Ce Jour-là

Antoine de Lamothe-Cadillac

Aventurier français, fondateur de Détroit, gouverneur de la Louisiane (1658-1730)

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Antoine Laumet, né le 5 mars 1658 à Saint-Nicolas-de-la-Grave et mort le 16 octobre 1730 à Castelsarrasin, devenu Antoine de Lamothe-Cadillac à son arrivée en Amérique à 25 ans, est un aventurier et explorateur, commandant du fort de Michillimakinac en 1694. Il est connu comme le fondateur du Fort Pontchartrain du Détroit en 1701, future ville de Détroit, et comme gouverneur de la Louisiane.

Homme visionnaire, son ascension et sa réussite dans la société de la Nouvelle-France lui attirent autant de soutiens que d'antipathies.

Son nom est donné à la célèbre marque automobile américaine Cadillac en 1902, à la suite des commémorations du bicentenaire de la fondation de Détroit.

Antoine Laumet naît le 5 mars 1658 à Saint-Nicolas-de-la-Grave, dans cette partie de la Gascogne au nord de Toulouse qui deviendra le département de Tarn-et-Garonne sous le Premier Empire. Il est le fils de Jean Laumet et de Jeanne Péchagut. Son père, né à Caumont, est avocat au parlement de Toulouse ; il est nommé lieutenant du juge à Saint-Nicolas-de-la-Grave par le cardinal de Mazarin en 1652, puis juge en 1664. Sa mère est la fille d'un marchand et propriétaire terrien.

Aucun document ne permet de connaître la jeunesse d'Antoine Laumet. Mais les différentes correspondances qu'il rédige plus tard montrent un esprit cultivé qui incite à penser qu'il a suivi des études, vraisemblablement dans un établissement tenu par des jésuites, qui lui ont permis de connaître la théologie, le droit, l'agriculture, la botanique et la zoologie. Par ailleurs, dans l'état de services qu'il rédige à son retour de Louisiane, il affirme s'être engagé en 1675, à 17 ans, comme cadet au régiment de Dampierre, à Charleroi. Il indique que deux ans plus tard, il est officier au régiment de Clairambault, à Thionville, et que, en 1682, il rejoint le régiment d'Albret, à Thionville. Toutefois, ces états de services ne sont pas confirmés et il apparaît qu'ils ressemblent davantage à ceux de son frère aîné François. Son niveau d'étude semble en outre antagoniste avec une telle carrière militaire. Quoi qu'il en soit, à 25 ans, il semble qu'il se commette dans une histoire assez louche pour être obligé de quitter la France et de se forger une nouvelle identité. Quatre hypothèses peuvent expliquer ce départ soudain :

des difficultés financières en raison du procès perdu par son père contre un avocat de Castelsarrasin ;

une déchéance statutaire du fait de la perte de soutien de son père après la mort du cardinal de Mazarin ;

la fin de la tolérance à l'égard des réformés qui les oblige à quitter le pays ou à se renier en se convertissant ;

un fait divers qui fait d'Antoine un criminel ou un hors-la-loi.

Il est certain qu'Antoine Laumet effectue la traversée par des voies détournées, aucune liste officielle d'embarquement maritime n'indiquant sa présence sur un navire en partance d'un port français.

