Ce Jour-là

Armand David

Missionnaire lazariste, botaniste et zoologiste français

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Armand David (ou Père David), né le 7 septembre 1826 à Espelette (Pyrénées-Atlantiques) et mort le 10 novembre 1900 à Paris 6e, est un missionnaire lazariste français, zoologiste et botaniste éminent. Il a collecté durant sa vie animaux, plantes, roches et fossiles en Chine pour le compte du Muséum d'histoire naturelle de Paris. Environ 70 identifications scientifiques d'espèces de plantes portent son nom ; il est également dédicataire d'un genre : le genre Davidia qui comprend l'arbre aux mouchoirs.

Jean-Pierre-Armand David voit le jour le 7 septembre 1826 à Espelette dans les Basses-Pyrénées. Son père, Dominique David, est médecin et maire du village. C’est un notable local qui défendra toute sa vie une position politique légitimiste intransigeante qu’il essaiera de transmettre à ses enfants. C’est aussi un homme qui s’intéresse à l’histoire naturelle et qui donne à son fils Armand, un goût pour l'observation du règne animal et végétal.

Phase de formation à Paris et en Italie (1848-1862)

Après deux années passées au Grand Séminaire de Bayonne, Armand se rend à Paris en 1848 pour faire son noviciat à la Société des prêtres de la Mission. Cette congrégation créée par saint Vincent de Paul en 1625, envoie ses prêtres — populairement appelés 'Lazaristes' — en mission d'évangélisation dans des régions déchristianisées ou en pays non-chrétiens. La discipline y est sévère et demande une stricte obéissance. Lorsqu’il prononce ses vœux en novembre 1850, il rêve de mission dans des pays lointains mais c’est finalement en Italie, au collège lazariste de Savone près de Gênes qu’il est envoyé pour y enseigner les sciences naturelles.

Il y passe dix agréables années qu'il met à profit pour parfaire ses connaissances dans les sciences de la nature. Avec ses élèves (dont Luigi Maria d'Albertis), il constitue des collections scientifiques et apprend les techniques de la taxidermie. Il en était presque venu à oublier ses rêves de mission dans le Céleste Empire, quand en 1861, le zoologiste Henri Milne Edwards, administrateur du Muséum d’histoire naturelle de Paris, sollicite l’aide des missionnaires pour inventorier les espèces animales et végétales de Chine, à cette époque encore très mal connues. En 1862, le père Armand David est désigné pour la mission à Pékin.

Les premières explorations des environs de Pékin (1862-1866)

Durant la révolte des Taiping (1850-1864), des Nian et les soulèvements des musulmans qui firent des dizaines de millions de morts, le pouvoir central chinois très affaibli, subissait en outre les coups de boutoir des troupes coloniales franco-britanniques. Le droit d’évangéliser pour les chrétiens est acquis à la suite de la défaite humiliante subie par l’empire chinois devant les troupes franco-anglaises. Il s’ensuivra une hostilité permanente des mandarins portée à la solide organisation missionnaire, vue comme une tentative étrangère de doubler la structure administrative.

« Tout en étudiant la langue du pays, écrit-il, et en collaborant au ministère sacerdotal, je me mis à explorer les alentours de la capitale ». Il poussa ensuite ses explorations dans les montagnes de l’Ouest en 1863 puis du côté de la Résidence impériale de Jehol près de Chengde 承德市, à 260 km au nord-est de Pékin. Chaque expédition était suivie d’envois au Muséum de Paris où les naturalistes furent tout de suite surpris par leur qualité. « Nous avons trouvé dans le père Armand David un correspondant non moins actif qu’éclairé, écrit le professeur Milne Edwards en septembre 1864. Il a fait au Musée plusieurs envois considérables et l’intérêt des objets qu’il nous adresse est rehaussé par les notes dont il les accompagne. » Le Muséum fit des démarches auprès du Supérieur général des Lazaristes pour qu’il autorise le père David à faire pendant plusieurs années des explorations dans les régions les moins connues de l’Empire avec un financement public du Ministère de l’instruction publique.

