L'attentat du Crocus City Hall est une attaque terroriste islamiste perpétrée le 22 mars 2024 dans la salle de concert du Crocus City Hall à Krasnogorsk dans la banlieue de Moscou, en Russie.
Alors que le groupe de musique Piknik devait se produire à guichets fermés, quatre hommes armés ouvrent le feu sur la foule avant de déclencher un incendie.
L'attaque est revendiquée par l'État islamique au Khorassan via leur agence de presse Amaq. Elle fait au moins 150 morts et 608 blessés.
Le 8 mars 2024, tout juste deux semaines avant l'attaque, l'ambassade américaine à Moscou met en garde les autorités russes contre des projets extrémistes visant à cibler de grands rassemblements à Moscou. Le 19 mars, soit le mardi précédant l'attaque, le président Poutine s'adressant à la direction du FSB balaie ces avertissements : « les déclarations provocantes récentes d'un certain nombre de responsables occidentaux sur de possibles attaques terroristes en Russie » ne sont que « purs chantages ».
Du 15 au 17 mars, en fin de la semaine précédant l'attentat, se déroule l'élection présidentielle russe de 2024, lors de laquelle Vladimir Poutine est sans surprise réélu dès le premier tour, les résultats officiels lui donnant plus de 88 % des suffrages exprimés. Cette réélection est cependant contestée par l'opposition russe et la presse internationale, qui dénoncent une fraude massive.
La guerre russo-ukrainienne, en cours depuis 2014 et qui prend un nouveau tournant lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie le 24 février 2022, se poursuit par ailleurs.
L'attaque débute quelques minutes avant le début d'un concert que doit donner le groupe de rock Piknik, au Crocus City Hall, à Krasnogorsk, en périphérie de Moscou, alors que les spectateurs prennent place dans l'amphithéâtre. La manifestation a lieu à guichets fermés, dans cette salle de concert Muslim Magomayev, du nom d'un grand chanteur soviétique d'origine azerbaïdjanaise, disposant de 6 200 places. Quatre hommes armés font alors irruption et ouvrent le feu sur les spectateurs.
Selon un journaliste de l'agence RIA Novosti, au moins trois personnes en tenue de camouflage font irruption dans le parterre et tirent à l'arme automatique. Elles lancent ensuite un engin incendiaire (potentiellement un cocktail Molotov), qui déclenche un incendie.
Un témoin rapporte au média Meduza : « Nous attendions le début du concert du groupe Piknik et la salle a été prise d'assaut par – je-ne-sais-pas-qui – des terroristes, des militaires… Ils portaient des vêtements bruns. Ils ont commencé à tirer sur les gens avec des fusils automatiques. Tout le monde s'est mis à courir. Il y a eu une terrible bousculade. Tout le monde paniquait, s'allongeait sur le sol, s'écrasait les uns les autres. En ce moment, le Crocus derrière moi est en feu. Il a été incendié. »
L'évacuation des survivants les plus grièvement blessés est effectuée par des hélicoptères médicalisés, et 70 équipes d'ambulances auraient été dépêchées. Les pompiers interviennent pour maîtriser l'incendie. Un nombre indéterminé de personnes fuient par la scène vers le parking, tandis que d'autres s'en vont vers le toit. Les autorités déclarent le soir même qu'une centaine de personnes environ ont été évacuées par les sous-sols. Plus tard, on apprend qu'un adolescent kirghiz de 15 ans, Islam Khalilov, travaillant à temps partiel comme employé au vestiaire du Crocus City Hall, voit un groupe de spectateurs s'enfuir dans une impasse et les rattrape pour les guider vers une issue de secours en passant par une zone qui sert habituellement aux expositions et par des sous-sols. Il a ainsi mis en sécurité une centaine de personnes.
Les forces de l'ordre russes déclenchent immédiatement une chasse à l'homme et déclarent que la Garde nationale russe est envoyée « à la recherche » des assaillants, et que ceux-ci auraient pu s'échapper à l'aide d'une voiture blanche, une Renault Symbol.
Le soir même, les musiciens de Piknik publient sur VKontakte un message mentionnant qu'eux et leur direction sont « vivants et en sécurité », mais ils déclarent ensuite qu'ils n'ont pas pu contacter l'un des membres du groupe sans préciser lequel. Le 23 mars, l'un des membres du groupe n'est toujours pas joignable. Selon une déclaration faite à l'agence de presse RIA Novosti le 24 mars par le directeur du groupe, Youri Tchernichevski, la directrice-adjointe du groupe, Iekaterina Kouchner, est décédée dans l'attaque terroriste.
