Ce Jour-là

Askar Akaïev

Homme d'État kirghize

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Askar Akaïevitch Akaïev (en kirghize et en russe : Аскар Акаевич Акаев), né le 10 novembre 1944 à Kyzyl-Baïrak en RSS du Kirghizistan, est un homme politique et chercheur kirghize, président du Kirghizistan du 27 octobre 1990, peu avant l'indépendance officielle du pays, au 24 mars 2005, jour de son renversement lors de la révolution des Tulipes.

Sa présidence, d'abord considérée démocratique contrairement à celle des autres États post-soviétiques d'Asie centrale, est marquée par d'importantes réformes politiques et économiques : une constitution est rédigée, la propriété foncière privée établie, l'économie est libéralisée et les entreprises publiques privatisées. Il tente d'apaiser les tensions interethniques qui ont cours dans son pays et aspire à ce que le Kirghizistan devienne une terre de coopération entre la Russie et les États-Unis.

Au fil des années, par diverses modifications constitutionnelles, il tente d'augmenter l'emprise du pouvoir présidentiel sur l'État et devient de plus en plus fréquemment accusé de copinage en raison de ses tentatives d'installer au pouvoir des personnes qui lui sont sympathiques. L'opposition et les médias sont de plus en plus réprimés et de la fraude électorale est détectée. En mars 2005, de sérieux doutes quant à la validité de résultats électoraux déclenchent la révolution des Tulipes, un soulèvement populaire qui chassera Akaïev du pouvoir.

Issu d'une famille de fermiers, Askar Akaïevitch Akaïev naît le 10 novembre 1944 à Kyzyl-Baïrak, dans le district de Kemin, au centre-nord de la RSS kirghize. Après avoir travaillé dans une usine de métal, il déménage à Léningrad et étudie à l'Université d'État en technologie de l'information, mécanique et optique (ITMO) où il en ressort diplômé en mathématiques, génie et science informatique en 1967. Après l'obtention de son diplôme, il continue ses recherches et est professeur dans cette université jusqu'en 1976. C'est dans cette ville qu'il y rencontre celle qui deviendra sa femme en 1970, Maïram Akaïeva. En 1976, ils repartent vers le Kirghizistan et Akaïev est admis comme professeur à l'Institut polytechnique Frunze (en). Il devient membre du Parti communiste en 1981. Après avoir obtenu un doctorat, être admis à l'Académie kirghize des sciences (en) puis en devenir le président, il devient en 1989 député du Soviet suprême de l'Union soviétique, l'organe législatif de l'URSS, pour le sud du pays. Allié de Mikhaïl Gorbatchev, qu'il supporte lors du coup d'État de 1991, il est alors considéré comme libéral.

Mise en place de l'indépendance

Le 27 octobre 1990, le Soviet suprême de la RSS kirghize (en), l'organe législatif de la république socialiste soviétique kirghize – en plein processus d'accession à l'indépendance –, déclenche des élections indirectes pour la nouvelle fonction de président de la RSS. Askar Akaïev et Nasirdin Isanov, l'un des politiciens les plus brillants et prometteurs du Kirghizistan moderne, se qualifient pour le second tour. Akaïev remporte finalement la majorité des voix parlementaires et, à la fin de 1990, il nomme Isanov comme vice-président. Isanov devient premier ministre en janvier 1991, mais meurt dans des circonstances suspectes quelques mois plus tard. Akaïev est soupçonné d'avoir joué un rôle dans l'accident de voiture l'ayant tué, car Isanov était contre l'installation de l'entreprise Centerra Gold dans le pays, en violation des cadres juridiques et qui était perçue comme menaçant les intérêts nationaux. Akaïev a alors cherché une entreprise privée.[réf. souhaitée]

Avec le Soviet suprême de la RSS kirghize, il déclare le 31 août 1991 l'indépendance du pays qui devient la République kirghize. Le 12 octobre 1991, Akaïev est réélu sans opposition, mais avec cette fois le titre du nouvel État indépendant de président de la République kirghize. Contrairement aux autres ex-républiques soviétiques d'Asie centrale, le Kirghizistan sous Akaïev entame un tournant politique et économique libéral. Il se distinguera par ailleurs des autres futurs dirigeants d'Asie centrale en ce qu'il n'est pas un haut placé de l'appareil soviétique, il fait plutôt son entrée sur la scène politique à l'aube de la chute du régime. Il se dira partisan du libéralisme et de la propriété privée.

