Armand de Madaillan de Lesparre (28 mai 1652 - 21 février 1738), plus connu sous son titre de marquis de Lassay, est un noble français des XVIIe et XVIIIe siècles. Il est aussi baron du Horps.
Sainte-Beuve l'appelle un figurant du grand siècle. Mais il se reprend à la seconde page de son article et dit de lui qu'il fut « bien moins un figurant... qu'un homme qui n'a pu avoir les beaux rôles ».
Il est le fils de Louis Louis II de Madaillan-Lespare, marquis de Montataire, et de Suzanne de Vipart. Il manifesta rapidement un esprit avide d'indépendance.
« Je ne me soucie point de commander mais l'obéissance m'est insupportable... Je sens que toute ma nature se révolte dès qu'on veut prendre quelque empire sur moi ; il n'y a aucune considération qui put me le faire souffrir, non pas même l'intérêt de ma santé et de ma vie s'il fallait être soumis à un médecin. Ce sentiment est né avec moi, je l'ai eu dès mon enfance ; et à peine en étais-je sorti, que je secouai le joug de la domination paternelle, aux dépens de tout ce qui m'en pouvait arriver ; et pendant plusieurs années je me réveillais la nuit avec un mouvement de joie que me donnait la pensée de ne plus dépendre de personne. Extrait du Recueil de différentes choses d'Armand de Madaillan de Lesparre. »
Il fit ses premières armes en qualité d'aide de camp du Grand Condé, en 1672, et assista à toutes les conquêtes de la Guerre de Hollande. Dans l'hiver 1672, il suivit Condé à l'armée de la Moselle. C'est à cette époque que son père acheta pour lui, du marquis de Pompadour, la charge de guidon des Gendarmes de la garde du roi. Le marquis de Pompadour se repentit de l'avoir vendue. Cela donna lieu à des démêlés assez graves entre les deux familles. Le marquis et Armand s'étant rencontrés sur le Pont au Change, le 25 avril 1673, eurent entre eux quelques paroles désobligeantes. Un duel s'ensuivit puis un procès. Dans ce duel qui lui fit honneur, Madaillan-Lespare reçut tout d'abord un terrible coup d'épée qui lui traversa le corps ; mais il voulut continuer le combat, fit quatre blessures à son adversaire, le désarma et exigea que M. de Pompadour fut soigné le premier.
En 1674 il devint enseigne dans le même corps. Cette charge valait 100 000 écus ; il n'y avait pas d'exemple qu'elle eut été occupée par un titulaire aussi jeune. A la Bataille de Seneffe, François de Rohan-Soubise ayant eu la jambe cassée, au début de l'action, Armand de Madaillan se trouva seul officier à la tête des Gendarme de la garde. Cette circonstance stimulant son courage, il porta vaillamment le poids de sa responsabilité, et sa conduite fut importante dans cette journée où il reçut trois blessures et eut deux chevaux tués sous lui.
Il accompagna le roi Louis XIV lors de la Seconde conquête de la Franche-Comté ; assista aux sièges de Besançon, de Dôle, de Salins, où il fut blessé, et de Faucogney où il entra des premiers avec la Maison du roi qui emporta la place l'épée à la main. Pendant les années suivantes il se trouva aux sièges de Condé, Bouchain, Valenciennes, Cambrai où il fut blessé de nouveau ; à ceux de Gand et d'Ypres qui furent les derniers de cette guerre.
On trouve dans le Recueil d'Armand de Madaillan de Lesparre un curieux chapitre ainsi intitulé : Ce qui s'est passé à l'égard de la Toison que le roi d'Espagne m'avoit donnée. Grâce au crédit de Louis-Joseph de Vendôme, duc de Vendôme et à l'influence de Marie-Anne de La Trémoille, princesse des Ursins, tout puissants à la cour de Madrid, le marquis de Lassay avait obtenu la décoration de l'Ordre de la Toison d'or. Louis XIV qui n'avait pas été prévenu des démarches faites en sa faveur, fut très irrité et lui refusa l'autorisation d'en porter les insignes. Madame de Maintenon intervint sans succès auprès de son protégé.
Il sollicita plus tard l'Ordre du Saint-Esprit, mais Louis XIV ne fit point de chevaliers à la fin de son règne, et c'est seulement en 1724 qu'il obtint le Cordon Bleu.
