Ce Jour-là

Armande Béjart

Actrice française

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Armande-Grésinde-Claire-Élisabeth Béjart, dite Mademoiselle Molière, est une comédienne française du Grand siècle, née à une date et dans un lieu incertains, et morte à Paris le 30 novembre 1700. Fille ou sœur de Madeleine Béjart (la question est encore en suspens), elle a été pendant onze ans l'épouse de Molière, qui a écrit pour elle de nombreux rôles, dont celui de Célimène dans Le Misanthrope. Son talent, tant dans le tragique que dans le comique, a été reconnu par ses contemporains. Personnalité contrastée, elle a fait l'objet, de son vivant même, d'une biographie romancée diffamatoire, La Fameuse Comédienne, maintes fois rééditée au cours des siècles suivants.

Plus de trois siècles après sa mort, l'identité de la femme de Molière n'est pas clairement établie. La rareté des documents existants, l’absence en particulier d’un acte de baptême qui porterait ses quatre prénoms et les noms de ses parents, ne permet pas de trancher la question, déjà controversée de son vivant, de savoir si elle était la fille ou la sœur de Madeleine Béjart. Les historiens en sont donc réduits à combiner de diverses manières les quelques indices dont ils disposent et qui sont exposés ci-après dans l’ordre chronologique.

La date la plus ancienne avancée au sujet de « Mademoiselle Molière » est celle du 3 juillet 1638. Ce jour-là, à Paris, Madeleine Béjart, âgée de vingt ans, fille mineure de Joseph Béjart et de Marie Hervé, met au monde une enfant qui sera tenue huit jours plus tard sur les fonts baptismaux de l'église Saint-Eustache :

« Onziesme de juillet, fut baptisée Françoise, née du samedy troisiesme de ce présent moys, fille de messire Esprit Raymond, chevalier, seigneur de Modène et autres lieux, chambellan des affaires de Monseigneur, frère unique du Roy, et de damoiselle Magdeleyne Béjard, la mère, demeurant rue Saint-Honoré ; le parrain, Jean-Baptiste de L’Hermitte, escuyer, sieur de Vauselle, tenant pour messire Gaston-Jean-Baptiste de Raymond, aussi chevalier, seigneur de Modène ; la marraine, damoiselle Marie Hervé, femme de Joseph Béjard, escuyer. »Le prénom de l'enfant a été choisi en référence à l'homme qui, s'il n'était mort six ans plus tôt, aurait été son parrain le plus prévisible : son grand-père paternel, François de Rémond de Mormoiron, comte de Modène, dit « le Gros Modène ».

La petite fille baptisée ce jour-là semble bien être celle que Jean-Léonor Le Gallois de Grimarest, premier biographe de Molière, évoquera, quand en 1705, sans citer son prénom, il identifiera « la Molière » (c'est-à-dire Armande Béjart) comme la fille de Madeleine Béjart et du comte de Modène.

Constatant que Françoise de Modène n'apparaît, pourvue de ce prénom, dans aucun document ultérieur, certains auteurs, dont le plus récent biographe de Molière, tiennent pour acquis qu'elle est morte en bas âge, comme de nombreux nourrissons à l'époque, et formulent l'hypothèse que Madeleine Béjart aurait eu, dans les années suivantes, une autre enfant du même Esprit de Modène, avec lequel elle aurait poursuivi une relation amoureuse jusqu'en 1642, et que c'est cette seconde fille, non reconnue par son père et baptisée à une date inconnue sous le quadruple prénom d'Armande-Grésinde-Claire-Élisabeth, qui aurait épousé Molière en 1662.

Une « petite non baptisée » (1643)

À la fin de l'hiver 1643, dix-huit mois après le décès de Joseph Béjart, sa veuve Marie Hervé et les trois aînés de leurs enfants travaillent avec leur ami Jean-Baptiste Poquelin à la création de l'Illustre Théâtre, qui verra le jour le 30 juin. Dans un acte signé le 10 mars, en présence d'un « lieutenant particulier civil », de trois procureurs au Châtelet et de divers autres témoins, Marie Hervé déclare, « au nom et comme tutrice de Joseph, Madeleine, Geneviève, Louis et une petite non baptisée, mineurs dudit défunt et elle », vouloir renoncer à la succession de leur père comme étant plus onéreuse que profitable.