Milne-Edwards donne à cette époque la description scientifique de quelques espèces remarquables envoyées : l’écureuil gris-cendré (Sciurus davidianus), le cerf-chameau (Cervus cameloides) et bien d’autres mais c’est l’énigmatique « cerf du père David » (Elaphurus davidianus) qui retient le plus l’attention. Ce cervidé est nommé par les Chinois 四不象 sì bù xiàng, « les quatre caractères qui ne conviennent pas » parce que cet animal avait les bois d'un cerf, le cou d'un chameau, le pied d'une vache et la queue d'un âne. Pour ajouter au mystère, l’animal, pratiquement disparu à l’état sauvage, était gardé par des soldats tatares dans le parc impérial de chasse de Nanhaizi à une lieue au sud de Pékin. « Aucun européen ne peut pénétrer dans ce parc ; mais ce printemps m’étant hissé sur la muraille d’enceinte, j’ai eu la bonne fortune de voir, assez loin de moi, un troupeau de plus de cent de ces animaux… Jusqu'ici j’ai fait des tentatives infructueuses pour avoir une dépouille de cette espèce » écrit le père David en septembre 1865. « Heureusement, je connais des soldats tartares qui font la garde dans ce parc et je suis sûr que, moyennant une somme plus ou moins ronde, j’aurais une peau que je m’empresserai de vous envoyer » Au début de l’année suivante, il finit par obtenir les peaux d’une femelle et d’un jeune mâle qu’il envoie aussitôt au Muséum. Suivront bientôt le squelette et la peau d’un mâle adulte. Au même moment, le chargé d’affaires français obtient des ministres impériaux qu’ils envoient au Muséum un couple de ces animaux vivants. Les Anglais obtinrent aussi, grâce aux bons offices du missionnaire, quelques individus. C’est grâce à ces individus vivants envoyés en Europe que l’espèce n’a pas disparu.

Encouragé par ces premiers succès, le père David va mener dans les années 1866-1874 trois grandes expéditions naturalistes dans les profondeurs de la Chine :

en 1866, un voyage de sept mois en Mongolie méridionale ;

en 1868-1870, une exploration de la Chine centrale et du Tibet oriental (Sichuan) ;

en 1872-1874, un voyage à travers les monts Qinling (Shaanxi), le Hubei, le Jiangxi, le Fujian et le Zhijiang.

L’exploration de la Mongolie méridionale (mars-octobre 1866)

En mars 1866, il part de Pékin avec tout son équipement de collecteur naturaliste porté par cinq mulets, en vue d'explorer les régions mongoles qui se trouvent au-delà de la Grande Muraille, au nord de la grande boucle du Fleuve Jaune (Huanghe), une région encore très mal connue des Européens. Le frère Chevrier, bon chasseur, et le fameux guide Samdadchiemba, ancien lama mongol qui avait accompagné les pères Huc et Gabet au Tibet, se joindront à lui. Le voyage fut très éprouvant, en raison d'un climat très rude, d'une insuffisance d'eau et de nourriture et de l'insécurité permanente que faisaient régner les bandits de grands chemins et les soldats tartares, sans parler des bêtes sauvages. Il fallait des caractères bien trempés pour surmonter sans encombre les épreuves auxquelles ils furent confrontés.

Tous les jours, il prenait d’abondantes notes sur tout ce qu’il observait : la nature des sols, la faune et la végétation, les mœurs des populations, leurs religions, leurs cultures vivrières. Le petit groupe d'explorateurs fixèrent leur camp de base à Saratchi, une ancienne cité, entre Hohhot et Baotou (呼和浩特市、包头市之间). Bien que la végétation de ces contrées désertiques soit assez pauvre, il fait quelques récoltes intéressantes. « Je note une Ancolie à fleurs vertes (Aquilegia viridiflora) qui abonde, une jolie légumineuse à fleurs rouge sang (Lessertia) ; une sorte de Sophora herbacé à nombreuses fleurs blanches très odorantes etc. J'ai récolté aussi de bons fruits d'un Rosier à fleurs jaunes. Mais en somme, la végétation de l'Ourato [乌拉特 wulate] est assez pauvre ». Le rosier à fleur jaune sera ultérieurement nommé Rosa xanthina, une espèce belle et robuste, avec de petites feuilles délicate et une fleur en coupe jaune.

« L'Ourato…, ne présente jamais de hautes montagnes; ses forêts, dont on me faisait une si brillante description à Pékin, sont aujourd'hui à peu près détruites…Partout où la culture a été possible, on la voit exercée par les Chinois, qui chassent devant eux les populations mongoles pastorales. Celles-ci, d'ici à peu, se trouveront sans ressources, refoulées jusqu'au grand désert de Gobi, dont j'ai pu apercevoir les sables jaunes et mouvants. »

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