Ce Jour-là

Architecte

Créateur artistique et technique d'un bâtiment

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Dans son acception classique, l'architecte est d'abord un artiste et un technicien (dans la profession des architectes de l'État, du gouvernement, du département ou de la ville) spécialisé dans la conception des constructions (bâtiments, ouvrages d'art...). Répondant aux besoins – appelé programme – de son client, il traduit en dessins expressifs et techniques une réflexion sur l'espace attribué à une construction, un abri ou un signal. Il compose une œuvre dans l'espace à l'aide des moyens essentiels que sont la lumière, les volumes et les matériaux puis conduit le chantier. Professionnel de haut niveau ayant suivi cinq ans d'études après le baccalauréat pour l'architecte DE (diplômé d'État) et six ans d'études pour l'architecte HMONP (habilité à exercer la maîtrise d'œuvre en son nom propre), il doit avoir de larges connaissances et s'appuie sur des spécialistes pour détailler son projet. Il peut exercer à titre libéral (gérant d'une société) ou comme salarié (cadre).

L'architecte, quand il exerce la « maîtrise d'œuvre », rédige un contrat d'architecte signé par son client appelé le « maître d'ouvrage ». Cette entente définit l'étendue de sa mission. L'architecte conçoit des bâtiments publics (écoles, mairies, musées...) ou privés (logements, commerces, industries…), des structures de génie civil (ponts, monuments) et des projets d'urbanisme. Il participe à l'aménagement du territoire (espaces bâtis ou naturels). Il est l'auteur d'œuvres d'art protégées au titre de la propriété intellectuelle.

Aujourd'hui, parce qu'il y a maîtrise d'œuvre, le terme « architecte » est également utilisé comme partie d'un titre composé : l'architecte d'intérieur, dont la mission est limitée à la conception d'aménagements non structurels ne nécessitant pas l'obtention de permis de construire. Par analogie, l'ingénieur en informatique, dit « architecte informatique », a pour rôle d'agencer, raccorder et mettre en œuvre les composants d'un réseau informatique. Ce titre n'enfreint plus la loi de 1977 sur l'architecture à la suite d'une création de titre RNCP.

La première mention connue du mot architecte ἀρχιτέκτων / arkhitéktôn apparaît au Ve siècle av. J.-C. dans le livre d'Hérodote, Histoires, décrivant le tunnel de Samos : « L'architecte chargé de ce travail fut le Mégarien Eupalinos, fils de Naustrophos ». Le mot est composé de ἀρχός / arkhós, « chef, maître », et de τέκτων / téktōn, « ouvrier, artisan, charpentier ».

Hérodote utilise ce mot pour le constructeur du pont de bateaux permettant de franchir l'Hellespont en 513 av. J.-C. (Histoires, 4,88) : « Darius Ier fut très satisfait de ce pont de bateaux et récompensa richement son architecte, Mandroclès de Samos. » Pour Hérodote, le mot architecte donné à Eupalinos qui est un des « auteurs des trois plus grands ouvrages que possède la Grèce » ou à Mandroclès de Samos n'a pas pour lui le sens qu'il a pris aujourd'hui, c'est plus un technicien de la construction ou un ingénieur. Il est possible que ce mot ait été utilisé parce que les premiers temples étaient construits en bois. C'est au VIIe siècle av. J.-C. que se fait la transition entre construction en bois des temples vers la construction en maçonnerie. Quand Pausanias visite l'Héraion d'Olympie au IIe siècle, il y voit encore certaines colonnes en bois. Le mot tekton apparaît chez Homère ou chez Sophocle où il désigne un sculpteur.

Tous les premiers architectes de l'époque archaïque grecque ont laissé leur nom dans l'Histoire par les prouesses techniques de leurs constructions. Le rôle de l'architecte dans un chantier grec était celui d'un conseiller technique auprès des personnes chargées par la cité ou les responsables des sanctuaires de suivre l'exécution des bâtiments conformément aux devis et d'assurer le paiement des travaux après leur réception par l'architecte. C'est à partir du IVe siècle qu'ils exercent une activité indépendante avec des contrats définissant les bâtiments à construire présentés et votés par les assemblées des cités. Il existe aussi des architectes fonctionnaires travaillant pour une administration de cité ou de sanctuaire.

