L'ascèse ou ascétisme est une discipline volontaire du corps et de l'esprit cherchant à tendre vers une perfection. L'ascèse est couramment rattachée à diverses religions, mais son usage n'est pas limité à celles-ci ; il s'étend notamment aux exercices spirituels pratiqués dans les écoles de philosophie antique.
À l'origine du terme « ascèse », le mot grec askêsis, signifiant « exercice » ou « entraînement » s'appliquait à de nombreuses activités et en particulier à l'athlétisme, bénéficiant ainsi d'une signification originelle purement physique. Au Ve siècle apparaîtra, à travers le latin, le mot asceta ou asceteria, signifiant « moine/religieuse », « monastère/couvent ». Il en découlera le mot moderne d'ascèse.
Il existe diverses disciplines de l'ascèse. Certaines reposent sur la privation pour accéder à une maîtrise spirituelle. C'est le cas de la mortification et l'abstinence sexuelle. D'autre part, certaines pratiques diverses se rattachent à l'ascèse : jeûne, absence de drogue et d'alcool.
L’ascétère est un lieu spécifique dédié à l'ascèse.
Il est nécessaire de rappeler que les réalités ecclésiales sont très diverses. La compréhension et surtout la pratique de l'ascèse n'échappent pas à cette diversité, notamment entre l'Église catholique de rite romain ou de rite oriental et les Églises-sœurs orthodoxes. Toutes ces Églises ont conservé la vie religieuse et en particulier la vie monastique qui sont, par excellence, les lieux où se pratique l'ascèse.
Il ne faudrait pas en déduire que l'ascèse serait réservée aux seuls consacrés. Au contraire, le CEC au n° 2013, citant la constitution Lumen gentium dit : « L'appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s'adresse à tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur rang ou leur état » (LG 40) et précise au n° 2015 : « Le chemin de la perfection passe par la Croix. Il n'y a pas de sainteté sans renoncement et sans combat spirituel (cf. 2 Tm, 4). Le progrès spirituel implique l'ascèse et la mortification qui conduisent graduellement à vivre dans la paix et la joie des Béatitudes ».
Au désert, le Christ a mené un combat spirituel dont il est sorti victorieux. À sa suite, il ne s’agit pas de faire des efforts par nos propres forces humaines mais de laisser le Christ nous habiter pour faire sa volonté et nous laisser guider par l’Esprit.
Si l'ascèse est dès lors une nécessité permanente, l'Église catholique en recommande particulièrement la pratique pendant le Carême, qui dure quarante jours effectifs. Cette période est fondée sur les quarante années que les Israélites ont passées dans le désert (Exode) et sur les quarante jours passés par Jésus au désert avant de commencer sa vie publique. Le Carême s'ouvre par la liturgie du mercredi des Cendres et prend fin le Jeudi saint qui ouvre le Triduum pascal.
Le Carême catholique est aujourd'hui vécu par les fidèles comme une période de partage au profit des plus démunis. Mais cette forme contemporaine de l'aumône ne doit pas faire oublier le primat de la prière - qui est aussi un enjeu du combat spirituel (en) -, ni le jeûne quelle que soit la forme concrète qu'on lui donne.
La période de l'Avent, les trente jours qui précèdent Noël, ne doit pas être vécu comme le Carême. Il s'agit d'abord de préparer les cœurs à la parousie et, à partir du 17 décembre avec les antiennes Ô, de se préparer spirituellement à commémorer la venue du Christ dans notre chair.
Avant le concile Vatican II, il était demandé aux adultes en bonne santé de s'abstenir de viande chaque vendredi de l'année, en souvenir de la Passion. Sans l'interdire, le concile a recommandé que cette pratique, devenue avec le temps routinière et de ce fait moins signifiante, soit remplacée par des gestes d'écoute ou d'attention envers le "prochain". En effet, le prix du poisson avait rattrapé peu à peu celui de la viande. Dès lors, blâmer le comportement du pauvre mangeant une tranche de jambon le vendredi mais louer celui du riche déjeunant d'un turbot devenait déplacé.
