Ce Jour-là

Assyriologie

Étude de la philologie et de l'archéologie de l'Assyrie, de la Mésopotamie et de l'ancien Moyen-Orient

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L'assyriologie est la partie de l'histoire et de la philologie spécialisée dans l'étude de l'Assyrie à l'origine, puis dans son acception actuelle dans l'étude de la Mésopotamie antique, et au sens large celles des civilisations du Proche-Orient ancien. Elle repose sur la traduction et l'étude des textes rédigés en écriture cunéiforme.

Le terme d'assyriologie est forgé par Ernest Renan en 1859, sur le modèle d'égyptologie, et en référence à l'Assyrie, le pays par lequel a alors été redécouverte l'antique civilisation mésopotamienne et qui est à ce moment-là la seule des civilisations de la Mésopotamie antique clairement identifiée par des restes matériels. Au moment où se constitue la discipline, la première chaire d'assyriologie du Collège de France confiée à J. Oppert, un des déchiffreurs du cunéiforme, est intitulée « Philologie et archéologie assyriennes », et dans le premier volume de la Revue d'assyriologie et d'archéologie orientale publié en 1884, le même J. Oppert définit l'assyriologie comme « une nouvelle science philologique. »

Environ un siècle plus tard, en 1981, après que les autres civilisations mésopotamiennes et proche-orientales aient été redécouvertes, J. Bottéro définit l'assyriologie comme « une discipline historique », qui s'intéresse à « l'histoire de la Mésopotamie antique », voire plus largement des civilisations du Proche-Orient ancien. La référence à l'approche philologique ressort du fait qu'il indique qu'il est nécessaire pour pratiquer cette discipline de s'être initié aux arcanes de l'écriture cunéiforme, et d'au moins deux langues mésopotamiennes, l'akkadien et le sumérien.

La redécouverte des autres civilisations du Proche-Orient ancien a alors rendu obsolète la référence à la seule civilisation assyrienne, alors que l'étude de l'ancienne Mésopotamie implique d'étudier aussi les civilisations de Sumer, Assur et Babylone, et que celle des autres civilisations du Proche-Orient ancien pratiquant le cunéiforme implique d'englober encore d'autres civilisations (Élam, royaumes syriens, Hittites, Hourrites, Urartu). De ce fait des dénominations spécifiques sont apparues. S. N. Kramer, spécialiste des textes en sumérien, se décrivait ainsi comme un « sumérologue », un spécialiste qui « n'assume qu'une part de cette science appelée assyriologie (...), celle qui concerne proprement les textes cunéiformes correspondant à la langue sumérienne », « la sumérologie n'étant qu'une branche de l'assyriologie. » D'autres dénominations sont apparues pour désigner les spécialistes de civilisations pratiquant des langues non-mésopotamiennes : hittitologues pour les Hittites, ugaritologues pour Ugarit, élamologues pour l'Élam, etc.

Pour mieux refléter cette réalité, la dénomination d'assyriologie est alors rejetée par certains, à l'image de J. Renger qui préfère parler de « philologie et histoire de l'Orient (ou Proche-Orient) ancien » (Altorientalische Philologie und Geschichte / Ancient Near Eastern Philology and History), « une partie des Études sur le Proche-Orient ancien, qui comprend l'archéologie du Proche-Orient ancien ainsi que la philologie et l'histoire » et qui « s'intéresse aux langues, à l'histoire et aux civilisations du Proche-Orient ancien. » Cela s'accompagne d'une notion plus englobante et pluridisciplinaire d'« études du Proche-Orient ancien » (Near Eastern Studies), qui inclut également l'archéologie de ces civilisations, celle-ci et la philologie restant « liées par un objectif commun – qui consiste à reconstruire une ancienne civilisation avancée sur la base de preuves écrites et matérielles. » Ce champ de la recherche a des liens avec d'autres qui étudient les mêmes régions mais des civilisations ne pratiquant pas (ou de façon secondaire à l'échelle historique) l'écriture cunéiforme : les études sémitiques, iraniennes, anatoliennes, indo-européennes.

