Arthur Moeller van den Bruck, né le 23 avril 1876 à Solingen, en Westphalie, mort le 30 mai 1925 à Berlin, était un historien, écrivain et traducteur allemand.
Par son père Ottomar Victor Moeller, conseiller de l'intendance des bâtiments et architecte de l'administration royale de Prusse, originaire de Erfurt, il descend d'une famille originaire de Thuringe installée dans un domaine du Harz, près de Nordhausen au début du XIXe siècle, et qui comptait dans ses rangs des officiers, des fonctionnaires, des propriétaires terriens, ainsi que quelques pasteurs luthériens. Par sa mère, Elisabeth van den Bruck, fille d'un fonctionnaire aux bâtiments, il appartenait à une famille rhénane d'origine néerlandaise et espagnole. Il passa sa jeunesse à Dusseldorf, où il étudia dans un Gymnasium. Quittant cet établissement trois ans avant l'Abitur (équivalent du baccalauréat en France), il fut envoyé chez des parents à Erfurt en avril 1895 pour passer celui-ci. Hedda Maase, avec laquelle il venait de se fiancer, l'accompagnait. À Pâques 1896, il partit pour Leipzig, où il mena une vie de bohème. Inscrit à l'université, il suivait irrégulièrement les cours du psychologue Wilhelm Wundt et de l'historien Karl Lamprecht. Autodidacte, il devait surtout se former dans les cafés littéraires, les premières théâtrales, les ateliers des peintres d'avant-gardes, les expositions et par ses lectures personnelles.
En août 1896, il se maria avec Hedda Maase et s'installa à Berlin. Un héritage de son grand-père maternel et les honoraires de traduction de sa jeune femme permirent au couple d'emménager dans une petite villa au bord du lac de Tegel. À Berlin, il se lia avec différents cercles littéraires « modernistes », rencontrant des « libertaires » comme Frank Wedekind, des « naturalistes » comme Gerhart Hauptmann ou des « formalistes » comme Stefan George. Il collabora à la Zukunft de Maximilian Hardent et commença, à partir de 1899, à publier ses travaux personnels. En 1902 parut Das Variété, analyse d'un genre à la mode illustré par l'Überbrettel de Wedekind. La même année, il rassembla sous le titre de Die moderne Literatur dix monographies consacrées à des auteurs contemporains, dans lesquelles il se livrait à une critique de l'impressionnisme littéraire et du naturalisme. À l'époque, il n'avait pas encore d'engagement politique, bien qu'il ait déjà lu la Genèse du XIXe siècle de Houston Stewart Chamberlain, dont il ne partageait pas toutes les vues. Il était surtout très influencé par Friedrich Nietzsche.
En 1902, il laissa sa femme, enceinte, et, refusant le service militaire obligatoire, s'enfuit en France en passant par la Suisse, avec l'idée de rejoindre les États-Unis, idée à laquelle il devait finalement renoncer. Il avait en effet peu de goût pour la vie de caserne, et la bureaucratie wilhelmienne lui inspirait une vive antipathie. Son mariage, déjà bien mal en point, ne devait pas résister à cette séparation. Peu de temps après avoir accouché d'un fils, le 26 décembre 1902, Hedda se remaria avec Herbert Eulenberg, jeune auteur dramatique que Moeller lui avait présenté en 1901 et avec lequel elle aura un enfant en 1904. Installé finalement à Paris, où il menait une vie précaire, il connut une évolution décisive de sa pensée. Découvrant sa patrie de l'extérieur, il se mit à la regarder d'un œil différent et prit conscience que la France, au contraire de l'Allemagne, semblait « penser » sa politique et que cette politique exerçait une influence sur la culture. C'est à cette époque qu'il commença à s'affirmer « nationaliste », non dans le sens d'un pangermanisme avec lequel il ne sentait guère d'affinités, mais plutôt d'une solidarité avec la culture dont il se sentait l'héritier. L'esthète se mua en écrivain engagé.
En 1908 parut Die Deutschen, en huit volumes, recueil biographique de grands personnages réunis par affinités : hommes d'État, philosophes, artistes, etc. Un volume entier était consacré à Goethe. Par ce livre, Moeller van den Bruck entendait amener la nation allemande à « l'affirmation de soi » et commençait à développer sa critique du libéralisme. Il publia aussi un essai sur le théâtre français et Die Zeitgenossen, étude où il analysait l'œuvre de plusieurs artistes et écrivains étrangers.
