Fabian Avenarius Lloyd dit Arthur Cravan, né le 22 mai 1887 à Lausanne (Suisse) et disparu vraisemblablement dans le golfe de Tehuantepec, au large de Salina Cruz (Mexique), en novembre 1918, est un poète et boxeur helvético-britannique de langue française.
Considéré, tant par les dadaïstes que par les surréalistes, comme un des précurseurs de leurs mouvements, Arthur Cravan a provoqué le scandale partout où il est passé.
Il naît Fabian Avenarius Lloyd, de Clara St-Clair Hutchinson (dite Nellie, morte en 1934) et d'Otho Holland Lloyd (1856-1930), fils d'Horace Lloyd (1829-1874), conseiller de la reine Victoria. Son frère aîné, Otho Lloyd (1885-1979), devient peintre. Il est par ailleurs le neveu par alliance d'Oscar Wilde qui avait épousé Constance Mary Lloyd, la tante d’Arthur et la sœur d’Otho Holland Lloyd, en 1884. Il est l'arrière-petit-fils de John Horatio Lloyd.
Son arrivée à Paris date de l'hiver 1908. Il s'établit d'abord dans un hôtel rue Delambre, puis il loue un appartement au 67, rue Saint-Jacques, qu'il conserve jusqu'en 1915. Son café préféré est La Closerie des Lilas.
Le 10 juin 1909, Fabian produit en une de L'Écho des sports un texte intitulé « To be or not to be… American », fruit de son voyage aux États-Unis.
À compter de février 1910, la presse sportive parisienne mentionne régulièrement les noms d'Otho et Fabian Lloyd, en tant que jeunes boxeurs suisses, catégorie mi-lourd. On trouve des comptes rendus de matchs dans L'Auto, La Boxe et les boxeurs et L'Éducation physique. Dans La Vie au grand air de mars, l'on apprend qu'il a battu un certain Pecqueniaux par abandon de ce dernier, qui ne s'est pas présenté : il est déclaré champion de France des mi-lourds dans sa catégorie, sans avoir combattu. Entraînés par Fernand Cuny, les deux frères font alors partie de l'équipe du Club pugiliste de Paris, qui était chargée par la Fédération française des sociétés de boxe d'organiser les combats de novices. Après le mois de mai, Fabian cesse les combats.
En 1912, il choisit le pseudonyme de « Cravan » probablement en hommage à sa fiancée d'alors, la Française Renée Bouchet, née à Cravans, en Charente-Maritime. Et pour prénom Arthur en hommage à Rimbaud.
Entre avril 1912 et mars 1915, à Paris, il est l'éditeur et le rédacteur unique de la revue Maintenant, dont il produit cinq numéros, mêlant critiques littéraires et artistiques aux excentricités et provocations de toutes sortes.
Dans un article publié dans le no 2 de Maintenant, daté de juillet 1913, Cravan fait une description iconoclaste de sa visite chez André Gide :
« Monsieur Gide n'a pas l'air d'un enfant d'amour, ni d'un éléphant, ni de plusieurs hommes : il a l'air d’un artiste ; et je lui ferai ce seul compliment, au reste désagréable, que sa petite pluralité provient de ce fait qu'il pourrait très aisément être pris pour un cabotin. Son ossature n'a rien de remarquable ; ses mains sont celles d'un fainéant, très blanches, ma foi ! Dans l'ensemble, c'est une toute petite nature. »
En 1932, André Breton affirme dans une lettre qu'André Gide ne se releva jamais de ces quelques pages de critique désinvolte.
Dans le no 4 de cette revue, ayant insulté la peintre Marie Laurencin, il y publie le rectificatif suivant :
« Puisque j'ai dit : “En voilà une qui aurait besoin qu'on lui relève les jupes et qu'on lui mette une grosse … quelque part”, je tiens essentiellement qu'on comprenne à la lettre : “En voilà une qui aurait besoin con lui relève les jupes et con lui mette une grosse astronomie au Théâtre des Variétés”. »
Plus loin, dans ce même article, portant sur « L'Exposition des Indépendants », Cravan s'en prend à tous les peintres qu'il estime médiocres et aussi à Guillaume Apollinaire qui, par la suite, lui envoie ses témoins.
Toujours à Paris, Cravan annonce son suicide public, l'auditorium étant rempli de curieux. Il les accuse alors de voyeurisme puis fait une conférence exceptionnellement détaillée de trois heures sur l'entropie.
En 1915, il quitte la France en guerre et traverse l'Europe entière, muni de faux passeports, avant de trouver refuge à Barcelone en 1916, où il renoue avec la boxe en organisant un combat le 26 avril au Plaza de Toros Monumental avec l'ancien champion du monde de boxe noir américain Jack Johnson qui le met KO au 6e round. Pour Bertrand Lacarelle, ce combat est en quelque sorte le premier « happening », la première « performance » de l'histoire de l'art. Un autre combat a lieu le 26 juin suivant, cette fois au Frontón Condal de Barcelone contre le Français Franck Hoche (mort en 1964), mais ne dure qu'un round, Cravan s'étant présenté ivre est déclaré forfait.
États-Unis, Mexique : la rencontre avec Mina Loy
Pour fuir l'Europe en guerre, Arthur Cravan s'embarque ensuite pour New York en décembre 1916. Sur place, invité par Francis Picabia et Marcel Duchamp à donner une conférence au Grand Central Gallery sur les artistes indépendants de France et d'Amérique, Mais, entré dans la salle chancelant et visiblement ivre, il tape du poing sur la table et commence à se dévêtir. Il est emmené menotté et traîné par les policiers en criant son indignation, selon le témoignage d'Henri-Pierre Roché, qui assiste à la scène avec ses amis Duchamp et Picabia. Le lendemain, la presse new-yorkaise, tout en le blâmant, se montre pourtant compréhensive : « Monsieur Cravan était vraiment un peu fou, mais il était aussi sans doute indépendant. Or, le sujet de la conférence n'était-il pas l'indépendance des artistes ? ».