L’attentat du 19 décembre 2016 à Berlin est une attaque terroriste islamiste au camion-bélier qui s'est déroulée au marché de Noël de la Breitscheidplatz, à Berlin-Charlottenbourg en Allemagne, le 19 décembre 2016. Elle a eu lieu aux alentours de 20 h heure locale, faisant treize morts et plus de cinquante blessés.
L'attentat est revendiqué le lendemain par l'organisation État islamique. L'auteur Anis Amri, Tunisien de 24 ans, est tué près de Milan dans la nuit du 22 au 23 décembre après une « cavale » de quatre jours à travers l'Europe.
Événements contemporains de l'attaque
Cet attentat s'est produit le même jour que deux autres attaques : l'assassinat d'Andreï Karlov, diplomate russe, à Ankara (Turquie), et la fusillade dans un centre musulman à Zurich (Suisse), commise par un Suisse d'origine ghanéenne sans lien avec l'islamisme radical. Au Moyen-Orient, le 11 décembre, un attentat de l'EI cause 23 morts — le plus lourd bilan depuis 2011 — à l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul du Caire, le 18 décembre, un attentat-suicide à Aden au Yémen fait 40 morts et 50 blessés, puis un attentat contre deux boutiques tenues par des chrétiens vendant de l'alcool fait 9 morts dans le quartier chiite de Ghadeer, à Bagdad (Irak) le 23 décembre.
En Allemagne, il ne s'agit pas de la première tentative d'attaque durant le mois de décembre. Trois jours plus tôt, un jeune Allemand d'origine irakienne âgé de 12 ans avait déposé un sac avec une bombe sur le marché de Noël de Ludwigshafen. Le détonateur n'avait cependant pas fonctionné. Trois jours après l'attentat de Berlin, le 22 décembre en soirée, la police d'Essen (Ruhr) interpelle deux frères âgés de 28 et 31 ans d'origine kosovare soupçonnés d'avoir préparé un attentat visant le grand centre commercial le Centro à Oberhausen, mais ceux-ci sont remis en liberté sans poursuite le surlendemain faute d'élément à charge.
Ces arrestations sont révélées le même jour que l'annonce de l'arrestation de sept personnes soupçonnées par la police australienne de fomenter un « complot terroriste » qui aurait consisté en des attaques multiples le jour de Noël dans des lieux emblématiques de Melbourne : la gare de Flinders Street, la place de la Fédération et la cathédrale Saint-Paul. Quatre cents policiers ont participé aux sept arrestations, conduisant à l'incarcération de suspects qui sont tous de nationalité australienne, quatre étant nés dans ce pays et le dernier en Égypte. Le chef de la police de l'État de Victoria déclare : « Nous considérons qu'ils se sont certainement autoradicalisés [sur internet], inspirés par l'organisation État islamique […] et par la propagande du groupe djihadiste ».
Président du Centre d'analyse du terrorisme, Jean-Charles Brisard cite l'Allemagne avec la Belgique et la France parmi les cibles prioritaires des terroristes car membre de la coalition internationale contre l'EI. En Allemagne même, plusieurs cellules djihadistes ont été démantelées en 2016. L'attentat de Berlin s'inscrit dans un contexte de crise de la gestion migratoire en Europe particulier en Allemagne, pays d'Europe qui a accueilli le plus de réfugiés (près d'un million en 2015 et 300 000 en 2016) fuyant la guerre civile syrienne et divers autres conflits. Si Jean-Charles Brisard pointe que des terroristes ont profité des flux migratoires massifs de l'été 2015 pour se mêler aux migrants, ce sont des Syriens réfugiés qui livrent pieds et poings liés le djihadiste Jaber al-Bakr aux autorités allemandes à Leipzig en octobre 2016.
Vers 20 h heure locale, le conducteur d'un véhicule articulé Scania R450 de couleur noire, immatriculé en Pologne et appartenant à la compagnie Ariel Zurawski, domiciliée à Szczecin, quitte la route, monte sur un trottoir et fonce délibérément sur la foule présente dans le marché de Noël situé sur la Breitscheidplatz, non loin de la célèbre église du Souvenir de Berlin.
Roulant à près de 65 km/h et les feux éteints, le camion utilisé comme arme par destination parcourt une distance de 50 à 80 mètres, détruisant du mobilier urbain, des cabanes en bois ainsi que des décorations, et renversant les personnes qui se trouvent sur son passage. Le conducteur prend ensuite la fuite.
