Les apparitions mariales de Kibeho désignent les apparitions de la Vierge Marie survenues à Kibeho, un petit village du sud du Rwanda, du 28 novembre 1981 au 28 novembre 1989. La Mère de Jésus serait apparue à trois jeunes filles durant plusieurs années. Ces apparitions, dont le message porte sur la prière et sur une guerre prochaine (génocide des Tutsi au Rwanda), ont d'abord été l'objet de méfiance de la part de l'entourage des voyantes.
En plus des trois premières jeunes filles (Alphonsine, Nathalie et Marie-Claire), qui seront reconnues par l’Église catholique, plusieurs autres « présumés voyants » se déclarent. Les autorités catholiques, très réservées au départ, ouvrent une commission d'enquête canonique sur ces événements et sur les présumés voyants. Seuls trois voyants seront finalement reconnus officiellement, et uniquement pour les « apparitions ayant eu lieu en public ».
En 1988, l'évêque de Butare, autorise le culte public de Notre-Dame de Kibeho, dénomination de la Vierge Marie telle qu'elle serait apparue dans cette ville. Une chapelle est mise en construction en 1992. La ville devient un important site de pèlerinage national et international.
Le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 n'épargne pas la ville des apparitions, et dix mille personnes sont tuées dans l'église paroissiale de la ville. Une fois la paix revenue, et après une période de tension entre l’État et l’Église sur la redéfinition de la fonction de ce lieu chargé d'histoire, un accord est trouvé entre les deux parties. L'église est restaurée et elle devient un lieu de mémoire des massacres et de culte religieux.
Le 29 juin 2001, Augustin Misago, évêque du lieu, prononce au cours d'une grande messe concélébrée à la cathédrale de Gikongoro, et en présence du nonce apostolique au Rwanda ainsi que de nombreuses personnalités religieuses et de fidèles, le décret de reconnaissance officielle de ces apparitions, au nom de l'Église catholique. Cette reconnaissance officielle renforce le succès populaire de ce qui devient un grand centre de pèlerinage connu dans le monde entier.
Au cours des années 1980, le Rwanda est un pays réputé paisible et le plus christianisé d'Afrique. Un ouvrage rédigé en 1985 décrit la vie « harmonieuse » du pays des mille collines comme « Un vaste jardin verdoyant parsemé de paroisses campagnardes, havres de paix, d'équilibre et de sérénité ». Mais des tensions existent de longue date entre les deux ethnies composant le pays : les Hutus et les Tutsis.
Un racisme s’est développé depuis longtemps dans la société rwandaise, et des luttes de pouvoir complexes au sein du gouvernement entraînent une propagande qui « inspire la violence ». Le premier président hutu du Rwanda indépendant, avait organisé les premiers pogroms dès la fin de la décolonisation. Le calme précaire qui règne sur le pays, lors des premières apparitions, dissimule mal la mémoire de ces massacres passés qui sont restés impunis. Dans le pays, « l'exclusion des Tutsis (minoritaires), se faisait alors au quotidien, dans le silence » .
Les apparitions vont se dérouler dans un collège d'étudiants tenu par des sœurs de la congrégation religieuse des Benebikira à Kibeho. Bien que le collège soit tenu par trois religieuses, aidées de quelques laïcs, l'ambiance générale est peu religieuse : il n'y a même pas de chapelle dans l'établissement. Le collège héberge à cette date cent vingt filles internes, réparties en trois classes qui les préparent à devenir secrétaires d'entreprise ou institutrices du primaire. Les voyantes ont de 16 à 21 ans au début des événements.
Premières apparitions à Alphonsine
Dans la journée du 28 novembre 1981, une jeune élève du collège de Kibeho, Alphonsine Mumureke, déclare voir « une dame » d'une beauté incomparable qui se serait présentée à elle comme la « Mère du Verbe ». Elle l'identifie aussitôt comme la Vierge Marie. Le phénomène va se reproduire à de nombreuses reprises, que ce soit en privé ou en public. La Dame lui aurait demandé de prier avec sincérité et l'aurait invité à pousser ses compagnes à se convertir et à redoubler de foi. L'apparition est décrite comme « une belle femme - ni blanche ni noire - flottant au-dessus du sol dans une robe fluide sans couture, avec un voile qui couvrait ses cheveux. Elle ne portait pas de chaussures ».