N'ayant pas encore été baptisée, mais peut-être simplement ondoyée, la fillette n'est pas nommée ; cependant la plupart des historiens s'accordent à reconnaître en elle la future Armande-Grésinde-Claire-Élisabeth, qui épousera Molière en 1662 (voir le chapitre Un mariage discret). Pour quelle raison, alors qu'elle est âgée de neuf ou dix mois au moins, cette dernière-née de Marie Hervé n'a-t-elle pas encore été baptisée ? Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller font valoir que « la cérémonie avait été remise en raison de toutes les préoccupations qui hantaient la famille depuis la mort de Joseph », qu'elle avait encore été « ajournée à cause des aventures de l'Illustre Théâtre », et que cela donnait à penser que le baptême avait pu avoir lieu en province (voir ci-dessous la section Un baptême tardif ?).

Parmi les nombreux documents qui, jusqu'aux années 1680, attestent qu'Armande Béjart est la fille de Joseph Béjart et Marie Hervé, et donc la sœur de Madeleine, son aînée d'une vingtaine d'années, l'acte de mars 1643, s'il concerne bien la future « Mademoiselle Molière », est le plus ancien et celui dont tous les autres procèdent. Aussi sa sincérité (si ce n'est son authenticité) a-t-elle été contestée dès sa publication en 1863. Arguant du fait qu'à la date du 10 mars 1643 : 1) Joseph et Madeleine Béjart étaient majeurs et non mineurs, 2) Marie Hervé était âgée de 49 ans et demi, de nombreux historiens soupçonnent une supposition d'enfant, par laquelle Marie Hervé aurait fait passer pour sienne une fille de Madeleine — Françoise de Modène ou une autre.

La Fameuse Comédienne, publié en 1688, est le premier document à donner une naissance aristocratique à la femme de Molière. « Sa mère, écrit l'auteur anonyme, assurait que dans son dérèglement, si on en exceptait Molière, elle n'avait jamais pu souffrir que des gens de qualité, et que pour cette raison sa fille était d'un sang fort noble », avant de préciser que ladite fille « a passé sa plus tendre jeunesse en Languedoc, chez une dame d'un rang distingué dans la province ».

En 1900, Napoléon-Maurice Bernardin suggèrera de reconnaître dans cette « dame » Marie Courtin de la Dehors, demi-sœur de Marie Hervé et femme de Jean-Baptiste L’Hermite, qui en 1638 a été le parrain par procuration de la petite Françoise. Maîtresse d’Esprit de Modène, elle a en effet passé une partie des années 1644-1652 dans le château de Modène, non loin de Carpentras, ou dans le proche domaine de « La Souquette », dont le comte lui avait fait don. Ainsi, tandis que Madeleine Béjart parcourait la France de la Fronde avec Molière et leurs camarades de la troupe du duc d'Épernon, sa fille aurait été élevée avec la fille de sa cousine.

Marie Courtin et Jean-Baptiste L’Hermite figurent avec leur fille Madeleine aux côtés de Molière, de Madeleine Béjart et d'une demoiselle « Manon » dans les représentations de l'Andromède de Corneille données à Lyon au cours de l’hiver 1652-1653 (voir ci-dessous), et on les rencontre dans l’intimité de la troupe jusqu’en 1662.

Dans son contrat de mariage et dans nombre de documents ultérieurs, l'épouse de Molière est désignée par ses quatre prénoms : Armande, Grésinde, Claire, Élisabeth, qu'il lui arrive de déployer telle une bannière ou des titres de noblesse dans sa signature (voir illustration). Les deux premiers de ces prénoms conduisent Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller à formuler une hypothèse concernant le baptême tardif d'Armande :« Il est un moment, écrivent-elles, où deux personnes se trouvent réunies, qui auraient pu donner à la plus jeune des Béjart ses deux premiers prénoms : c'est en 1653 à Montpellier, lors des États du Languedoc qui furent convoqués par Scipion Grimoard de Beauvoir, comte du Roure, époux de Grésinde de Baudan, et présidés par Armand de Bourbon, prince de Conti, alors protecteur des comédiens. »

La grande rareté des prénoms Armande et Grésinde au milieu du XVIIe siècle pourrait conforter cette l'hypothèse. En effet, il semble qu'Armande Béjart est l'une des premières femmes à s'être ainsi prénommée, et que l'Armande des Femmes savantes est restée pendant longtemps la seule de ce nom dans le répertoire théâtral classique. Quant à Grésinde, variante d’un vieux prénom médiéval, que l’on trouve dans la documentation sous les formes Grassinde, Grasinde, Grascinde, Garcinde, Garsinde, Garcende, Gersende, il n'était porté que dans quelques rares familles de la noblesse languedocienne.

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