Armand Avril, né à Lyon le 2 décembre 1926 et mort le 1er novembre 2025 à Cotignac, est un peintre, connu pour les assemblages qu'il réalise à partir de 1968.
D'origine modeste, cependant très tôt intéressé par l'art et les musées où le poussait son père, il s'essaie d'abord à la peinture. Cependant, Armand Avril ne commence à trouver son véritable style qu'à l'âge de quarante-deux ans.
Enfant, il est un habitué des musées de Lyon qu’il fréquente sur les conseils de son père. Adulte, sa passion pour la collection l’incite à se nourrir des arts premiers et d’artistes comme Gaston Chaissac ou Boris Bojnev. Ses œuvres et ses techniques le rattachent à la famille des créateurs récupérateurs comme Louise Nevelson (1899-1986) ou des artistes du mouvement Dada et leurs successeurs. Il partage aussi avec ses prédécesseurs dadaïstes une volonté de s’affranchir des conventions idéologiques et artistiques en vigueur.
Il ne peut être rattaché à un seul courant artistique car il s'est inspiré de tous les artistes qui l'ont entouré au cours de sa vie. Cette diversité lui permet alors de créer un véritable univers artistique propre à l'artiste qui se fait connaitre pour ses montages en bouchons de liège dont les œuvres Mer à Cassis débutées en 1970.
Armand Avril naît d'un père parisien et d'une mère corse. Bien que vivant modestement, son père, Marcel Avril, collectionne des œuvres d'art africaines et participe aux expositions du groupe Témoignage à la galerie Folklore de Lyon, en compagnie de Jean Bertholle, Alfred Manessier, René-Maria Burlet, Jean Duraz, César Geoffray, Jean Le Moal, Étienne Martin, Marcel Michaud, André Lenormand, François Stahly, Louis Thomas, Dimitri Varbanesco.
Armand Avril raconte dans la vidéo de l'exposition 2008 au musée des beaux-arts de Lyon que son père poussait ses enfants à visiter les musées, et que l'artiste aurait, du coup, « pompé sur tout le monde ».
Néanmoins, bien avant de se lancer dans l'art, le jeune homme retourne à Villeurbanne au milieu des années 1940 et entre dans la vie active en tant que plâtrier-peintre, puis ouvrier. Dans les musées, il découvre les artistes belges : Constant Permeke, James Ensor.
Cependant, en 1941, son père, militant de gauche et résistant est emprisonné trois mois. Il éloigne alors son fils en l'envoyant à l'école des bergers du domaine du Merle à Salon-de-Provence, mais tout en continuant son travail de berger qu'il exerce dans plusieurs fermes, Avril a toujours sur lui un livre d'art qu'il consulte régulièrement.. Armand ne reverra son père qu'une seule fois, lorsque celui-ci vient lui rendre visite à l'école des bergers. Marcel est ensuite arrêté par la Gestapo et envoyé en camp de concentration où il meurt en 1944.
Entre 1945 et 1956, à Villeurbanne, Armand Avril est ouvrier et exerce divers métiers manuels, mais il commence déjà à peindre des huiles en copiant les classiques du musée des beaux-arts ou du musée Guimet de Lyon. Il s'inspire alors de Raoul Dufy, Henri Matisse, de l'école lyonnaise. Sous l'influence de son père qui collectionnait les arts primitifs, il va devenir lui-même un grand collectionneur d'art africain au cours d'un voyage au Sénégal à la suite duquel il expose ses peintures. En effet, dans les années 1960, il part faire un voyage d'un an en Afrique et rencontre le peintre Jean Arène qui lui fera découvrir plus tard le village de Cotignac dans le Var où il s'installera définitivement en 1985. Une autre rencontre décisive lors de ce séjour est sa rencontre avec l'artiste Louis Pons que lui présente Arène. Louis Pons est une rencontre importante dans la carrière d'Avril, car c'est un artiste qui pratique l'assemblage et le collage. Cette rencontre marque un nouveau tournant dans la carrière d'Armand Avril. Sa plus grande découverte reste cependant Gaston Chaissac, à la fin des années 1960 à Nantes, dont il lit une critique illustrée dans la revue L'Architecture d'aujourd'hui et dont il achète une peinture. Enthousiasmé par les œuvres de Chaissac, il réussit à convaincre le critique René Deroudille et la Conservatrice Madeleine Rocher-Jauneau d'organiser en 1968 une exposition de l'artiste au musée des Beaux-Arts de Lyon. En 1973, il rend hommage à Chaissac avec une série d'hommages facétieux à des artistes comme Malevitch, Matisse, Man Ray, Picasso, Herbin et d'une façon plus général au Cubisme dans une série d’œuvres constituées d'une suite de Têtes.
