L'Antonov An-225 Mriya (en ukrainien : « Ан-225 Мрія », signifiant « aspiration », « désir ardent vers un objectif » ou « rêve » en français, Code OTAN : Cossack) est un avion de transport très gros porteur, conçu dans les années 1980 en unique exemplaire par l'OKB Antonov en République socialiste soviétique d'Ukraine. Il est développé à l'origine comme un agrandissement de l'Antonov An-124 pour transporter la navette spatiale soviétique OK-1.01 et son lanceur Energuia avant l'annulation du programme spatial Bourane en 1993. Après avoir rempli avec succès plusieurs missions militaires, l'avion est mis sous stockage pendant huit ans. C'est seulement en 2000 que l'avion est remis en état et affrété par la compagnie Antonov Airlines pour le transport de charges exceptionnelles par voie aérienne.
Cet avion aux dimensions impressionnantes est le plus long et le plus lourd avion du monde, et le troisième en envergure, derrière le Stratolaunch (117 m) et l'hydravion H-4 Hercules (97,54 m). Il est capable de transporter des charges volumineuses pesant jusqu'à 250 tonnes avec une autonomie de 4 000 à 14 500 km selon la charge. Un deuxième exemplaire était en cours de construction à la fin des années 1980, il devait servir pour des tests statiques. Assemblé à environ 70 %, il lui manque les systèmes de propulsion, hydraulique et informatique.
Le 27 février 2022, trois jours après le début de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, l'avion qui est entreposé dans un hangar de l'aéroport de Hostomel, situé au nord de Kiev, est détruit par deux bombes durant l'assaut des forces russes sur l'aéroport.
Le 9 novembre 2022, le PDG d'Antonov annonce la reconstruction d'un deuxième An-225 en réutilisant 30 % des pièces du premier exemplaire détruit. L'assemblage sera réalisé dans un lieu tenu secret et le nouvel appareil ne sera présenté qu'une fois le conflit russo-ukrainien terminé.
L'avion-cargo géant Antonov-225 est conçu dans les années 1980 pour répondre aux besoins du programme spatial soviétique. L'Union soviétique décide au milieu des années 1970 de construire une navette spatiale baptisée Bourane en réponse à la navette spatiale américaine en cours de développement. Mais il faut régler le problème du transport de la navette spatiale entre le lieu de sa fabrication (Kouïbychev (aujourd'hui Samara)) et la base de lancement de Baïkonour située au milieu d'un désert. Le diamètre de la navette spatiale russe est incompatible avec le gabarit ferroviaire soviétique limité à 4,5 mètres. Plusieurs solutions sont envisagées puis rejetées comme le transport par péniche sur la Volga jusqu'à son embouchure puis le transport par voie ferrée sur une ligne créée à cet effet (trop couteux) ou le transport sous élingues par un hélicoptère géant MI-26 (trop dangereux, rayon d'action limité).
Les ingénieurs soviétiques décident de reprendre la solution de leurs homologues américains : le transport à dos d'avion. Mais contrairement à la NASA qui peut aménager un Boeing 747 pour son besoin, l'Union soviétique ne dispose pas à l'époque d'un avion de transport adapté. On envisage de construire un super-avion comme le Gerakl, un triplan de 900 tonnes, mais ce projet, jugé trop ambitieux, est abandonné. Les trois plus gros avions de transport soviétiques sont à l'époque l'Antonov An-22, le Tupolev Tu-95 et l'Iliouchine Il-76 mais le TU-95 et l'IL-76 ont une dérive centrale qui ne permet pas de transporter une charge volumineuse sur le fuselage car celle-ci masque la dérive et génère de l'instabilité aérodynamique. Par contre, l'An-22, qui dispose d'un double empennage pourrait être utilisé après un certain nombre de modifications. Mais c'est finalement le Miassichtchev VM-T, version dérivée d'un bombardier qui est retenu en décembre 1977 bien que beaucoup plus petit que les avions précédents. Mais, du fait de sa moindre capacité (50 tonnes), la navette spatiale est placée sur le dos de l'avion dans un état d'achèvement partiel (sans ses moteurs et les tuiles du bouclier thermique) pour abaisser le poids. L'étage Energia qui doit placer en orbite la navette spatiale et qui souffre du même problème de taille (diamètre de 7,75 mètres) est transporté par morceau à Baïkonour avant d'y être assemblé. Deux avions VM-T Atlant (Atlas en russe) sont utilisés pour transporter les maquettes du lanceur et de la navette puis les modèles de vol entre 1982 et 1988.