Il est possible que dès les temps archaïques, le mot « architecton » désigne celui qui commande les ouvriers. On retrouve cette définition dans Le Politique de Platon où on trouve en 259e :

« – L'étranger : C'est, au surplus, que quiconque est maître bâtisseur (ἀρχιτέκτων / arkhitéktôn) ne fait pas personnellement office d'ouvrier maçon (ἐργατικός / ergatikós), mais est le maître qui commande à ces ouvriers (ἐργατῶν ἄρχων / ergatỗn árkhōn).

– L'étranger : 'Et c'est, je pense, en tant qu'il apporte à l'œuvre la contribution d'une connaissance théorique, mais non celle d'opérations manuelles'.

– L'étranger : […] il sied en vérité à celui-ci, une fois qu'il s'est prononcé, de ne pas se croire au bout ; pas davantage de se tenir pour quitte, […], mais au contraire de prescrire à chacun des ouvriers maçons la tâche qui justement lui convient, jusqu'à ce qu'ils aient achevé de réaliser le travail qu'il a été prescrit d'exécuter. »

Dans la Métaphysique, Aristote a opposé l'architecton au travailleur manuel (χειροτέχνης / kheirotéchnēs). On voit aussi Aristote qualifier l'architecte de la cité de Milet et du Pirée, Hippodamos, de météorologos, dans la mesure où il essaie de recréer une cité reflétant dans son plan l'harmonie céleste. Hippodamos est aussi un penseur politique dont le livre II 1267b22-30 de La Politique d'Aristote fait une description de sa vision de la cité idéale au Ve siècle. Progressivement va apparaître une différenciation dans le monde gréco-romain entre architektôn et méchanikos, l'architecte et l'ingénieur.

Cette fonction d'architecte n'est pas propre à la cité grecque. Le plus ancien nom d'architecte qui est resté dans l'histoire est celui d'Imhotep, l'architecte du complexe funéraire de Saqqarah et le conseiller du pharaon Djéser, vers 2630 à 2611 av. J.-C., de la IIIe dynastie égyptienne. En Babylonie, aucun nom d'architecte n'est parvenu. La fonction de maçon existait et apparaît dans le Code de Hammurabi § 228-230, rédigé par Hammurabi, sixième roi de la première dynastie amorrite et datant d'environ 1750 av. J.-C..

L'architecton grec va passer directement au latin dès le IVe siècle où on le retrouve dans les textes de Plaute au IIIe siècle au sens propre et figuré. L'architecton va devenir architector dans l'époque tardive, mot qui va donner architectura en suivant la même variation que sculptor-sculptura ou pictor-pictura. La forme architectus apparaît aussi chez Plaute. Les deux formes architector et architectus s'utilisent dans le sens de « celui qui pose les fondations » au sens propre comme au sens figuré. La forme architectus va donner une explication étymologique erronée du mot en rapprochant tectus de tego, tegere, texi, tectus, conjugaisons du verbe « couvrir » et lui donnant le sens de personne qui réalise la couverture d'un bâtiment.

C'est un architecte et ingénieur d'Auguste, Vitruve, qui va donner le premier livre d'architecture, De architectura. Ce n'est pas le premier livre d'architecture qui a été rédigé (on sait par Vitruve que certains architectes grecs ont écrit des livres d'architecture), mais le seul qui nous soit parvenu. On peut ajouter celui que Frontin alors curateur des eaux écrit sur les aqueducs de Rome : De aquis urbis Romœ.

Dans l'introduction du chapitre I du livre I, Vitruve définit ce qu'est pour lui l'architecture :

« L'Architecture est une science qui doit être accompagnée d'une grande diversité d'études et de connaissances par le moyen desquelles elle juge de tous les ouvrages des autres arts qui lui appartiennent. Cette science s'acquiert par la Pratique et par la Théorie : la Pratique consiste dans une application continuelle à l'exécution des desseins que l'on s'est proposés, suivant lesquels la forme convenable est donnée à la matière dont toutes sortes d'ouvrages se font. La Théorie explique et démontre la convenance des proportions que doivent avoir les choses que l'on veut fabriquer : cela fait que les Architectes qui ont essayé de parvenir à la perfection de leur art par le seul exercice de la main, ne s'y sont guère avancés, quelque grand qu'ait été leur travail, non plus que ceux qui ont cru que la seule connaissance des lettres et le seul raisonnement les y put conduire ; car ils n'en ont jamais vu que l'ombre : mais ceux qui ont joint la Pratique à la Théorie ont été les seuls qui ont réussi dans leur entreprise, comme s'étant munis de tout ce qui est nécessaire pour en venir à bout. »

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