Évolution vers la sculpture sur liège
En 1968 alors qu'il fête la victoire de l'Association sportive de Villeurbanne et de l'Éveil lyonnais rugby où il joue pendant quatorze ans, Armand Avril découvre les possibilités plastiques d'un bouchon de champagne qu'il taille machinalement.
Il s'investit alors dans ce nouveau moyen d'expression : les assemblages d'objets ou montages, réalisant des bas-reliefs élaborés d'éléments divers, pinces à linge, éléments de jouets d'enfants, boules de croquet, filasse, glu, clous, boîtes de conserves vides. Il travaille essentiellement avec des rebuts et pièces détachées. « Le peu de prix devient sans prix quand il bricole.. » Les constructions d'Armand Avril sont des inventions ludiques à partir d'objets délaissés.
Pour ses premiers montages, il utilise des bouchons de liège taillés et disposés dans des casiers d'imprimerie exposés pour la première fois lors de sa première exposition personnelle à la galerie lyonnaise Le Lutrin en 1970. L’année suivante, il présente son travail dans une galerie parisienne où son œuvre est très bien accueillie par la critique, à tel point que ses œuvres entre dans les collections du Centre National d’Art Contemporain et du Musée National d’Art Moderne.
Armand Avril va ensuite diversifier les montages : à travers des matériaux de récupération bricolés, parfois peints puis collés sur des panneaux de bois, qui expriment un univers « poétique débordant d'humour et de vitalité ». Ses œuvres vont s’enrichir rapidement de matériaux divers qui vont constituer un véritable univers à part entière : en 1973, il rend hommage à Gaston Chaissac qui ouvrira la voie sur une grande série dédiée aux artistes et personnages qui ont marqué la vie d’Avril. En 1975, il réalise la série « Alignement » constituée d’Assemblage de différentes boules. Ces premières séries marquent le début d’une grande carrière où les styles et les matières se mêlent pour former l’univers d’Armand Avril.
Armand Avril aime s’inspirer de la poésie et de la littérature pour créer comme on peut le voir dans l’un de ses poèmes sur la ville de Cassis qui l’accueille au début de la Seconde Guerre Mondiale. Il va alors puiser dans ses souvenirs et dans le poème de Wols qui écrit que les vagues du port « se répètent sans se répéter » et débute sa série « La Mer de Cassis ». Pour cette série, Avril utilise les rebus du monde afin de reconstruire un univers en le déclinant jusqu’à épuisement. Ce mélange marque le début d’un lien particulier entre l’artiste et cette ville qui fait de Cassis « une carte postale par excellence du souvenir qui déferle régulièrement [telle] la marée du renouveau » d’après J.J Lerrant. L'artiste joue avec des effets d'accumulations ; les compositions étagées, comme des objets totémiques comme les rites de magie de cultures lointaines qu’il a eu l’occasion de découvrir lors de son séjour au Sénégal. Le thème de la mort apparaît aussi, mêlé à celui du sacré, dans des sortes de reliquaires d'un art populaire sans âge. En 2002, son ami Pierre Robin, ancien galeriste d'art primitif à Paris, lui propose des sculptures Bozo, peuple pêcheur installé sur une partie des rives du Niger au Mali. Il commence alors à accumuler les marionnettes colorées de cette ethnie qui l’inspire dans ses créations.
Armand Avril continue son œuvre que l’on peut qualifier de prolifique et singulière éloignées des codes et de la mode. On peut voir dans sa maison-atelier un magnifique « bric-à-brac » où le moindre espace saturé d'objets révèle l'univers intérieur de cet artiste inclassable. Ainsi, " Avril entre donc au musée. On peut lui faire confiance, il s'en tirera très bien. Mais le musée, lui, ne s'en sortira pas indemne".