L'armistice de Cassibile est un accord conclu secrètement le 3 septembre 1943 entre le gouvernement du royaume d'Italie du maréchal Badoglio et les forces alliées commandées par le général Eisenhower, à la suite du débarquement allié en Sicile et de la chute de Mussolini et du régime fasciste.
Il porte le nom de Cassibile, village proche de Syracuse en Sicile. Il est aussi appelé « armistice court », en opposition à l’« armistice long » (ou armistice de Malte) signé quelques semaines plus tard.
En Italie, cet armistice se traduit par la publication de la proclamation de Badoglio du 8 septembre 1943.
Au printemps 1943, préoccupé par le cours de la guerre, dans laquelle l'Italie est alliée à l'Allemagne de Hitler, dont la victoire paraît moins certaine après Stalingrad, Benito Mussolini, chef du parti fasciste italien et chef du gouvernement depuis 1922, opère une série de remaniements parmi les hauts dignitaires de l'État, destituant des personnages proches du roi. C'est à la suite de cet acte hostile que Victor-Emmanuel III décide la destitution du Duce.
Il entre en contact avec Dino Grandi, le seul rival de Mussolini au sein du mouvement fasciste. Parmi les intermédiaires, on trouve le comte Pietro d'Acquarone (it), ministre de la Maison royale, et le maréchal Badoglio. Grandi réussit à impliquer dans cette fronde deux autres hiérarques fascistes, Giuseppe Bottai, qui soutient l'idée originelle du fascisme « social » et qui œuvre dans les domaines de la culture, et Galeazzo Ciano, ministre et gendre du Duce. Ils préparent ensemble l'ordre du jour de la réunion du Grand Conseil du fascisme du 25 juillet 1943, qui comporte une invitation destinée au roi à reprendre les rênes de la situation politique.
Lors de cette réunion, Mussolini est effectivement mis en minorité. Il est alors arrêté et remplacé à la tête du gouvernement par le maréchal Badoglio, dont la nomination est accueillie par la liesse populaire.
Des contacts avec les Anglo-Américains sont recherchés pour réactiver des négociations précédemment engagées par Marie-José de Belgique, belle-fille du roi, désormais avec l'aval de celui-ci. À ce moment les troupes alliées ont débarqué en Sicile après avoir achevé la conquête de l'Afrique du Nord.
Les pourparlers de Lisbonne (août)
C'est à Lisbonne que Badoglio décide d'agir, et le général Giuseppe Castellano est envoyé pour prendre contact avec les forces armées alliées. Séparément, deux autres généraux sont envoyés au Portugal. Déconcertés, les Alliés comprennent avec difficulté qui est leur interlocuteur, les trois Italiens s'abandonnant à une discussion sur leur qualité et la comparaison de leurs grades. Castellano, identifié comme le « vrai » envoyé, l'ambassadeur britannique Ronald Hugh Campbell (en) et les deux généraux envoyés dans la capitale portugaise par le général Dwight David Eisenhower, l'Américain Walter Bedell Smith et le Britannique Kenneth Strong (en), écoutent, sans bien sûr se compromettre, les accords d'armistice de Rome.
En réalité, cette proposition d'armistice n'est pas accueillie avec enthousiasme, le sort des armées italiennes étant presque réglé ou en passe de l'être sur le champ de bataille, ce dont Rome est, depuis longtemps, convaincue. L'armistice offert limite donc, en fait, les avantages que les Alliés pourraient obtenir par la conquête.
Le 30 août Badoglio convoque Castellano, rentré le 27 de Lisbonne. Le général l'informe de la demande d'une rencontre en Sicile de la part de l'ambassadeur britannique au Vatican, D'Arcy Osborne, qui collabore avec son homologue américain Myron Charles Taylor (en). Le choix de ce diplomate n'est pas le fait du hasard et signifie que le Vatican, au travers de Giovanni Montini (le futur pape Paul VI) est impliqué dans les négociations diplomatiques.
Les premiers pourparlers de Cassibile
Badoglio demande à Castellano de se faire le porte-parole auprès des Alliés de certaines propositions : en particulier, Castellano doit insister sur le fait que l'Italie accepte l'armistice à la condition d'un important débarquement dans la péninsule. Badoglio va jusqu'à demander aux Alliés d'être informé de leur programme militaire, oubliant un peu vite que jusqu'à la signature d'un armistice la guerre se poursuit et que personne ne révèle ses plans à l'adversaire.
Parmi les autres conditions demandées aux Alliés figure celle d'envoyer 2 000 parachutistes sur Rome pour défendre la capitale ; demande acceptée parce qu'en partie déjà prévue dans les plans alliés.
Le 31 août, le général Castellano arrive en avion à Termini Imerese et est emmené à Cassibile, dans les environs de Syracuse. Le début de la réunion fait apparaître des points de vue différents : Castellano demande des garanties aux Alliés dans la crainte de l'inévitable réaction allemande à la nouvelle de l'armistice, en particulier qu'un débarquement allié ait lieu au nord de Rome avant même l'annonce de l'armistice. Du côté allié, on répond qu'un débarquement en force et l'action d'une division parachutiste sur la capitale, autre demande de Castellano, ne pourraient se faire qu'avec, et non avant, la proclamation de l'armistice. En soirée, Castellano rentre à Rome pour en référer.
Le lendemain, il est reçu par Badoglio. À la rencontre participent le ministre baron Raffaele Guariglia et les généraux Vittorio Ambrosio et Giacomo Carboni. Des positions divergentes apparaissent : Guariglia et Ambrosio indiquent que les conditions alliées ne peuvent être qu'acceptées alors que Carboni déclare que le corps d'armée qui dépend de lui, destiné à la défense de Rome, n'est pas en mesure de défendre la ville des Allemands en raison du manque de munitions et de carburant. Badoglio qui ne s'est pas prononcé, est reçu par le roi Victor-Emmanuel III. Celui-ci décide d'accepter les conditions des Alliés.
Retour du général Castellano à Cassibile
Un télégramme de confirmation est envoyé aux Alliés, celui-ci annonce l'envoi du général Castellano. Le télégramme est intercepté par les forces allemandes en Italie qui soupçonnent déjà une telle éventualité. Le commandant de la place de Rome se met à harceler Badoglio, malgré le serment et la parole d'honneur donnés pour démentir tous rapports avec les Américains. En Allemagne, on commence à organiser des contre-mesures.