À Paris aussi, il fit la connaissance d'une jeune Lettonne, Lucy Kaerrick, qui devait devenir sa seconde épouse. Celle-ci lui fit découvrir le poète et mystique russe Dimitri Merejkovski, sous l'influence duquel il se plongea dans l'œuvre de Dostoïevski. Ce fut une révélation pour le jeune émigré allemand, qui se découvrait d'importantes affinités avec le grand écrivain russe : une certaine tendance au prophétisme, une critique de l'occidentalisme, un sens du tragique et une affirmation de l'existence de « peuples vieux » et de « peuples jeunes ». Avec Less Kaerrick, la sœur de Lucy, il entreprit la traduction de ses œuvres complètes (1905-1915), parues en vingt-deux volumes. Ce travail de traduction eut un énorme succès, avec 179 000 exemplaires vendus en 1922.
En 1906, après un séjour de quatre ans en France, Moeller van den Bruck partit en Italie. Installé à Florence, il travailla notamment aux archives et à la bibliothèque de la ville. Ce séjour marque un tournant dans son œuvre. Convaincu désormais que les peuples ont leur rythme, leur vie intérieure propres, qui s'expriment dans un style national homogène, il décida de se consacrer à leur étude. À cette époque, il écrivit Die italienische Schönheit, essai sur la culture, l'art et l'histoire de l'Italie des origines à la Renaissance, dans lequel il plaçait l'apogée de la « classicité » italienne dans la période allant du XIIIe au XVe siècle. Dans ce livre, qui n'eut aucun succès, Moeller faisait appel, pour expliquer le génie de la culture et de l'art, aussi bien à l'histoire qu'aux origines humaines et aux paysages.
À partir de 1907, il se lance dans des voyages incessants. Avec sa femme, il retourne d'abord à Berlin, où il régularise sa situation militaire. Puis, en 1910, le couple voyage en Angleterre, en France et en Italie. En 1912, ils se rendent en Finlande, en Russie et dans les pays baltes. En 1914, ils visitent le Danemark et la Suède.
Il est dès cette époque très critique envers la société wilhelminienne. En effet, déçu par ce qu'on appelle l'âge des "Épigones", il développe une vision du monde conservatrice, mais opposée à la société de son époque ; ainsi, en 1913, pour le jubilé de Guillaume II, il s'en prend à l'empereur, parlant du vide grandiose et du mauvais goût qui habite ce dernier.
Quand éclata la Première Guerre mondiale, en 1914, il interrompit son voyage et rentra à Berlin. Malgré l'avis contraire du médecin des armées, il fit son service militaire à Custrin et se porta volontaire comme Landsturmmann, c'est-à-dire soldat de deuxième classe. Il fut aussitôt envoyé sur le front de l'Est. Deux ans plus tard, à l'automne 1916, il fut réformé en raison de troubles nerveux. Grâce à une intervention de son ami Franz Evers, il rejoignit le service de presse et de propagande de la Section militaire des affaires étrangères, service créé par le général Ludendorff, qui fut transformé en mai 1918 en Section extérieure du haut commandement de l'armée allemande. À ce poste, sa vocation d'écrivain politique se confirma définitivement. Il acquit dans ce travail le style qui devait plus tard le caractériser, fait de formules incisives. De même, il se mit à fréquenter des journalistes, des hommes de lettres, des hauts fonctionnaires, des économistes et des politiciens, milieu très différent du monde qu'il connaissait auparavant.
Il écrivit de plus en plus, publiant des articles dans divers journaux, Der Tag, Die Kreuzzeitung, la Berliner Börsenzeitung ou la Badische Landeszeitung, ainsi que dans des revues réputées comme Das neue Deutschland, la Deutsche Rundschau et les Preussische Jahrbücher, se faisant ainsi bientôt connaître. En 1916, aussi, il fit paraître un essai Der preussische Stil (Le Modèle prussien), considéré comme l'un de ses meilleurs livres et dans lequel, au travers d'une étude sur le style architectural prussien, il livre une méditation sur la Prusse et le « prussianisme », louant ces vertus romaines de la Prusse contre lesquelles il avait semblé se révolter dans sa jeunesse, et célébrant l'essence de la Prusse en tant que « volonté à l'État ». À ses yeux, l'exemple prussien témoignait que, dans les sociétés modernes, l'histoire l'emporte sur la race, la culture sur la nature, et la nation allemande, héritière de la « Mutterland » germanique, devait recevoir une « forme prussienne ».