Le Zuhd est l'une des notions très importantes dans le cheminement spirituel dans l'islam, qu'on traduit parfois par ascétisme, mais aussi par « détachement », ou « renoncement » dans le but d'un rattachement à la divinité. Zâhid est un terme signifiant "ascète", utilisé pour désigner les musulmans. Pour P. Lory, « Le zuhd, c’est faire tout son effort pour se libérer des attraits de l’âme charnelle afin de pouvoir se consacrer à la joie du service d’Allah ». Plusieurs références à l'ascétisme se trouvent dans le Coran. Même si plusieurs traditions ont voulu présenter Mahomet comme un exemple de renoncement.
Dès les premiers siècles de l'islam apparait un ascétisme musulman, en particulier en réaction à l'enrichissement de l'Umma. P. Lory remarque qu'au IIIe de l'Hégire, une évolution se fait d'une spiritualité plus ancienne, marquée par une crainte du Jugement vers une autre marquée par une volonté d'union à Allah. Si cette rupture peut être nuancée, les premiers siècles de l'islam n'évoque pas explicitement la question de "l'action du cœur" et la manifestation de la foi rejaillit d'actions matérielles. Néanmoins, cette spiritualité pouvait être le support d'une expérience mystique.
Dans la religion juive, le "détachement" ou le "renoncement" deviennent le point de rencontre entre la théologie plus rigoureuse des Dix Commandements, l'éthique de l'auto-contrôle/inhibition ou, plus simplement, de la "vigilance pour ne pas transgresser", et enfin de la conception de la Kabbale qui considère l'âme et le corp comme deux modèles du monde supérieur, le monde spirituel, et du monde de 'Assiya, celui des sens... et de la foi tangible en Dieu et vécu aussi dans le pragmatisme quotidien des préceptes juifs de la Halakhah : les Mitzvot. L'âme et le corps sont ainsi unis dans le sceau spirituel de la Kedoucha, la "sainteté juive" : cela se produit avec des Kavanot spécifiques pour la Yehidah, comme le Bitul ou auto-annulation spirituelle intérieure de l'ascèse mystique juive.
Dans l'hindouisme, le principe le plus proche de l'ascétisme est tapas.
Exemple d'ascèse dans le bouddhisme : Siddhartha Gautama (le premier Bouddha) a vécu un moment de sa vie en ascèse extrême avant de chercher la voie du milieu qui lui permettra d'atteindre la libération.
Socrate (469–399 av. J.-C.) était considéré comme modèle de la vertu. Son élève Xénophon louait sa maîtrise de soi (enkráteia) et trouvait que Socrate l'avait plus que tout autre. Il était le plus endurant pour lutter contre le froid, la chaleur et toutes autres pénibilités, et avait posé comme fondement de la vertu sa maîtrise de soi, car sans elle, tout effort était vain. Xénophon insistait sur la nécessité de réaliser des exercices mentaux et corporels comme moyen d'acquisition de cette maîtrise de soi ; selon son témoignage, Socrate affirmait que s'ils ne négligeaient pas cet entraînement, les moins dotés par la nature pouvaient se hisser au rang des plus forts. Une description détaillée quant à l'auto-discipline de Socrate et son endurance pour supporter les peines et la fatigue fut retranscrite par son célèbre disciple Platon dans son dialogue Le Banquet. Cette ascèse philosophique rencontra toutefois la critique de ses contemporains. En effet, celle-ci est moquée par l'auteur de comédies Aristophane qui voit dans ce style de vie autour de Socrate un phénomène de mode aberrant.
Platon plaide pour une vie simple, en accord avec la nature et non pas opulente. Il n'entendait pas par là un retour à une civilisation primitive, mais une purification de tout excès. Grâce à cela, les hommes pourraient atteindre un état de circonspection et de calme intérieur. Seuls les besoins vitaux devaient être remplis, mais sans aller au-delà de ce qui est nécessaire. Comme son maître Socrate, Platon insistait sur l'importance de l'acquisition d'une retenue. Par l'ascèse, il entendait des exercices intellectuels, qui se fondaient sur la pensée et la volonté et visaient l'aretḗ (compétence, vertu, excellence) : on devrait « s'exercer à la justice et aux autres vertus ». S'entraîner à vivre et à mourir était la meilleure façon de vivre. Dans les discussions de l'époque sur l'éducation et la formation du caractère, le poids et la conjugaison de trois facteurs avaient leur importance : les dispositions naturelles, l'instruction et la répétition (áskēsis).