L'assassinat des moines de Tibhirine fait référence au meurtre, en 1996, lors de la guerre civile algérienne, de sept moines trappistes du monastère de Tibhirine, en Algérie. Les sept moines sont enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 et séquestrés durant plusieurs semaines. Un communiqué, attribué au Groupe islamique armé (GIA), annonce le 21 mai 1996 leur assassinat. Les têtes des moines sont retrouvées le 30 mai 1996, à 4 km au nord-ouest de Médéa.
Les autorités algériennes cherchent alors à dissimuler la disparition des corps. Pour entretenir l'illusion, elles lestent les cercueils des moines avec du sable. L'obstination du secrétaire général adjoint des trappistes, le père Armand Veilleux, à identifier les corps évente cette manœuvre. Les faits alimentent ainsi les doutes quant à la véracité de la thèse officielle du « crime islamiste » pour expliquer leurs morts.
En raison de l'absence d'enquête judiciaire algérienne, les commanditaires de l'enlèvement des moines, leurs motivations ainsi que les causes et les circonstances réelles de leur assassinat demeurent mal connus à ce jour. La version officielle d'Alger impute toute la culpabilité au GIA de Djamel Zitouni. Des témoignages d'anciens agents des services secrets algériens, tout comme ceux d'islamistes, pointent le rôle des services de sécurité algériens dans l'enlèvement. L'enquête de la justice française montre également le rôle trouble des services de sécurité algériens dans cette affaire.
Les moines de Tibhirine sont béatifiés le 8 décembre 2018 par le pape François, en même temps que les autres martyrs d'Algérie.
Fondé en 1938, ce monastère trappiste se situe près de Médéa, à 90 km au sud d'Alger, dans une zone montagneuse. L'abbaye Notre-Dame de l'Atlas est située dans un domaine agricole. Les moines s'y consacrent à la prière et vivent du travail de la terre, selon la doctrine trappiste. La ferme et les terres sont nationalisées en 1976, mais les moines gardent ce qu’ils peuvent cultiver.
Jean-Marie Rouart décrit les lieux lors de son discours académique à l'Académie française en 1998 :
« C’était une grande bâtisse un peu austère mais chaleureuse et accueillante, construite en face d’un des plus beaux paysages du monde : les palmiers, les mandariniers, les rosiers se dessinaient devant les montagnes enneigées de l’Atlas. Des sources, une eau claire, irriguaient le potager. Il y avait aussi des oiseaux, des poules, des ânes, la vie. Des hommes avaient choisi de s’installer dans ce lieu loin de tout mais proche de l’essentiel, de la beauté, du ciel, des nuages. Ce n’étaient pas des hommes comme les autres : ils n’avaient besoin ni de confort ni de télévision. Ce qui nous est nécessaire leur était inutile, et même encombrant. »
Depuis 1991, l'État français craint l'extension du conflit algérien en France mais aussi que les Français d'Algérie, laïcs ou religieux, soient la cible potentielle de groupes djihadistes. Le 21 septembre 1993, deux géomètres français, Emmanuel Didier et François Berthelet, sont assassinés à Sidi Bel Abbès par un groupe du GIA. Le 24 octobre 1993, trois agents consulaires français (les époux Jean-Claude et Michèle Thévenot et Alain Fressier) sont enlevés à Alger mais mystérieusement libérés sans contrepartie. Certains observateurs[Qui ?] et journalistes suggèrent qu'il s'agit d'un faux enlèvement organisé par le DRS (ancien service secret Algérien) pour démontrer le sérieux de la menace islamiste et faire avaliser la politique de répression du gouvernement algérien, voire des services secrets français pour monter l'opinion française contre les islamistes et leurs mouvances actifs en France.
Le 14 décembre 1993, douze ouvriers croates sont égorgés à quelques kilomètres du monastère. Les auteurs ont séparé musulmans et chrétiens, pour ne tuer que ces derniers. Trois Croates en réchappent toutefois, grâce à la solidarité d'un ouvrier bosniaque musulman. Les moines en témoigneront dans une lettre écrite au journal La Croix le 22 janvier 1994, qui sera publiée le 24 février de la même année.
Le 24 décembre 1993, un groupe armé de l'AIS fait irruption dans le monastère. Il est dirigé par l'émir Sayad Attiya, qui exige l'impôt révolutionnaire pour sa cause et veut emmener le médecin de la communauté, frère Luc. Christian de Chergé, prieur du monastère refuse, tout en rappelant que frère Luc reste disponible pour tous les malades qui viendront au monastère. L'émir repart alors sans leur faire de mal.
Les moines se rassemblent au monastère en vue de l'élection du nouveau prieur qui doit se tenir le 31 mars 1996. Le P. de Chergé aimerait passer la main au P. Christophe Lebreton, sous-prieur. Mais les événements prennent un tour tragique.
Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, à 1 h 15 du matin, un groupe d'une vingtaine d'individus se présente aux portes du monastère. Ils pénètrent de force à l'intérieur et vont vers le cloître où ils enlèvent sept moines. Deux membres de la communauté, frère Jean-Pierre et frère Amédée, qui dormaient dans une autre partie du monastère, échappent aux ravisseurs.
En 2010, Frère Jean-Pierre témoigne de l'irruption nocturne d'une bande armée, vers une heure du matin, le 27 mars 1996. Le chef de la bande interroge le gardien sur la présence des moines. Celui-ci indique le dortoir des sept moines. Or, deux moines sont arrivés la veille pour l'élection du prieur et dorment dans les cellules laissées libres par le Frère Amédée et le Frère Jean-Pierre. Un autre groupe de religieux de passage, arrivé la veille, dort à l'hôtellerie. Les ravisseurs repartent avec sept moines, soit le nombre escompté. Le téléphone est coupé. Au matin, Frère Jean-Pierre et Frère Amédée sonnent la cloche puis informent la gendarmerie. Ils sont placés sous protection avec interdiction de retourner au monastère.
Aujourd'hui encore, les détails sur le commando, nombre d'hommes et identités restent inconnus.
Pendant plusieurs jours, il n'y a pas de nouvelles officielles des moines. Entre le 18 et le 27 avril, le communiqué no 43 attribué au Groupe islamique armé assure que les moines sont toujours vivants. Il propose un échange de prisonniers et se termine par cette phrase : « Si vous libérez, nous libérerons… ».
Le 30 avril, un envoyé des ravisseurs, nommé Abdullah, se présente au consulat de France à Alger, et livre un message de Djamel Zitouni et une cassette audio sur laquelle on entend les voix, reconnaissables, des sept moines. Dans cet enregistrement datant du 20 avril, Christian de Chergé dit notamment : « Dans la nuit du jeudi au vendredi, les moudjahiddin nous ont lu le bulletin du GIA dans lequel il est demandé au gouvernement français de libérer un certain nombre d’otages appartenant à ce groupe en échange de notre libération, cet échange semblant être une condition absolue. » Une fois parti, cet émissaire ne reprendra plus contact avec les autorités.
En France, l'enquête est menée par la DGSE et par la DST. Il semble que la rivalité entre ces deux services ait été préjudiciable aux négociations.
Parallèlement, Jean-Charles Marchiani, ex-préfet du Var, tente lui aussi de faire libérer les otages. Mais ces négociations séparées auraient été désavouées par Alain Juppé, alors Premier ministre qui met fin aux recherches et ne s'en expliquera jamais.