Les apparitions mariales de Notre-Dame de Guadalupe désignent les apparitions de la Vierge qui se seraient produites à Mexico en 1531, sur la colline de Tepeyac, à l'Indien Juan Diego. La Vierge, qui serait apparue comme une jeune fille métisse vêtue comme une princesse aztèque, aurait demandé à l'Indien de se rendre auprès de l'évêque pour faire construire un lieu de culte sur cette colline. L'évêque, sceptique, aurait demandé un signe. Le 12 décembre 1531, l'évêque aurait reçu deux « signes miraculeux » : des roses d'Espagne cueillies fraîches en plein hiver à Mexico, et l'impression « miraculeuse » de l'image de la Vierge sur le manteau, la tilma, de Juan Diego. Après cela, l'évêque aurait reconnu l'authenticité des apparitions.
Ces apparitions n'ont fait l'objet d'une véritable enquête canonique qu'en 1666. À la suite de cette enquête, les autorités du Saint-Siège se sont prononcées favorablement, en 1754, vis-à-vis du culte de Notre-Dame de Guadalupe, et des apparitions de 1531. Avant même cette reconnaissance, une grande dévotion à Notre-Dame de Guadalupe, s'était développée dans toute la Nouvelle-Espagne envers cette « Vierge métisse ». Aujourd'hui, le plus grand pèlerinage chrétien du monde se déroule dans la basilique Notre-Dame-de-Guadalupe de Mexico. Cependant, bien que l’Église catholique ait donnée de multiples signes de reconnaissance envers ce culte et ces apparitions, y compris au niveau papal, les différentes enquêtes canoniques ne se sont jamais conclues par une reconnaissance officielle des apparitions en bonne et due forme. Si bien qu'à ce jour, ces apparitions pourtant très célèbres et vénérées, n'ont toujours pas été canoniquement reconnues comme authentiques.
Ces apparitions font également l'objet de contestations de la part de certains historiens depuis la fin du XVIIIe siècle. Ces derniers s'appuient sur le manque de publications contemporaines ou proches des événements (les premières publications ont eu lieu un siècle plus tard). Cependant, des manuscrits anciens, écrits en langue nahuatl, ainsi que des codex picturaux témoignent de ces événements et sont contemporains des événements (environ vingt à trente ans). Un débat est ouvert sur ce point avec les historiens qui reconnaissent l'historicité de ces sources.
Premiers écrits et publications
Les premières publications sont postérieures de plus d'un siècle des événements. Mais les écrits manuscrits les plus anciens sont presque contemporains des apparitions.
Le récit de référence pour les apparitions est le Nican mopohua, attribué, depuis la fin du XVIIe siècle, à Antonio Valeriano (1531–1605), un Aztèque autochtone éduqué par les franciscains et qui a beaucoup collaboré avec Bernardino de Sahagún. Une version manuscrite du Nican mopohua, qui est conservée à la bibliothèque publique de New-York, est datée autour de 1550 (soit 20 ans après les faits) et serait l'œuvre (de Valeriano) que Lasso a reprise telle qu'elle dans la composition son Huei tlamahuiçoltica un siècle plus tard. La plupart des autorités scientifiques s'accordent sur la datation du manuscrit et sur le fait que Valeriano serait l'auteur du texte original.
Un document manuscrit ancien évoquant les apparitions, daté du milieu du est XVIe siècle, est le Codex Escalada. Ce document est une feuille de parchemin manuscrite évoquant les apparitions de la Vierge Marie et la figure de Juan Diego. Le document contient également le glyphe d'Antonio Valeriano et il est accompagné de la signature de Fray Bernardino de Sahagún. Le parchemin contient les gloses suivantes : « 1548 Également en cette année de 1531 apparut à Cuahtlatoatzin, notre mère bien-aimée, la Dame de Guadalupe au Mexique. Cuahtlatoatzin mourut dignement ».
Le inin huey tlamahuizoltzin (« Voici la grande merveille »), est un manuscrit considéré comme antérieur au Nican mopohua et donc contemporain des apparitions. Ce texte en nahuatl relate lui aussi les apparitions, même s'il ne cite pas expressément le nom de Guadalupe.