Quel sens donner à assyriologie à l'heure actuelle ? Pour l'Association internationale des Assyriologues (International Association of Assyriology), qui organise les Rencontres assyriologiques internationales, le terme « fait référence à l'étude de l'ancienne Mésopotamie et des régions voisines par des approches textuelles, archéologiques et historiques de l'art. » W. Sallaberger, qui la préside en 2019, donne une approche plus développée : « Dans notre association, le terme désuet « Assyriologie » recouvre tous les domaines savants liés à l'étude du Proche-Orient ancien à l'époque des cultures cunéiformes, du IVe millénaire avant notre ère au Ier siècle de notre ère dans les régions historiques de Mésopotamie, Syrie et Levant, Iran et Anatolie, y compris les périodes et les régions d'influence et de contact. Notre compréhension de « l'assyriologie » couvre les disciplines philologiques traitant des textes écrits en akkadien, i.e. langues babylonienne et assyrienne, sumérienne, hittite, élamite, hourrite et autres, linguistique de ces langues, histoire de l'ancien Proche-Orient, archéologie et histoire de l'art des régions et périodes respectives. »

Pour Dominique Charpin (2015), « le terme assyriologue est devenu ambigu : dans son acception large, il désigne toute personne qui étudie des textes notés dans l’écriture cunéiforme » et rajoute que « ces textes, écrits dans des langues très différentes, relèvent de civilisations distinctes, même si elles ont été en contact suffisamment étroit pour partager une même écriture. » Lui-même préfère s'en tenir au seul cadre de la « civilisation mésopotamienne », et à une « approche pluridisciplinaire. »

Pour Paul-Alain Beaulieu (2018), « l'assyriologie est la discipline académique dédiée à l'étude des civilisations antiques de l'Irak » et il présente sa démarche d'assyriologue comme une qui « s'appuie principalement sur l'interprétation philologique des sources cunéiformes, mais intègre également certaines découvertes de l'archéologie et de l'histoire de l'art. ».

La découverte de restes archéologiques au Moyen-Orient commence bien avant le XIXe siècle, du fait de voyageurs ou de commerçants poussés par leur curiosité et leur foi à visiter les pays de la Bible.

Au XVIIe siècle, un explorateur romain nommé Pietro Della Valle (1586-1652), visite la Mésopotamie, l’actuel Irak, la Perse (actuel Iran) et le Proche-Orient (Syrie, Liban et Palestine). Il en rapporte un récit haut en couleur qui fit date ainsi qu'une description et des copies approximatives d'inscriptions en cunéiforme, avec une première tentative d'interprétation. À sa suite d'autres explorateurs vont permettre d'améliorer la connaissance de ces inscriptions, dans le contexte de la mode de l'« antiquarisme » européen, qui vise à collectionner et à analyser au moins de façon rudimentaire des objets antiques (surtout romains et grecs). Des découvertes importantes ont lieu au cours des années 1780-1790, période pendant laquelle les premières expéditions savantes sont organisées. On est alors bien convaincu que les signes constituent une écriture, qu'on ne comprend pas mais qu’on désire déchiffrer. L'objectif est d'abord de trouver des inscriptions. Le Danois Friedrich Münter (1761-1830) et les Allemands Carsten Niebuhr (1733-1815) et Oluf Tychsen (1734-1815) en sont les précurseurs. Ils rapportent les premières copies fiables d'inscriptions cunéiformes, alors appelées « persépolitaines », du nom du site où on en avait identifié le plus. Parallèlement des objets inscrits en cunéiforme sont ramenés en Europe et enrichissent les collections des antiquaristes, comme le vase inscrit au nom de Xerxès qu'acquiert le comte de Caylus vers les années 1750, et le « caillou Michaux », stèle (kudurru) de l'époque kassite ramené de Bagdad en 1785 par le botaniste André Michaux.

Il n'empêche qu'avant le déchiffrement du cunéiforme, la connaissance de l'histoire antique de la Mésopotamie et du Proche-Orient ancien reste limitée aux informations qui peuvent être glanées de la Bible (textes de la Bible hébraïque/Ancien Testament), les royaumes d'Israël et de Juda ayant été en contacts avec d'autres pays voisins, et dans une moindre mesure de divers auteurs de langue grecque souvent connus par des fragments (Hérodote, Ctésias, Bérose, Ptolémée, etc.). Ces sources s'étant avérées peu fiables car fortement imprégnées de discours théologiques et de traditions folkloriques, les reconstitutions possibles dans ce contexte sont très limitées. L'exploration en surface de quelques sites mésopotamiens permet d'ajouter quelques informations. Ainsi, lorsque Jean-Chrétien-Ferdinand Hœfer publie en 1852, juste avant le déchiffrement du cunéiforme babylonien, la partie de la collection L'Univers, Histoire et descriptions de tous les peuples, consacrée aux peuples de Chaldée, Assyrie, Médie, Babylonie, Mésopotamie, Phénicie, Palmyrène, il ne peut consacrer qu'une trentaine de pages à l'histoire des peuples de la Mésopotamie et de la Perse antiques, avec des informations limitées aux royaumes du Ier millénaire av. J.-C. (Assyrie, Babylone et Perse), à la religion et aux astrologues « chaldéens ».

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