Selon l'agence Tass ce sont au total plus de 5 000 personnes qui ont été évacuées du bâtiment en feu. La recherche des corps de victimes dans les décombres se poursuit jusque dans la soirée du 26 mars. Parmi elles, des personnes venues de différentes régions de Russie et de toutes les générations, y compris des enfants.
Au 23 mars, onze personnes sont arrêtées dont les quatre assaillants présumés de la voiture blanche qui sont capturés à 140 kilomètres de la frontière ukrainienne dans l'oblast de Briansk, à environ 340 kilomètres au sud-ouest de Moscou, dans la soirée du 22 mars. Cependant, à cette date, ils ne sont pas encore identifiés. Selon le FSB, les suspects prévoient de franchir la frontière entre la Russie et l'Ukraine ; les forces de sécurité russes se coordonnent avec celles de Biélorussie pour les en empêcher. Le comité d'enquête de la fédération de Russie lance une enquête concernant la piste terroriste de l'attaque.
Le député à la Douma d'État Alexandre Khinchteïn (en) déclare la découverte de passeports tadjiks dans le véhicule des individus détenus et la chaîne Telegram russe Baza a identifié les quatre assaillants comme étant des citoyens du Tadjikistan. Le ministère de l'Intérieur du Tadjikistan nie l'implication de trois des citoyens cités, affirmant que les personnes nommées par les autorités russes sont retournées au Tadjikistan des mois plus tôt et y travaillent.
Les autorités déclarent plus tard qu'aucun des assaillants n'est citoyen russe.
Une courte vidéo sur Telegram montrerait l'un des suspects, Saïdakrami Mourodali Ratchabalizoda, 30 ans, torturé par des agents du FSB, qui lui auraient coupé l'oreille et l'auraient forcé à la manger. Dans une autre vidéo d'interrogatoire publiée par les médias d'État russes, un suspect de 25 ans identifié comme Chamsidine Faridouni a déclaré avoir participé à l'attaque en échange d'un million de roubles (10 800 dollars), dont il aurait prétendu avoir déjà reçu la moitié par transfert de carte bancaire de la part d'individus qui l'ont contacté sur Telegram et dont il ignore l'identité. Un suspect aurait été tué dans le Crocus City Hall, tandis qu'un autre l'a été dans l'oblast de Briansk.
Le 24 mars au soir, les assaillants présumés sont présentés au tribunal du district de Basmanny à Moscou et inculpés du chef d'actes terroristes. Ils encourent la prison à perpétuité. Ils seraient citoyens du Kirghizistan et leur identité est donnée pour être : Dalerdjon Mirzoyev, 32 ans, chef des assaillants selon la presse russe, marié et père de quatre enfants, ancien chauffeur de taxi ; Saidakrami Rachabalizoda, chômeur et marié, père d'un enfant, présenté avec un épais pansement de l'oreille droite, accréditant la thèse que son oreille aurait été coupée durant son interrogatoire ; Faridouni Chamsidine, 25 ans, parlant mal le russe, celui qui aurait reconnu avoir reçu de l'argent ; Muhammadsobir Faïssov, 19 ans, célibataire sans enfant, ancien coiffeur dans un salon d'Ivanovo, une ville à 250 km au nord-est de Moscou. Avant l'audience qui s'est déroulée à huis clos, la presse est admise à les voir alors qu'ils sont à l'intérieur d'une cage de verre. Tous sont porteurs de traces de coups et blessures (tuméfactions du visage, épais bandage, sutures chirurgicales). Muhammadsobir Faïssov a même paru dans un fauteuil roulant habillé d'une blouse d'hôpital, semblant inconscient, les yeux fermés sans répondre à aucune question, peut-être dans le coma. Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, n'a pas répondu aux journalistes sur les éventuels actes de tortures commis à l'encontre des inculpés, déclarant : « Je laisserai cette question sans réponse ». Depuis ce 24 mars, les inculpés sont placés en détention provisoire jusqu'au 22 mai, une durée qui pourra être prolongée dans l'attente de leur procès dont la date n'a pas encore été fixée. Le secrétaire exécutif de la Commission de surveillance publique (ru) de Moscou, Alexeï Melnikov, fait savoir qu'ils s'exposent à des conditions de détention particulièrement difficiles : « Jusqu'à la fin de leur vie, ils seront dans ce qu'on appelle cercueil (une chambre de 4 à 6 m2), contraints de se déplacer uniquement en position courbée avec les mains derrière le dos. »