Antoinette Fouque est une militante féministe et une figure historique du Mouvement de libération des femmes (MLF), née Antoinette Grugnardi le 1er octobre 1936 à Marseille et morte le 20 février 2014 dans le 5e arrondissement de Paris. Avec des militantes du MLF , elle fonde les Éditions des femmes dont elle devient l'éditrice, ainsi que la collection de livres audio « Bibliothèque des voix ». Elle est psychanalyste, essayiste, politologue et femme politique.
Son père, Alexis Grugnardi, est militant syndicaliste, communiste et libertaire. Sa mère, d'origine italienne, émigre de Calabre en France pour des raisons économiques et s'installe dans un quartier populaire de Marseille.
Après des études de lettres à Aix-en-Provence, Antoinette Grugnardi se marie avec René Fouque. Elle rejoint Paris pour faire des études de lettres à la Sorbonne. Dans les années 1960, elle s'inscrit à l'EPHE en vue d'une thèse sur les avant-gardes littéraires, qu'elle n'a jamais terminée selon ses propres dires, préférant l'engagement militant aux côtés des femmes, mais passe selon elle un « DEA avec Roland Barthes ». C'est lors d'un séminaire de Barthes, en janvier 1968, qu'elle rencontre Monique Wittig.
Elle donne naissance à une fille, Vincente, en 1964. Cela contribue à lui faire prendre conscience des difficultés qui s'imposent aux femmes dès lors qu'elles sont mères et mariées, particulièrement dans le milieu intellectuel. Elle dit également avoir pris conscience de l'irréductibilité de la différence de sexes et de la compétence spécifique des femmes qu'est la gestation.
Engagement pour les droits des femmes
Antoinette Fouque s'étonne du machisme ambiant dans les milieux intellectuels et militants à l’époque de mai 1968, et c'est ce constat qui est à l'origine de son engagement dans le Mouvement des femmes. Dès 1968, elle participe, aux côtés de l'écrivaine Monique Wittig à l'un des différents groupes qui finissent par converger pour former le Mouvement de libération des femmes, dont les premières manifestations publiques datent de 1970.
Le MLF ne se veut ni une organisation, ni une association (pas de carte, pas de bureau d'élus, pas de représentante), mais un lieu de discussions et de prises de parole individuelles de femmes entre elles, le collectif étant non-mixte.
Au sein du MLF, elle anime la tendance « Psychanalyse et politique », un lieu de réunion et de paroles luttant pour la libération des femmes dans une perspective à la fois psychanalytique et révolutionnaire. Cette articulation de l'inconscient et de l'histoire - psychanalyse et politique- a fait la spécificité d'une partie du mouvement français. En avril 1971, elle signe le Manifeste des 343 pour le droit à l'avortement.
Antoinette Fouque affirme qu'« il y a deux sexes », titre de son premier recueil, et affirme « le mouvement de libération des femmes est un mouvement qui s'attaque à l'omnipotence d'une culture phallocentrée, c'est-à-dire qu'il fallait déconstruire ».
Antoinette Fouque propose l'existence d'une libido spécifiquement féminine « située à un stade génital post-phallique », de type oral-génital : une « libido utérine » ou « libido femelle » qu'elle nomme « libido 2 », puis, dans les années 2000, « libido creandi ». Elle souhaite poser ainsi les bases d'une théorie de la génitalité au seuil de laquelle Sigmund Freud et Jacques Lacan se seraient arrêtés. Articulant psychanalyse et politique, elle estime qu'au fondement de la misogynie, il y a l'envie primordiale de la capacité procréatrice des femmes, qu'elle nomme « envie de l'utérus ». Selon Bibia Pavard, pour Fouque, le désir féminin comme « envie de pénis » d'après Freud est une réduction et un écran à ce qu'elle nomme l'« envie d'utérus » chez les garçons.
Selon la psychanalyste Martine Menès, Lacan s'est intéressé aux débats du MLF mais a rejeté la notion de libido spécifiquement féminine propre à Fouque sans pour autant nier la spécificité d'une sexualité féminine.
Antoinette Fouque s'oppose à l'idée que les femmes sont des hommes inachevés et dans laquelle elle voit la source de la misogynie, induisant selon elle « dans tous les champs, les violences réelles et symboliques infligées aux femmes ». Cette dimension d'analyse politique intégrée à l'approche de la psychanalyse caractérise ce nouveau « champ épistémologique en sciences des femmes » baptisé par Antoinette Fouque « féminologie ».
Comme le dit Élisabeth Roudinesco dans La Bataille de cent ans : « Le courant [du MLF] qu’elle représente est, du reste, le seul à interroger réellement le discours freudien sans le rejeter d’emblée sous l’étiquette d’un pur et simple phallocratisme, comme le font bon nombre de beauvoiriennes ». Elle ajoute : « Pour elle on ne devient pas femme, on est femme. Mais aussi bien se retrouve-t-on femme en dépassant le stade phallique ou féministe, d’une sexualité faite à l’image du phallus paternel ».
Par ailleurs, Antoinette Fouque « insiste sur la « production de vivant » comme apport fondamental des femmes à l'humanité » comme l'écrit la psychanalyste française Janine Chasseguet-Smirgel.
Formation et pratique de la psychanalyse
Selon Élisabeth Roudinesco, elle rencontre Jacques Lacan, suit une partie de ses séminaires dès 1969 et commence une analyse avec lui, tandis que, selon son gendre, le psychanalyste Jacques-Alain Miller, qui a interrogé Gloria Gonzalez-Yeroda, la secrétaire de Lacan de 1948 à sa mort, la réponse fut : « Je l'ai vue 3 ou 4 fois rue de Lille », et elle aurait donc peu fréquenté son cabinet. Elle s'exerce comme psychanalyste, à partir de l'année 1971 selon ses dires, tout en refusant d'appartenir à l’École freudienne de Paris.
En 1972, elle participe avec des femmes du MLF à une « UV sauvage » sur la sexualité féminine au département de psychanalyse de l'université de Vincennes, animée par Luce Irigaray, avec qui elle entame une analyse.
En 1977, Serge Leclaire, qui considère que le mouvement du MLF mené par Antoinette Fouque, Psychanalyse et Politique, ranime le mouvement psychanalytique en y introduisant « le corps et l'altérité », propose à Jacques Lacan de tenir un séminaire dans le cadre de l'École freudienne de Paris avec Antoinette Fouque, ce que Lacan refuse. En 1983, elle quitte la France et s'exile aux États-Unis où elle dit avoir pratiqué la psychanalyse auprès de patients français et canadiens.