Anton Pannekoek, né le 2 janvier 1873 à Vaassen (Pays-Bas) et mort le 28 avril 1960 à Wageningue, est un scientifique, astronome, astrophysicien et théoricien marxiste néerlandais.
Il participe au développement du mouvement communiste aux Pays-Bas et en Allemagne et devient dans les années 1920 une figure du communisme de conseils, opposé aux conceptions de Lénine.
Militant de l'aile gauche de la IIe Internationale, ses positions le rapprochent de Rosa Luxemburg. Son courant de pensée a notamment été appelé « Gauche communiste germano-hollandaise ».
Dès 1914 et quoique néerlandais, il aurait été l'un des « théoriciens marxistes les plus appréciés en Allemagne ».
Opposant résolu à la Première Guerre mondiale, il rejoint dès 1919 la Troisième Internationale, dont il est exclu en 1921 en raison de ses positions de « communiste de gauche » et de son opposition à l'autoritarisme de Lénine.
Il est influencé par le mouvement radical des conseils de travailleurs, et par la pensée de Karl Marx et Friedrich Engels. Il est également influencé et admiratif de la pensée de Joseph Dietzgen, un ouvrier tanneur et philosophe socialiste autodidacte prussien ayant développé de manière indépendante une philosophie proche du matérialisme dialectique avant de découvrir les travaux (et d'être en contact) avec Marx et Engels. Pannekoek va jusqu'à considérer Dietzgen comme l'un des membres fondateurs du marxisme, avec Marx et Engels, notamment dans un article de 1913 :Le socialisme actuel s'appuie consciemment, dans toutes ses actions et déclarations, sur la science que nous devons à Marx, et chaque courant se réfère à lui, ne serait-ce que pour tenter de le dépasser. On ne peut pas en dire autant de Joseph Dietzgen, décédé il y a vingt-cinq ans, le 15 avril. Il y a encore dix ans, il fallait souligner son importance pour le socialisme scientifique comme une nouveauté, et ce n'est qu'au cours de ces dernières années que l'idée s'est imposée que Dietzgen est, avec Marx et Engels, le troisième fondateur de la science socialiste. Il a contribué, en tant que chercheur indépendant, à jeter les bases de la science sur laquelle s'appuie le mouvement ouvrier socialiste.Communiste de conseil, il rejette le stalinisme dès son apparition, convaincu d'emblée que ce courant n'a plus de rapport avec le marxisme. Il considère le régime de l'URSS non comme une forme de socialisme, même déformée, mais comme un capitalisme d'État. Il estime, comme Karl Marx et Rosa Luxemburg, que le communisme ne peut résulter que d'un processus révolutionnaire, aboutissant à un accroissement considérable de la démocratie et à la collectivisation des moyens de production. Il propose notamment d'étendre les libertés, de responsabiliser les individus afin de prévenir les dérives autoritaires d'une minorité (que serait l'avant-garde prônée par Lénine).
Pendant la Seconde Guerre mondiale il rédige son ouvrage majeur, Les Conseils ouvriers, publié en 1946 en deux parties sous le pseudonyme de P. Aartsz. En 1944, alors qu'il rédige cet ouvrage, la plus grande partie de ses archives brûle lors de la bataille d'Arnhem. Pannekoek restera fidèle à ses convictions et correspondra par exemple avec Cornelius Castoriadis. Son autobiographie Souvenirs est parue 22 ans plus tard aux Pays-Bas.
Il a suivi des études scientifiques, obtenant son doctorat en 1902. Professeur au sein de l'université d'Amsterdam, il y a fondé un Institut d'astronomie qui porte aujourd'hui son nom. Docteur honoris causa de l'université Harvard, il a reçu en 1951 la médaille d'or de la Royal Astronomical Society. Un cratère lunaire de 71 km de diamètre porte son nom, ainsi que l'astéroïde (2378) Pannekoek. Il est également l'auteur d'une Histoire de l'astronomie, publiée en néerlandais puis traduite en anglais.
Associant photographies, annotations, diagrammes et dessins, il a développé une méthode permettant de représenter la Voie lactée. Considérant qu'aucune représentation ne nous rapproche mieux de la vérité que si l'on prend conscience que notre perception nous trompe, il préférait mettre à distance la photographie sans pour autant la négliger comme outil d'observation. Cette recherche aboutit à des planches d'une beauté plastique et poétique indéniable, alors qu'elles sont menées avec la plus grande rigueur scientifique.
Participation au mouvement socialiste marxiste avant 1914
Pannekoek adhère au Sociaal-Democratische Abeiderpartij (Parti ouvrier social-démocrate hollandais) en 1901.
Il se retrouve dès le début dans l'aile gauche de ce parti, aux côtés notamment de Herman Gorter et Henriette Roland-Holst.
En 1903 de grandes grèves éclatent aux Pays-Bas ; elles entrainent une accentuation de l'opposition entre gauche et droite dans le Parti. La gauche fonde De Tribune en 1907. En 1909 la scission est consommée. Le nouveau parti, le Sociaal-Democratisch partij (Parti social-démocrate) ne compte que quatre cents membres. Ce parti prônait des campagnes d'agitation en milieu ouvrier et une attitude de contestation pure et simple au Parlement.
Pannekoek, qui s'était déjà taillé une forte réputation de théoricien, ne participa pas sur place à ces événements car il était parti pour l'Allemagne en 1906, abandonnant pour un temps sa carrière universitaire. Il devait donner des cours à l'école que le Parti social-démocrate venait de créer à Berlin. La police prussienne s'y opposa (satisfaisant du même coup les désirs plus ou moins avoués de la droite du Parti qui trouvait Pannekoek "doctrinaire").
Pannekoek dut donc devenir propagandiste, journaliste et conférencier, rétribué par le Parti. Sa réputation de théoricien ne fit que grandir.
Outre l'insistance qu'il met sur la nécessité de la conscience de classe dans la lutte révolutionnaire, il critique la pratique et la théorie officielle du Parti social-démocrate. Il y voit l'influence des classes moyennes.
Pannekoek énonce même une théorie de l'aristocratie ouvrière, qui a fait voir en lui un précurseur de Lénine sur ce point (théorie qu'il a abandonné par la suite, pour insister davantage sur la division du prolétariat en catégories par le système capitaliste, division qui aide au maintien de l'exploitation par son côté anti-unitaire). Il fait également remarquer qu'à l'Est, la bourgeoisie naissante cherche à adapter le socialisme à ses propres intérêts. À ces évolutions il faut selon lui répondre par une exaltation de l'action de masse qui est le facteur de cohésion qui permettra le développement des forces nécessaires.
En 1910 des luttes actives accompagnées de manifestations de rue renforcent la gauche, du moins dans les grandes villes. A Brème celle-ci est fortement implantée et détient le journal Bremer Burger Zeitung, auquel Pannekoek participe avec Karl Radek et Johann Knief. À la même époque Rosa Luxemburg commence une polémique contre Karl Kautsky : elle préconise la lutte pour une République en Allemagne, et le recours à la grève de masses. Pannekoek relance la discussion en publiant, en 1912, un article dans la Neue Zeit, l'organe théorique du Parti : Action de masse et Révolution. La contribution de Pannekoek dans cette polémique fut aussi marquante que celle de Rosa Luxemburg, en ce qu'elle forçait Kautsky à se « démasquer », à prôner ouvertement la tactique suivie par la social-démocratie, c'est-à-dire : faire mener la lutte par des délégués responsables, prenant des décisions, négociant avec les autorités au nom des masses, ne faisant que de temps en temps appel à l'action de celles-ci pour soutenir leur action propre.