, et prend fréquemment la parole à la Chambre haute, sur la loi électorale, sur la loi municipale, contre l'abolition de l'hérédité de la pairie, sur l'avancement dans l'armée de terre (1832), sur les pensions militaires, sur la remontre de la cavalerie (il avait été nommé membre du comité de cavalerie en 1840) et sur le projet de loi de recrutement de l'armée (1843).
Entre-temps, ayant repris le service actif, il commande la cavalerie lors de l'expédition d'Anvers de 1832.
Grand spécialiste des coléoptères et plus particulièrement des Carabidae, il assemble la plus grande collection privée jamais réalisée. Il reçoit des spécimens de tous les coins de la planète et son catalogue final dénombre 22 000 espèces identifiées. Il emploie Jean-Baptiste Alphonse Dechauffour de Boisduval (1799-1879) comme conservateur de sa collection. Une anecdote indiquait la ferveur de Dejean pour ces animaux : lors de la bataille d’Alcanizas en Espagne, Dejean était sur le point de donner l’ordre de l’attaque lorsqu’il remarqua un coléoptère posé sur une fleur. Il descendit alors de cheval, le ramassa et le piqua au fond de son chapeau. Il remonta sur son cheval, et remporta la bataille après un dur combat où il fit un grand nombre de prisonniers. Son chapeau avait été déchiqueté par des tirs ennemis, mais il eut la satisfaction de retrouver intact son insecte.
Son catalogue a soulevé de nombreuses polémiques car il ne respectait pas la règle linnéenne de l’antériorité : « Je me suis fait une règle de toujours préserver le nom le plus généralement utilisé, et non pas nécessairement le plus ancien. »
Il est l’auteur de nombreuses publications qui couvrent de très nombreuses espèces. Pourtant, le plan initial de son Species Général des Coléoptères de la Collection de M. le Comte Dejean esr encore plus ambitieux car il souhaitait couvrir la totalité des coléoptères connus alors qu’il dut se limiter à décrire ceux de sa collection. Les cinq premiers des six volumes sont de sa main.
Le comte Dejean présida la société entomologique de France en 1840.
Il demande 50 000 francs pour sa collection, somme que le Muséum national d'histoire naturelle de Paris est incapable de réunir. Après avoir refusé une offre du roi de Prusse, la collection est mise en vente et dispersée. Elle est acquise par différents entomologistes comme Maximilien de Chaudoir (1816-1881) puis par Charles Oberthür (1845-1924). On trouve aujourd’hui, dans plusieurs muséums, dont celui de Paris, des parties de la collection originelle.