Armel Guerne, né à Morges (Suisse) le 1er avril 1911 et mort à Marmande (Lot-et-Garonne) le 9 octobre 1980, est un poète et traducteur de langue française, de père suisse et de mère française. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il fut membre du réseau Prosper-PHYSICIAN du service secret britannique Special Operations Executive, aux côtés de Francis Suttill « Prosper », le chef du réseau.
Il est le fils de Denis Guerne (1880, Malleray - 1941, Saint-Germain-en-Laye) et d'Angèle Gohard (1883, Nantes - 1972, Saint-Germain-sur-Avre), mariés en 1909 et divorcés en 1918. Ses parents ont eu deux autres enfants : Alain (1910, Morges - 1973, Paris) et Arlette (1912, Morges - 1984, Nogent-le-Rotrou).
Armel Guerne a eu pour épouse Jeanne-Gabrielle Berruet (dite « Pérégrine »), et pour compagnes Marie-Thérèse Woog (« Maïthé »), fille du peintre Raymond Woog, et Ellen Guillemin Nadel.
Avec Maïthé il eut deux enfants non reconnus, Christophe Woog en 1945, et Nathalie Woog en 1949.
Les premières années (1911-1939)
Après le divorce des parents, Armel et son frère vivent avec leur père qui part s'installer en France, près de Paris, en 1920. Armel poursuit ses études au lycée de Saint-Germain-en-Laye, avant de se voir couper les vivres par son père, qui voulait lui imposer des études de commerce. Aidé par la famille de son meilleur ami Mounir Hafez, il peut continuer ses études. En 1929, il est ensuite professeur en Syrie, où il reste quelques mois. De retour en France, en 1932, avec le docteur Roger Frétigny, il fonde à la Sorbonne le « Groupe d'études psychologiques », prononce quelques conférences. Il participe aussi à la fondation des éditions du Grenier, où est publié son premier livre, Oraux, en 1934.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, il cesse toute activité littéraire pour se consacrer aux actions de résistance : il s'engage dans un réseau britannique du Special Operations Executive, le réseau Prosper-PHYSICIAN, aux côtés du chef du réseau, Francis Suttill « Prosper », dont il devient le second. Lors de l'effondrement du réseau fin juin 1943, il est arrêté par la Gestapo, est interné à la prison de Fresnes puis au camp de Royallieu près de Compiègne. Envoyé à Buchenwald, il réussit en chemin à s'échapper du train avant Charleville et rejoint Londres.
La boîte déroulante ci-dessous détaille cette période de sa vie.
Les dernières années (1944-1980)
Après la guerre, il traduit de nombreux auteurs, notamment Novalis, Rilke, Hölderlin, les frères Grimm, Melville, Virginia Woolf, Dürrenmatt, Elias Canetti, Lao Tseu et Kawabata, tout en poursuivant son œuvre personnelle.
Il se lie d’amitié avec Georges Bernanos (à partir de 1945) et avec Cioran (à partir du début des années 1950).
En 1962, André Breton publie Éphémérides surréalistes, 1955-1962, et distingue pour l'année 1957 trois livres importants, outre le sien propre L'Art magique et celui de Roger Caillois L'Incertitude qui vient des rêves, le livre-somme d'Armel Guerne Les Romantiques allemands.
À son sujet, Maurice Blanchot, rendant compte d'un ouvrage de Martin Buber, Récits hassidiques, écrit : « La traduction digne du texte — original sans origine — est d'Armel Guerne. »
Armel Guerne obtient également la reconnaissance d'écrivains tels qu'Yves Bonnefoy, Marcel Brion, Robert Sabatier.
En 1960, Armel Guerne se retire dans le moulin à vent de Tourtrès (Lot-et-Garonne). Il y invite des poètes hennuyers : Madeleine Biefnot et son époux Franz Moreau, puis son compagnon le pédagogue Jacques Duez. Il meurt le 9 octobre 1980 à l'hôpital de Marmande.
Son œuvre de traducteur, comme de poète ou essayiste est ancrée dans une haute estime du langage et du « verbe créateur », une dimension mystique de la parole, selon laquelle les langues humaines sont une « matrice spirituelle [...] une image directe du Verbe créateur », un reflet du Verbe divin, lié à l'éternité. À travers ses traductions comme ses réflexions sur des auteurs orientaux ou occidentaux, d'hier ou d'aujourd'hui, avec un attrait particulier pour les Romantiques allemands, Guerne développe aussi une méditation plus générale sur la vocation spirituelle de l'homme, incarnée selon lui par la poésie comme « verbe vivant », c'est-à-dire une manière d'être, à l'opposé de ce qu'en a fait le monde contemporain, une réduction aux belles-lettres ou aux vanités du monde des apparences, encombré des vessies et lanternes de l'actualité littéraire et médiatique. Selon lui, la tâche essentielle revient à « apprendre à vivre et à écrire à fond, sans tricher ». Mais alors que la poésie devrait aider l'homme à se respiritualiser, le monde contemporain lui apparaît comme la fin de notre civilisation. Défenseur du « poids vivant de la parole », il déplore : « Ce qui fausse aujourd'hui l'art d'écrire et l'écarte de ses magies opérant en silence sur la sensibilité et la richesse du lecteur, ce lien d'esprit à esprit par-dessus les mots, cette transfusion d'âme à âme, c'est que la plupart des auteurs n'écrivent que pour être imprimés et pour faire du bruit. Or le sublime don de l'œuvre écrite, son mode opératoire est le silence essentiel qu'elle apporte avec elle ». Selon lui, « toute langue est, par essence, faite pour l'ineffable », et la poésie se situe au-delà des mots et des paroles, dans l'itinéraire vivant qu'ils dessinent et incarnent, dans ce « chemin mystérieux qui va vers l'intérieur », dont parle Novalis ; elle est « le chant de l'être, son sentiment et sa conscience ».
Oraux, Paris, éd. Grenier, 1934
Le Livre des quatre éléments, Paris, G.L.M., 1938 ; Paris, Le Capucin, 2001