L'utilisation des avions VM-T, mal adaptés, n'est pas pérenne et le constructeur aéronautique soviétique Antonov propose de développer un avion de transport géant pour remplir cette tâche. L'Antonov An-225 doit avoir une masse maximale au décollage de 640 tonnes et une capacité d'emport de 250 tonnes. Son architecture repose sur celle de l'avion de transport An-124 mais avec des dimensions beaucoup plus importantes, six moteurs au lieu de quatre, et un double empennage, bien dégagé des turbulences engendrées par la charge portée sur le dos. Sa capacité lui permet de transporter le lanceur Energia complet ou la navette Bourane en état d'achèvement. Il est également conçu pour servir de plateforme de lancement de lanceur aéroporté (projet MAKS). Le constructeur qui est basé en Ukraine décide de lui donner un nom ukrainien: Mriya (« Rêve » en ukrainien). Le développement est approuvé en mai 1987.
L'avion effectue son premier vol à Kiev le 21 décembre 1988. Au cours d'un vol de 3 h 30 min, le 22 mars 1989, l'An-225 bat 106 records du monde dont ceux de la masse maximale au décollage avec 508 200 kg, de la charge utile avec 156 300 kg et de l'altitude maximale avec charge en atteignant 12 340 m. Quelques jours plus tard, le 13 mai 1989, il décolle en portant la navette spatiale Bourane et participe au salon du Bourget en juin 1989.
Annulation du programme Bourane (1993)
La navette Bourane a effectué son premier vol (sans équipage) le 15 novembre 1988, soit 15 jours avant le premier vol de l'An-225. Mais la crise économique qui secoue l'Union soviétique depuis plusieurs années, puis la dissolution de l'Union soviétique qui intervient fin 1990 entraine le gel du programme Bourane. Deux vols prévus en 1990 et 1992 sont annulés et en juin 1993 le président Eltsine annonce l'abandon du programme qui avait couté 20 milliards de roubles. L'An-225, qui n'a jamais eu l'occasion de remplir son rôle n'a plus de raison d'être. Le seul An-225 construit est remisé en 1994, et ses six réacteurs sont déposés pour être réutilisés sur des An-124. La construction du second appareil est arrêtée.
Réactivation comme avion de transport de charges exceptionnelles
L'An-225 est remis en état au printemps 2001 et réapparait au salon du Bourget cette même année. Il est désormais exploité par la compagnie ukrainienne Antonov Airlines pour le transport de charges particulièrement lourdes ou encombrantes. Symbole important en Ukraine, il participait tous les 24 août au défilé aérien de la fête nationale ukrainienne. A l'aéroport international de Tianjin Binhai (Chine), il dispose sur "son" point de chargement / déchargement / stationnement d'un marquage au sol indiquant : AN 225.
Après un an et demi d'amélioration, il effectue un vol d'essais le 25 mars 2020.
Projets de relance de la chaîne de fabrication
Plusieurs projets de relance de la fabrication de l'avion sont lancés mais aucun n'aboutit :
La construction d'un deuxième exemplaire avait été entamée dans les années 1980 puis interrompue en 1994 faute de commande ferme. La rénovation de ce second appareil jusqu'alors remisé, avait été entamée en 2006 mais le projet est repoussé en 2008, puis finalement abandonné l'année suivante, l'appareil restant inachevé.
Le 30 août 2016, un accord est annoncé entre Antonov et l'industriel aéronautique chinois Aviation Industry Corporation of China afin de permettre la production de nouveaux exemplaires en Chine à partir de 2019, avec la finalisation du second appareil inachevé en Ukraine d'ici 2021 au plus tôt. Ce projet ne s'est toutefois jamais concrétisé.
Une version disposant d'une capacité d'emport encore plus grande, l'An-325, a été proposée par les bureaux d'études Antonov à la fin des années 1980 pour servir de plate-forme de tir pour des systèmes de transport spatiaux nationaux, comme la mini-navette MAKS soviétique, ou étrangers, comme le HOTOL britannique. Reprenant comme base le modèle 225, cet avion aurait été doté de deux réacteurs supplémentaires. Tout comme les deux avions spatiaux précédemment cités, le 325 n'a pas dépassé le stade de la soufflerie.