Asma al-Assad (أسماء الأسد), née Asma Fawaz Al Akhras (أسماء الأخرس) le 11 août 1975 à Londres (Royaume-Uni), est une femme d'affaires de nationalité syrienne et britannique. Elle est la Première dame de Syrie de 2000 à 2024, en tant qu'épouse de Bachar al-Assad, président de la République arabe syrienne.
Famille et activités bancaires
Asma Fawaz Akhras, née dans le quartier d’Acton, à Londres le 11 août 1975, est issue d'une famille sunnite de la ville de Homs. Son père, Fawaz Akhras, médecin, émigre au Royaume-Uni dans les années 1950 pour y terminer ses études et exercer la profession de cardiologue, au prestigieux Cromwell Hospital (en) ; sa mère, Sahar Otri, est la première secrétaire de l'ambassade de Syrie, et sa propre sœur l’épouse d’Adnan el-Dabbagh, ministre de l’Intérieur d’Hafez al-Assad. Elle a deux frères cadets, Fara et Ayad. Parlant couramment l’arabe et l’anglais, elle est passionnée d’art contemporain. Dans sa jeunesse, elle ne se rend en Syrie que pendant ses vacances d’été. Elle déclare en février 2011 au magazine américain Vogue : « Je me suis habituée à l’idée que les gens ne considéraient pas la Syrie comme un pays ordinaire ».
Grandissant dans la capitale britannique, elle étudie au Queens' College à Londres, où elle obtient les meilleures notes de sa promotion en économie, en mathématiques, en informatique et en littérature française. Elle décroche par la suite un Bachelor of Science en informatique et littérature française au King's College de Londres. Après ses études, en 1996, elle commence à travailler à la Deutsche Bank en tant qu’« analyste dans le département des fonds de spéculation » pour les clients européens et est-asiatiques. En 1998, elle rejoint le département bancaire de JPMorgan Chase, où elle « se spécialise dans les fusions et acquisitions de compagnies pharmaceutiques et de biotechnologie ». Elle exerce un temps son activité à Paris (France), puis à New York (États-Unis).
Rencontre avec le « dauphin » du régime
C’est en 1992 lors d'une soirée à l’ambassade syrienne au Royaume-Uni, qu’elle rencontre Bachar al-Assad, qui poursuivait ses études en ophtalmologie. Néanmoins, Bachar et elle se connaissent depuis leur enfance. De dix ans son aîné, il est le fils cadet du président syrien Hafez al-Assad (en poste depuis 1971), dont sa famille est proche. Il n’a cependant pas de destin politique particulier, son frère aîné Bassel ayant été désigné comme « dauphin » du président. Mais ce dernier meurt dans un accident de voiture en 1994 et Bachar devient alors l’héritier officiel du régime et de la famille al-Assad. C’est en 1996 que le couple se forme entre Bachar et Asma. Elle se fait alors de plus en plus absente à son travail, et finalement démissionne par surprise, après avoir touché une prime exceptionnelle à la suite d'un contrat important qu’elle venait de remporter. Leur liaison demeure officiellement secrète jusqu’à la fin des années 1990. Après la mort de son père, Bachar est intronisé président le 17 juillet 2000. Le couple se marie le 31 décembre de la même année, mais l’annonce réelle n’a lieu de façon officielle qu’en janvier 2001, bien qu’aucune photographie d’elle ne fuite dans la presse. Il est probable que le mariage a fait l’objet de tractations familiales. Le couple a trois enfants : Hafez (né en 2001), Zein ou Zeyn (née en 2003) et Karim (né en 2004).
L’affirmation comme Première dame
Le couple formé par Asma et Bachar al-Assad ne résulte pas simplement d’une rencontre amoureuse. En effet, cela permet au président d’asseoir son influence sur la majorité sunnite syrienne, dont son épouse est issue, alors que lui-même appartient à la minorité alaouite. Au début de la présidence de son époux, elle parcourt durant trois mois la campagne syrienne incognito afin de découvrir le pays. Pourtant, le fait qu’elle ne porte pas le voile surprend ; le couple bénéficie d’une bonne image, dînant par exemple sans escorte apparente dans les restaurants de la capitale. Elle offre également une image glamour au régime, vêtue avec élégance, en Chanel comme en Louboutin. Une société de relations publiques britannique est sollicitée, en 2007, par la présidence syrienne pour communiquer sur cette Première dame moderne, surnommée par la suite « rose du désert » par Vogue USA (« A Rose in the Desert », 2011) et « beauté 100 % nature » par le Huffington Post.
