« Assyriens » est une dénomination ethnonationale pour l'ensemble des chrétiens d'Orient de Mésopotamie parlant à l'origine un dialecte syriaque (néo-araméen) (catholiques chaldéens, Assyriens protestants, Syriaques orthodoxes, Syriaques catholiques, Assyriens apostoliques, Ancienne église de l’est) ; ils sont originaires de peuples autochtones de l'ancienne Assyrie, et donc de Syrie, d'Irak, du Liban, d'Iran mais aussi de Turquie. Avant leur arabisation, la langue autrefois parlée était l'assyrien.
La dénomination est sujette à débat, les chercheurs et les journalistes utilisent tant « Assyriens » qu'« Assyro-Chaldéens », cette dernière étant uniquement utilisée pour les Assyriens de l'Église chaldéenne.
Les désignations dans leur propre langue des Assyriens d'aujourd'hui sont « Suryoye », « Suraye » ou « Suroye ». Ces termes trouvent leur origine dans le mot « Assyrien ». Il existe aujourd'hui un consensus scientifique quant au lien symbiotique entre les termes « Assyrien » et « Suryoye/Suraye/Suroye ».
Ceux qui sont installés en Russie sont les seuls à bénéficier d'une reconnaissance en tant que « peuple » (narod), c'est-à-dire groupe ethnique en tant que tel, avec préservation de langue et de culture sans distinction d'appartenance confessionnelle, sous la dénomination « Aisor » (Assyriens).
Dans les autres pays de la région, toute affirmation d'une identité ethnonationale minoritaire est combattue par les différents gouvernements, voire réprimée dans le sang comme en Irak (voir infra), ce qui explique en partie le problème de la construction nationale et de l'autodénomination commune.
Dans les recensements en Australie, au Canada, aux États-Unis et en Nouvelle-Zélande, la catégorie utilisée est « Assyriens », comme en Arménie et en Géorgie. Il n'y a pas de recensements ethniques au Moyen-Orient (sauf en Israël, où la population assyrienne est minime).
Assyriens à la fin de l'Empire ottoman
Au XIXe siècle et au début du XXe, les Assyriens de toutes dénominations chrétiennes sont répartis dans les provinces ottomanes qui constituent actuellement l'est de la Turquie, l'Irak et la Syrie, ainsi qu'en Iran et dans le Caucase russe (Arménie, Géorgie). Leur langue vernaculaire est le soureth, dérivée de l'araméen. La langue autrefois parlée était l'assyrien, langue sémitique, formant un rameau linguistique de l'akkadien.
Les populations chrétiennes assyro-chaldéennes sont réparties en différents groupes :
les Achirets ou tribus autonomes sont au nombre de sept, principalement dans le massif montagneux du Hakkiari. Ces tribus sont placées sous l'autorité conjointe de leurs chefs, les Maliks, et du Mar Shimoun, patriarche de l'Église de l'Orient résidant à Qotchanès. Elles disposent d'une certaine autonomie de type féodal jusqu'en 1843–1846, quand l'Empire ottoman supprime les entités féodales de Bohtan et de Hakkiari à la suite de massacres d'Assyriens et de Kurdes rivaux par l'émir kurde de Bohtan ;
les Rayats, populations soumises (dhimmis) à l'autorité féodale d'un agha turc ou kurde, auquel elles remettent la moitié du produit de leur travail en échange de sa protection.
Le Tur Abdin constituait le cœur historique du territoire assyrien, au sud-est de la Turquie. C'est là que vivaient et vivent encore aujourd'hui les Assyriens indigènes, qui appartiennent principalement à l'Église syriaque orthodoxe d'Antioche. La ville de Midyat et les villages historiques environnants constituent la zone d'habitation principale. Les Assyriens du Tur Abdin parlent le dialecte surayt, également appelé turoyo. Les Assyriens orthodoxes syriens exploitent encore aujourd'hui d'anciens monastères chrétiens. Parmi ceux-ci, il convient de mentionner notamment Mor Augin, Mor Gabriel, Mor Malke, Mor Yakub et Monastère Mor Hananyo.
Expéditions de Bedirxan Beg (1843 et 1846)
En 1843, Nurullah Beg, prince kurde de Hakkari, demande la contribution de Bedirxan Beg, le prince kurde du Bohtan, pour soumettre les Assyriens de la région, alors en révolte contre lui. Berdirxan Beg est à cette époque en train d'affirmer son indépendance face aux Ottomans, et il compte Nurullah Beg parmi ses alliés stratégiques.
En conséquence, en 1843 et en 1846, Bedirxan Beg lance deux expéditions contre les Assyriens du Hakkarî, qui tournent au massacre. Mar Shimoun, le patriarche de l’Église assyrienne et chef spirituel des Assyro-Chaldéens, se réfugie à Mossoul en 1843.
Selon certaines sources, c'est les missionnaires anglais et américains implantés au Kurdistan qui ont retourné les chrétiens chaldéens contre les princes kurdes, à la demande des autorités ottomanes.
Quoi qu'il en soit, Bedirxan Beg, qui a jusque là bénéficié d'une image de protecteur des chrétiens, perd définitivement le soutien et les sympathies des puissances européennes, qui protestent auprès des représentants du sultan. Cette perte de soutien extérieur précipite sa chute en 1847.
Pendant la Première Guerre mondiale, les Assyriens comme les Arméniens et les Pontiques, subissent un génocide, car ils habitent des territoires à majorité non turco-musulmane entre l'Anatolie et l'Azerbaïdjan – dans une perspective tant panturquisme (union politique entre les « Turcs » d'Anatolie, du Caucase et d'Asie centrale) que punitive des populations suspectées de pactiser avec les ennemis des Turcs musulmans : la Russie, la Grèce, la France, le Royaume-Uni, l'Italie.