Les premières réactions ne se font pas attendre. Elles sont pour la plupart méfiantes, notamment de la part des professeurs du collège et des autres élèves. On dit d'Alphonsine qu'elle est « folle ou même en proie à de mauvais esprits, à de la sorcellerie ». On cherche alors des preuves pour démontrer que tout cela n'est qu'une supercherie. Au moment des extases, élèves comme professeurs ont le droit de procéder à tous types de tests sur Alphonsine pour la mettre à l'épreuve et ainsi vérifier si elle est vraiment dans un état extatique.
Comme on considère Alphonsine comme une hystérique ou une possédée, nombreux sont ceux qui envisageraient de prendre plus au sérieux ces « apparitions » si la Dame apparaissait également à d'autres élèves. Alphonsine aurait donc prié la Dame de se manifester à d'autres personnes pour que tout le monde croie en sa parole.
Apparitions à d'autres jeunes filles
Rapidement, deux autres élèves du collège assurent avoir vu la Dame. Il s'agit de Nathalie Mukamazimpaka, à partir du 12 janvier 1982, et de Marie-Claire Mukangango à partir du 2 mars 1982. L'opinion publique change progressivement. Nathalie étant une jeune fille studieuse, discrète et pieuse, la population estime qu'elle n'est pas folle et ne ferait certainement pas l'objet de possession. Quant à Marie-Claire, c'est elle qui critiquait Alphonsine et qui « montait les autres élèves contre la voyante ». Marie-Claire faisait également courir des rumeurs de possession et de sorcellerie (sur la présumée voyante). Son changement d'attitude et le fait qu'elle aussi déclare voir la Dame, consternent les professeurs et amènent les élèves du collège à porter de plus en plus de crédits aux affirmations de la voyante.
Le 6 mars 1982, selon Marie-Claire Mukangango, la Vierge Marie lui aurait enseigné le chapelet des sept Douleurs, comme elle lui aurait promis 3 jours auparavant. Ce jour-là, Marie aurait dit qu'elle désirait qu'il soit remis à l'honneur et aurait donné à Marie-Claire la mission de le propager dans le monde entier. Le 31 mai 1982, toujours selon Marie-Claire, la Vierge aurait promis du chapelet des sept Douleurs que s'il était récité en le méditant, il donnerait « la force de se repentir » et elle lui aurait expliqué des grâces liées à ce dernier.
Même si les critiques et la méfiance restent vives, un groupe d'élèves et de professeurs assistent à des réunions avec les présumées voyantes où l'on récite le chapelet. Bientôt, la nouvelle se répand en dehors du collège et du village. On vient de la région entière pour voir les présumées voyantes mais surtout assister aux apparitions publiques. Les 31 mai et 15 août 1982, on compte environ dix mille personnes venues assister aux présumées apparitions.
Les premières apparitions publiques se font dans la cour de l'école, sur la « place des apparitions ». Des foules de plus en plus nombreuses vont s'y rassembler. Pour éviter les bousculades dans la foule, et permettre à tous les pèlerins de suivre l'événement, l'Office Rwandais d’information installe de grands haut-parleurs pour « que tout le monde puisse suivre sans problème la "conversation" engagée entre les voyantes et le personnage invisible ». Un podium est même construit par des bénévoles, avec le concours de l'évêque, afin que tout le monde puisse voir les voyantes. Ce podium entre en service le 15 août 1982.
Durant l'apparition du 25 juin 1982, la Vierge annonce à Alphonsine qu’elle reviendrait le 15 août. Compte tenu de cette annonce anticipée de sa venue le jour de sa fête de l’Assomption, beaucoup de personnes pensent qu'il va y avoir un « miracle ». Et donc des foules nombreuses, venant de tout le pays et des pays voisins, se rendent sur le site des apparitions.