Un autre document manuscrit ancien, daté de 1556, fait référence aux apparitions, sans les citer directement (ni le caractère « miraculeux » de la tilma), il s'agit de l'enquête réalisée par l'évêque Mgr Montufar concernant des accusations « d’idolâtrie » faites par des Indiens dans une chapelle à Tepeyac, concernant l'image de Notre-Dame de Guadalupe. Il s'agit en fait d'un conflit entre l'évêque, qui soutient la dévotion à la Vierge de Guadalupe et le frère franciscain Francisco de Bustamante qui la condamne. L'enquête menée par l'évêque (sur les déclarations en chaire du religieux, sera interrompue par la mort de l'évêque. Ce document, oublié, est retrouvé en 1846. Il atteste d'une dévotion « spécifique » à la « Vierge de Guadalupe » dans la chapelle de Tepeyac, dès 1556.
Le Codex Saville (ou Codex Tetlapalco) est un calendrier illustré, découvert au Pérou en 1924, et présentant une image de Notre-Dame de Guadalupe. Il est daté du milieu du XVIe siècle. Enfin, le chevalier Lorenzo Boturini, dans son ouvrage Catalogo del Museo Historico Indiano cite plusieurs manuscrits en nahuatl évoquant la Vierge de Guadalupe (et ses apparitions), mais ceux-ci ne sont pas parvenus jusqu'à nous.
L'un des premiers récits imprimés de l'histoire des apparitions de la Vierge de Guadalupe et de l'image sur la tilmatli se trouve dans le livre Imagen de la Vierge Marie, Madre de Dios de Guadalupe, publié en 1648 (soit plus d'un siècle après les faits) par Miguel Sánchez (es), prêtre diocésain de Mexico.
Un autre récit des apparitions a été publié en langue nahuatl l'année suivante à Mexico : le Huei tlamahuiçoltica (« Le grand événement »). Ce document contient une section appelée Nican mopohua (« Voici raconté »), qui relate le récit complet des apparitions. La publication et la rédaction du Huei tlamahuiçoltica sont attribuées par une majorité des historiens à Luis Laso de la Vega, vicaire du sanctuaire de Tepeyac de 1647 à 1657. Néanmoins, la partie la plus importante de la publication, le Nican mopohua, est beaucoup plus ancienne et elle est datée de 1550 environ (Chiron indique même 1540).
En 1666, l'érudit Luis Becerra Tanco publie au Mexique un livre sur l'histoire des apparitions sous le nom « Origen milagroso de santuario de Nuestra Señora de Guadalupe », qui fut republié en Espagne en 1675 sous le titre « Felicidad de Mexico en la admirable aparición de la virgen María de Guadalupe y origen de su milagrosa Imagen, que se venera extramuros de aquella ciudad ». Enfin, en 1688, le père jésuite Francisco de Florencia publia « La Estrella del Norte de México » donnant le récit des mêmes apparitions.
En 1519, Hernán Cortés débarque sur la cote du Mexique et fonde une première ville : Veracruz. De là il monte jusqu'à Mexico qu'il conquiert définitivement en 1521, mettant fin à l'empire Aztèque. Après la conquête définitive de Mexico (en 1521), les Espagnols détruisent les temples aztèques, interdisent les cultes aux anciens dieux et commencent la christianisation des populations indigènes. Les Mexicains commencent à être baptisés et découvrent la foi catholique.
Près de Mexico, sur la colline de Tepeyac, un culte à une divinité aztèque était établi (avant l'arrivée des Espagnols) : une déesse appelée « Ilamatecuhtli » ou « Cuzcamiauh » y était adorée dans un temple dédié. Différentes sources historiques et archéologiques donnent plusieurs noms à cette divinité comme « Tlatzoichpochtli » (la « jeune fille précieuse »), « Tonan » (« notre mère ») mais elle était également connue sous les noms d'« Ilamatecuhtli » (« La vieille femme ») ou de « Cuzcamiauh » (littéralement « épis de maïs » ou « Maïs en collier de fleurs », avec les variantes « Cozcamiauh » et « Cozcamiahuatl ».
En 1519, juste avant l'arrivée des conquistadors, on estime à 25 millions la population au Mexique, dont 1,5 million d'Indiens dans la vallée de Mexico. À la fin du XVIe siècle, il ne reste environ que 70 000 Indiens dans la vallée de Mexico, régulièrement au cours du siècle, les épidémies (peste et autres) ravagent la population, faisant des centaines de milliers de morts.