Cependant, elle est au départ mise en minorité au sein du parti Baas, et par sa belle-famille, « qui ne soutient pas ses projets ». Anissa Makhlouf, la mère de Bachar al-Assad, qui avait pensé rester Première dame de Syrie même après le décès de son mari et l’avènement de son fils comme président, tient la dernière arrivée dans le clan Assad à distance. Bouchra al-Assad, sœur de Bachar, mariée à Assef Chaoukat, l'ancien chef des services de renseignements devenu vice-ministre de la Défense, compte également parmi ses rivales. Le fait qu’elle soit sunnite participe également de cette défiance, l'histoire de la Syrie n’a pas effacé le souvenir où « les montagnards alaouites vendaient leurs filles comme bonnes à la bourgeoisie sunnite » ; le conflit se règle, en 2006, avec une « victoire » d’Asma sur les femmes de sa belle-famille.
Parallèlement, le régime syrien, qualifié en 2002 par le président américain George W. Bush de membre de l’« axe du mal », redevient par la suite fréquentable dans les capitales occidentales : en 2005, alors que Bachar al-Assad est mis en cause dans l’assassinat du Premier ministre libanais Rafic Hariri, elle profite des funérailles du pape Jean-Paul II à Rome pour réussir un « coup médiatique », s’entretenant devant les caméras avec Cherie Blair, Première dame britannique et la reine Sophie d'Espagne, alors que leurs époux respectifs avaient préféré éviter le président syrien. En 2008, le président al-Assad est l’invité d'honneur de la France lors du cérémoniel défilé du 14 juillet ; en 2010, son épouse Asma est présente à ses côtés lors d’un déjeuner avec le président Nicolas Sarkozy. En décembre de la même année, elle est reçue à l'hôtel Bristol, à Paris, et s’exprime sur les enjeux culturels de la Syrie devant l'Académie diplomatique internationale, un centre de réflexion financé par l’Aga Khan et des invités parmi lesquels se trouvent les ministres français Frédéric Mitterrand et Christine Lagarde et le président du Louvre Henri Loyrette. Elle participe donc pleinement à la « normalisation » du régime syrien opéré à la fin des années 2000.
Contrairement aux précédentes Premières dames syriennes, elle a un rôle politique important dans le pays et participe à de nombreux événements diplomatiques et politiques. Influencée par les idées libérales en économie, elle a tenté de convertir son époux au libéralisme. Elle déclare ainsi en 2007 à l’écrivain Eyal Zisser : « Je suis britannique et je suis arabe. Je ne suis pas l’un ou l’autre. Je fais partie de deux mondes ». Andrew Tabler, journaliste spécialiste de la Syrie, écrit ainsi dans l’ouvrage de référence sur le régime syrien In the Lion’s Den (« Dans l’antre du lion ») qu’Asma al-Assad « a deux facettes. C’est une femme moderne, différente des autres épouses de leaders arabes, à l’origine de la création d’ONG […]. Mais en même temps qui convoite la belle vie et veut être une princesse ». Le couple vit dans un loft de trois niveaux de Damas, dans le quartier nord de Muhajirin, avec leurs trois enfants. Toutefois, elle a des réserves sur la médiatisation dont elle fait l'objet, refusant d’incarner une « femme-trophée » : ainsi, lors de la première visite officielle du couple syrien, en 2001, elle préfère visiter HEC Paris et la Banque de France plutôt que le journal de 20 heures de TF1 et la boutique Hermès, où elle est invitée ; une responsable associative note ainsi qu’elle « déteste Rania de Jordanie, joli minois futile ».
Elle est aussi engagée dans des œuvres caritatives et humanitaires, ainsi que dans des mouvements pour l'émancipation des femmes. En 2005, elle fonde « Massar », une organisation éducative pour des jeunes gens âgés de 5 à 21 ans avec « des méthodes d’enseignement non conventionnelles pour les aider dans la connaissance d’eux-mêmes et du monde », affirme-t-elle en 2008 au magazine français Paris Match. En 2007, elle participe également à la création du Fonds syrien pour le développement, spécialisé dans le microcrédit, afin de soutenir des projets liés à l’agriculture et à l’éducation. Elle projette alors un partenariat avec le musée du Louvre. Andrew Tabler poursuit : « Elle est charmante, courageuse, concentrée, mais elle est aussi naïve, et semble croire qu’elle pourrait améliorer le pays grâce à des actions de charité ou des ONG » (dans l’agriculture, l'éducation, l’emploi des jeunes ou encore la culture, captant alors l’essentiel des aides internationales à la Syrie), alors que celui-ci demeure une dictature où le népotisme et la corruption sont monnaie courante. En 2009, sur la chaine américaine CNN, elle critique l’opération israélienne « Plomb durci » contre la bande de Gaza, déclarant : « Nous sommes au XXIe siècle, dans quelle partie du monde ces choses-là arrivent-elles encore ? ». Elle s’adresse également à la jeunesse moyen-orientale, frustrée devant le peu de perspectives économiques qui lui est offerte : « Nos gouvernements doivent vous permettre de croire en votre avenir ».