Il a été rapporté le premier jour que le routier polonais, agressé pour prendre le contrôle du camion, aurait agrippé le volant du véhicule pour le ramener sur la route et éviter un nombre de victimes plus important, mais l'autopsie établit qu'il avait été tué antérieurement. En revanche, la justice allemande révèle que le camion était équipé de systèmes électroniques de sécurité de pointe : la caméra et le radar capables de détecter les obstacles ont déclenché le freinage automatique d'urgence (c'est-à-dire l'AEB), limitant le nombre de victimes.
L’attaque au camion-bélier évoque l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice, commis après le feu d'artifice tiré pour la fête nationale française et ayant causé la mort de 86 personnes et fait 434 blessés, ainsi que l'attentat de Saint-Jean-sur-Richelieu (Canada) le 20 octobre 2014, où un adepte de l’islam radical avait écrasé deux militaires avec un véhicule. Ce type d'attaque est une méthode prônée par l'État islamique et redoutée par les services de renseignement.
La première victime est le conducteur initial du véhicule, un Polonais de 37 ans du nom de Łukasz Urban. Il était marié et avait un fils de 17 ans. Il a été enlevé et tué par l'agresseur qui s'est emparé de son camion.
Un premier hommage présidé par l’archevêque de Berlin, Heiner Koch, est rendu au soir du lendemain de l'attaque en présence de la chancelière Angela Merkel et des membres de son gouvernement à l’église du Souvenir toute proche des lieux de l'attentat. Dressant un parallèle avec l'approche de la Nativité, Heiner Koch déclare : « C’est la nuit, le chaos, la peur. Hier soir, c’était la nuit à Berlin. C’est la nuit à Alep et dans tant d’endroits dans le monde. […] Ce fut la nuit à Bethléem. Une étoile lumineuse qui connaît le chemin nous a permis d’avancer ensemble. Nous sommes au milieu de la nuit. » Les représentants des différents cultes chrétiens, juif et musulman prononcent tous une phrase commençant par « Nous sommes ici ensemble... » avant de se prendre la main pour une minute de silence. La chanteuse américaine et résidente berlinoise Jocelyn B. Smith, très populaire dans la ville depuis qu'elle a été invité à chanter en 2001 à la porte de Brandebourg en mémoire des victimes du 11-Septembre, est choisie pour céléber en chanson la mémoire des victimes de Berlin.
Au lendemain de l'attentat, le ministre fédéral allemand de l'Intérieur Thomas de Maizière annonce que 18 des 56 blessés sont dans un état grave. Parmi les victimes, on recense une Italienne de 31 ans, qui s'était installée à Berlin après y être venue dans le cadre d'un échange Erasmus ; une Israélienne de 60 ans qui se promenait sur le marché de Noël avec son mari, qui est grièvement blessé ; une jeune Tchèque travaillant en Allemagne. En octobre 2021, cinq ans après l'attaque, un homme est décédé des suites des blessures, devenant la treizième victime.
L'attentat est officiellement revendiqué par l'organisation État islamique le 20 décembre vers 20 h via son agence de presse et de propagande Amaq. L'auteur de cette attaque Anis Amri est clairement identifié comme ayant prêté allégeance à Daech.
À l'intérieur du camion, le corps d'un homme abattu par balle et détenteur de papiers polonais est découvert. Il s'agit de Lukasz Urban, conducteur attitré du camion, un homme de 37 ans, cousin d'Ariel Zurawski, le patron de la société de transport. Ce dernier indique que le véhicule venait de transporter environ 25 tonnes d'acier depuis l'Italie à destination des usines ThyssenKrupp du nord de Berlin. La livraison n'a pu être effectuée car ThyssenKrupp a demandé qu'elle soit reportée au lendemain. Lukasz Urban s'est alors garé sur le parking de cette société. Ariel Zurawski ajoute qu'on a perdu le contact avec lui en milieu d'après-midi. Vers 15 h, Lukasz Urban a eu une brève conversation au téléphone avec sa femme, puis, lorsqu'elle l'a rappelé à 16 h, elle n'a pas obtenu de réponse. Le système GPS du véhicule montre que celui-ci a été manœuvré vers 15 h 45, d'une façon maladroite, comme par quelqu'un d'inexpérimenté. Puis le camion s'est mis en route vers 19 h 40 pour parcourir les 10 kilomètres qui le séparaient du lieu de l'attentat.