Les attentats de Trèbes et Carcassonne sont des attaques terroristes islamistes, doublées de crimes homophobes, perpétrées le 23 mars 2018 à Carcassonne et dans un supermarché Super U de Trèbes, dans l'Aude, par Radouane Lakdim. Les attentats sont revendiqués par l'État islamique et font quatre morts et quinze blessés. Le terroriste est abattu par le GIGN.
Le lieutenant-colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame, qui a été tué alors qu'il avait pris la place d'une otage dans le supermarché, reçoit un hommage national et est célébré comme un héros en France et au niveau international.
La France est, en mars 2018, le pays européen le plus touché par des attaques commanditées ou inspirées par l’État islamique avec 11 attentats depuis début 2015, ayant causé 245 morts, auxquelles s’ajoutent, selon un décompte du journal en ligne Mediapart, 17 attentats échoués et 50 attentats déjoués. Selon une étude du Centre d'analyse du terrorisme, l’Hexagone a connu 5 attentats, 6 tentatives et 20 projets pour la seule année 2017.
Alors que dans le reste de l’Europe, les terroristes cherchant à tuer indistinctement le plus grand nombre de personnes, par exemple avec des véhicules-béliers, les actes commis en France ont la particularité de cibler, dans neuf cas sur onze en 2017, des membres des forces de l’ordre. Le précédent attentat islamiste a eu lieu en octobre 2017 à la gare Saint-Charles de Marseille : deux personnes ont été tuées.
En Europe, les attentats terroristes ont causé près de 2 400 morts depuis 2001.
L'auteur des attaques, Radouane Lakdim, est un Marocain naturalisé français en 2004, âgé de 25 ans et demeurant avec sa famille à la cité Ozanam de Carcassonne.
Petit délinquant déjà condamné en 2011 et 2015, il est fiché S depuis 2014 pour radicalisation islamiste et pour « son appartenance à la mouvance salafiste », avant de passer brusquement à l'acte. Le matin du 23 mars, il accompagne l’une de ses sœurs à l’école avant de commettre les attaques.
Aigles de la Cité de Carcassonne
Dans la matinée du 23 mars 2018, à 10 h 13 au parking des Aigles de la Cité à Carcassonne, connu pour être un lieu de rencontres entre homosexuels, Lakdim croise Renato Silva, un jeune Portugais de 25 ans, qui fume dans un sous-bois, et lui tire une balle dans la tête. Quelques minutes plus tard, il abat d’une balle dans la tempe Jean Mazières, un viticulteur à la retraite de 61 ans, qui marchait sur un sentier. Plus tard dans la journée, l'assassin se vantera d'avoir « allum[é] deux pédés » et de leur avoir « mis deux balles dans la tête, sans pitié. ».
L'homophobie de Lakdim sera plusieurs fois évoquée durant le procès des attentats : une amie du tueur, Kamelia K., affirme lors d'une audition qu'« à chaque fois qu’il croisait un homosexuel, il voulait lui trancher la tête ».
Armé de son pistolet automatique, Lakdim patiente ensuite à proximité de la caserne de Laperrine du 3e régiment de parachutistes d'infanterie de marine (3e RPIMa), dans le but de s'en prendre à des militaires mais, n'en voyant pas, il se rabat sur un groupe de quatre CRS de la compagnie 53 qui terminent leur footing, avenue du Général-Leclerc et rentrent à la caserne. Il s'en prend à quatre d'entre eux, tire à six reprises et blesse grièvement un militaire originaire de Marseille et âgé de 43 ans.
À 10 h 38, Lakdim gare l'Opel Corsa qu'il a dérobée en tuant un passager et en blessant un autre, sur le parking du supermarché Super U, situé rond-point de l'Europe à Trèbes, à 8 km du lieu du premier meurtre.
Dès qu'il entre dans le magasin où se trouve une cinquantaine de personnes, il crie « Allahou akbar ! », indique qu’il est un soldat de l'État islamique , et se dit « prêt à mourir pour la Syrie ».
Seulement 26 secondes après être entré dans le Super U, il tire par deux fois (le premier coup ne part pas) et tue à bout portant le chef boucher âgé de 50 ans Christian Medvès, qui était parti discuter avec une caissière. Sauf deux d'entre eux, les clients s'enfuient. Hervé Sosna, Trébéen âgé de 65 ans, est lui aussi tué d'une balle à bout portant dans la tête, alors qu'il déposait ses courses sur le tapis de caisse. Une vingtaine de personnes parvient toutefois à s'échapper, d'autres à se cacher dans la chambre froide du supermarché.
Le terroriste lance dans le magasin une grenade, qui n'explosera pas, et se retranche dans la salle des coffres où s'était cachée l'hôtesse d'accueil du magasin, qui se trouve prise en otage, Julie V., ancienne ingénieure de 40 ans devenue caissière l'année passée après la perte de son précédent emploi. Elle parvient à engager un dialogue pour l'apaiser et sur son injonction, elle appelle le commissariat où le terroriste dit être membre de l'EI et exiger la libération de Salah Abdeslam, djihadiste impliqué dans l'attentat du 13 novembre 2015.
L'antenne du GIGN installée à Toulouse est alertée à 10 h 56 et demande l'assistance du groupe national dès 10 h 58 et 24 hommes décolleront à 12 h de la base aérienne de Villacoublay. À 11 h 21, un groupe de gendarmes du PSIG de Carcassonne pénètre dans le magasin en compagnie du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, plus haut gradé sur place. Rapidement et malgré les mises en garde des agents du PSIG qui disposent eux de gilets pare-balle, Beltrame se propose comme otage en échange de la libération de l'hôtesse de caisse. À 11 h 32, l'otage est libérée. Le PSIG évacue les derniers clients restés dans le magasin.
Le GIGN de Toulouse est sur place dès 12 h 25 et ils sont rejoints par le RAID et la BRI. Vingt minutes plus tard, Arnaud Beltrame joint le commandant du groupement et répète les revendications de Lakdim. Beltrame apparaît une nouvelle fois comme bouclier humain quand la porte s'ouvre à 13 h 10. À 13 h 30, le terroriste est entendu prier. Plus tard, il exige un chargeur de téléphone portable qui lui est remis. À 14 h 13, un contact est noué sur le téléphone portable du gendarme et un négociateur du GIGN basé en région parisienne. Lakdim réitère sa demande de libération de Salah Abdeslam, mais le négociateur lui répond qu'il n'en a pas le pouvoir. Une minute plus tard, il signale la présence de la mère de Lakdim.
Beltrame crie : « Attaque ! Assaut ! Assaut ! ». Alors que le terroriste est en train de lui trancher la gorge et de cribler de balles le corps du gendarme, le GIGN ne semble pas comprendre la scène dans l'instant ni interpréter tout de suite les râles entendus via son téléphone laissé ouvert sur une table. L'équipe parisienne n'étant pas encore installée, c'est l'antenne du GIGN de Toulouse qui donne l'assaut à 14 h 24 min 30 s, soit 8 minutes 30 après les cris d'Arnaud Beltrame. Les hommes du GIGN entrent dans la salle des coffres alors que le terroriste, dos à la porte, tente de se relever et crie à nouveau « Allahu akbar ! » avant d'être abattu. L'assaut est terminé à 14 h 28.