Le 21 décembre 1991, Akaïev arrive à Alma-Ata et participe à la création de la Communauté des États indépendants (CEI) avec d'autres présidents des anciennes républiques soviétiques. Des traités et accords internationaux y sont signés afin de baliser les modalités de l'indépendance du pays et de sa participation à la CEI. Le 2 mars 1992, il se rend au siège de l'Organisation des Nations unies (ONU) pour assister au vote sur l'admission du Kirghizistan à l'ONU.

Dans ses premières années à la présidence, Akaïev se distingue en Asie centrale par ses propositions de réformes qu'il soumet à la population pour approbation au moyen de référendums. Les exercices menés en janvier et octobre 1994, en 1996 et en 1998 en sont des exemples et servent à baliser les pouvoirs présidentiels et parlementaires, amender la constitution du pays, introduire la propriété foncière privée et augmenter la liberté de presse. Ces référendums sont aussi utilisés pour accroître le pouvoir présidentiel et ainsi augmenter son emprise sur l'État.

Le pays demeure cependant en proie à d'importantes difficultés internes. Les problèmes économiques qui s'accentuent particulièrement dès la fin de la première moitié des années 1990, l'insuffisance des forces de sécurité intérieure et un taux de criminalité élevé compromettent la stabilité du pays. Incapable de former une force militaire crédible pour son pays, Akaïev recourt à l'assistance de la Russie pour assurer sa sécurité extérieure. Vers 1992-1993, l'opinion publique à l'égard d'Akaïev change : les rumeurs de népotisme et de copinage augmentent, vu les nombreux hauts fonctionnaires originaires de sa région, et les preuves de corruption et d'incompétence des autorités croissent.

C'est sous la présidence d'Akaïev qu'est adoptée une nouvelle constitution le 5 mai 1993, éliminant les dernières structures communistes de l'ère soviétique. Certains volets de celle-ci faisaient l'objet de contestations de groupes d'opposition, notamment sur le statut laïc de l'État, que certains auraient remplacé par une primauté de l'islam, et sur le kirghize comme langue officielle, que certains auraient mis à statut égal ou quasi-égal avec le russe en considération des populations non-kirghizophones. La propriété foncière privée et le rôle du président dans la structure de l'État ont également fait l'objet de débats. Akaïev promeut alors un système de gouvernement présidentiel où la présidence est placée à l'extérieur des trois pouvoirs de l'État et agit comme un superviseur de ceux-ci garantissant leur bon fonctionnement. La constitution sera finalement rédigée comme telle, entraînant plus tard des oppositions croissantes contre le président.

Ses velléités de mener des réformes sont freinées par un parlement hostile, notamment des représentants issus de l'ancienne élite communiste. Akaïev tente alors d'imiter la stratégie de 1992 de Boris Elstine en nommant comme dirigeants des politiciens lui étant sympathiques, et ce, aux niveaux des provinces, districts et villes. Les accusations de népotisme deviennent rapidement source d'embarras pour son gouvernement. En janvier 1994, via un référendum, il fait dissoudre le parlement notamment en y faisant évacuer les communistes de l'appareil étatique.

Au niveau économique, il lance des réformes économiques visant à privatiser les entreprises publiques, introduire une nouvelle monnaie nationale et libéraliser des lois sur le commerce et l'investissement. Les impôts, tarifs douaniers et réglementations d'import-export sont assouplis afin d'attirer les investissements étrangers. Se butant à l'opposition issue de l'ère soviétique, les résultats de ces mesures restent mitigés. Fin 1993, environ 4 450 entreprises d'État sont totalement ou en partie privatisées, représentant 33 % du total des actifs fixes des entreprises. Après avoir adopté une loi permettant le rachat d'actions en 1994, il a été estimé que 65 % de la production industrielle provenait d'entreprises non étatiques à la fin de l'année, et ce, à la grande satisfaction du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Le pays est même le premier État issu de l'ex-URSS à intégrer l'Organisation mondiale du commerce en 1998. Il reçoit aussi une aide économique considérable qui n'aide cependant le pays à attirer des investissements étrangers et améliorer l'économie. Le pays s'endette lourdement, incapable de rembourser ses prêts et maintenir l'économie sans aide extérieure. Le niveau de vie des Kirghizes diminue après l'indépendance, alors que les actifs finissent par être possédés par des proches du président.

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