A l'occasion de son second mariage, il a rompu avec sa famille, quitté la cour, renoncé à ses emplois et à ses grades et s'était confiné dans une retraite qui avait fort mécontenté le roi. A la longue, fatigué de cette inaction, familier des princes de Condé et Conti, il partit avec eux en Autriche défendre Vienne de l'attaque de l'Empire Ottoman, sans l'autorisation de Louis XIV qui lui en tint rigueur et ne lui confia aucune grande charge par la suite. Ils allaient sous les ordres de Charles V de Lorraine, duc de Lorraine guerroyer contre les Turcs. Lassay se joignit à eux avec le prince Eugène de Savoie-Carignan, le Comte de Turenne et quelques autres. Au moment de partir il écrivait à la Maréchale de Schomberg:
« Je pars pour aller en Hongrie ; j'ai eu vingt fois la bouche ouverte pour vous parler de ce voïage et la peur me l'a toujours fermée : j'ai craint l'amibe que vous avez pour moi, qui vous auroit peut-être engagée a essaïer de m'en détourner Ecoutez moi, s'il vous plait, Madame, avant que de me condamner ; voici mes raisons : demeurer aux Incurables sans dévotion; être à Paris sans voir le roi; porter une épée à mon côté sans aller à la guerre ; passer ma vie avec des femmes, sans être amoureux d'aucune, étoit une vie qui me rendoit trop ridicule à mes
yeux, pour que je la pusse supporter plus longtemps On traitera encore ce voïage de folie, je le scai ; on dira qu'il ressemble au reste de ma vie mais aïant à être blâmé, ce dernier blâme blesse moins mon amour-propre; et puis je ne le sentirai pas tous les jours comme je sens celui que je quitte ; je serai bien loin et je n'entendrai point les discours du monde Le voïage de Hongrie ne me convient gueres ; mais il me convient encore moins de demeurer dans la place où je suis, et je ne voi que cette porte pour en sortir. A l'égard du Roi, je ne me fais pas l'honneur de croire qu'il fasse aucune attention à moi, et si par hazard il y songe un moment, il ne sçauroit trouver ni mauvais, ni extraordinaire qu'un homme qui est assez malheureux pour lui avoir déplu, aille en Pologne, en Hongrie, à la mort. Adieu, Madame, votre lettre m'a fait une peine effroïable : je n'aurais garde de supporter votre vue; j'ai dit à tout le monde que je parfois, il n'est plus temps de délibérer. Ne me désaprouvez point, plaignez-moi plutôt, et aimez-moi toujours. Extrait des Recueil de différentes choses d'Armand de Madaillan de Lesparre. »
Sous forme de lettres adressées à son ami le maréchal Bernardin Gigault de Bellefonds, Lassay a inséré dans son Recueil, un récit de cette campagne de Hongrie.
Après ceci, Lassay se garda bien d'aller à Versailles affronter la colère du roi qui avait refusé aux princes de Conti et à leurs compagnons l'autorisation de partir. Il résida quelque temps à Vienne et en Italie.
Au commencement d'octobre 1685, il quitta le camp de Presbourg avec le prince Louis-Guillaume de Bade-Bade pour aller à Vienne et reçut à la cour de l'empereur Léopold Ier un bon accueil. A la fin de novembre; il partit pour aller visiter l'Italie, et rencontra à Rome, Marie-Anne de La Trémoille, princesse des Ursins deux fois veuve. Il semble avoir été lié avec elle par la plus étroite amitié et la façon dont il parle de la villa que Madame des Ursins possédait à Bagnaïa près Viterbe prouve qu'il y commandait en maître. Il connut aussi à Rome, Sophie-Dorothée de Brunswick-Lunebourg, femme du Duc de Brunswick-Lunebourg, et noua avec elle une intrigue. Le duc prit ombrage de cette liaison. Lassay redoutant un scandale, quitta Rome et fit ainsi ses adieux à la duchesse.
« Je ne veux pas que vous hazardiez à vous perdre en continuant un commerce avec moi : il vaut mieux que je meure et que vous viviez moins malheureuse. Cessez donc d'écrire à un homme qui traîne tous les malheurs après lui, et dont l'étoile est empoisonnée. Il semble que je ne sois dans le monde que pour y souffrir ; la vie m'est à charge, et je voudrais en mourant vous rendre votre repos et votre bonheur : Adieu, ma chère princesse, je ne peux plus supporter l'excès de la douleur que je souffre. Extrait des Recueil de différentes choses d'Armand de Madaillan de Lesparre. »