Nouveau Monde, nouvelle identité

En 1683, Antoine Laumet arrive donc à Port-Royal, la capitale de l'Acadie. Au cours des quatre années qui suivent, il parcourt son nouveau pays de long en large, et élargit ses explorations à la Nouvelle-Angleterre et à la Nouvelle-Hollande, poussant jusqu'à la Caroline et se familiarisant avec les langues et les coutumes indiennes. Il entre probablement en relation d'affaires avec Denis Guyon, un marchand de Québec. Le 25 juin 1687, il en épouse la fille, Marie-Thérèse, âgée de 17 ans. L'acte de mariage est le premier document où figure sa nouvelle identité. Il se fait alors appeler « Antoine de Lamothe, écuyer, sieur de Cadillac », et il signe du paraphe « De Lamothe Launay ». En fait, comme beaucoup d'immigrés, il profite de son arrivée dans le Nouveau Monde pour se créer une identité capable de faire oublier les raisons qui l'ont chassé de France. Cette nouvelle identité « ne sort pas de son sac », comme il l'écrit lui-même. Antoine Laumet se souvient sans doute de Sylvestre d'Esparbès de Lussan de Gout, baron de Lamothe-Bardigues, seigneur de Cadillac, de Launay et du Moutet, conseiller au parlement de Toulouse. Il le connaît pour au moins deux raisons ; Bardigues, Cadillac, Launay et Le Moutet sont des villages et des lieux-dits proches de Saint-Nicolas-de-la-Grave (Tarn-et-Garonne), et Jean Laumet était avocat au parlement de Toulouse. Il est vraisemblable que les fils se sont connus au cours de leurs études. Fils cadet de la famille, Antoine s'identifie donc au fils cadet du baron en profitant de la proximité phonique de son nom et de celui de Launay : il peut ainsi se faire appeler Antoine de Lamothe-Launay. Il prend alors le titre d'écuyer qui correspond au rang que peut avoir le cadet de la famille, puis le titre de sieur de Cadillac, conformément à la coutume gasconne qui veut que le cadet prenne la succession de l'aîné à son décès. Il se forge ainsi une identité et une origine noble, tout en se préservant d'une éventuelle reconnaissance par quelqu'un qui l'aurait connu en France. Il présente par ailleurs ses propres quartiers de noblesse illustrés par des armoiries qu'il crée en associant le blason aux trois merlettes du baron de Lamothe-Bardigues et celui de la famille de Vir. Le mariage est fécond et les Lamothe-Cadillac ont six filles et sept garçons : Judith (1689), Magdeleine (1690), Marie Anne (1701-1701), ? (1702-1702), Marie-Thérèse (1704), Marie-Agathe (décembre 1707) et Joseph (1690), Antoine (1692), Jacques (1695), Pierre-Denis (1699-1700), Jean-Antoine (janvier 1707-1709), François (1709), René-Louis (1710-1714).

Un seigneur en Nouvelle-France : les Douacques

En 1688, il obtient du gouverneur Jacques-René de Brisay de Denonville la concession de la seigneurie des Douacques (qui deviendra la ville de Bar Harbor, État du Maine, centre de pêche réputé pour le homard et dominé par le mont Désert, devenu mont Cadillac). Sa concession ne pouvant lui apporter le moindre revenu agricole, il s'associe à des officiers de Port-Royal et s'adonne au commerce, activité qui est facilitée par la possibilité d'utiliser le navire des fils Guyon. En 1689, il est envoyé en expédition près de Boston. À son retour, il sollicite auprès du gouverneur d'Acadie, Louis-Alexandre des Friches de Méneval, un poste de notaire, ce qui lui assurerait un revenu minimum, mais sans succès. Cadillac se présente ensuite au gouverneur Louis de Buade de Frontenac à Québec qui l'envoie en mission d'exploration le long des côtes de la Nouvelle-Angleterre sur la frégate L'Embuscade, mais des vents contraires obligent le navire à rentrer en France.

Cadillac se retrouve en 1690 à Paris. Il pénètre l'entourage du ministre de la Marine, le marquis de Seignelay, puis de son successeur Louis II Phélypeaux, comte de Pontchartrain, qui le nomme officier des troupes de marine. À son retour à Port Royal, il apprend que l'amiral anglais William Phips s'est emparé de la ville et a fait prisonnier sa femme, sa fille et son fils. Ils sont libérés en échange de prisonniers anglais. En 1691, Cadillac rapatrie sa famille à Québec, mais leur navire est attaqué par un corsaire de Boston qui s'empare de tous leurs biens. Cadillac est promu lieutenant en 1692. Il est envoyé avec le cartographe Jean Baptiste Franquelin pour dresser des cartes des côtes de la Nouvelle-Angleterre en vue de préparer une attaque française sur les colonies anglaises. Il repart en France pour remettre les cartes et un mémoire au ministre Pontchartrain. En 1693, il reçoit une gratification de 1 500 livres pour son travail et il est renvoyé en mission pour compléter ses observations. Frontenac le promeut capitaine puis enseigne de vaisseau en 1694.

Il est alors nommé commandant de tous les postes des pays d'En-Haut et part prendre son commandement au Fort Buade ou Michillimakinac, qui contrôle tout le commerce des fourrures entre le Missouri, le Mississippi, les Grands Lacs et la vallée de l'Ohio. Cadillac donne une procuration à son épouse pour qu'elle puisse signer les contrats d'affaires et les actes notariés pendant son absence. En 1695, Cadillac part explorer la région des Grands Lacs et en dresse des cartes. Il découvre alors le détroit reliant le lac Huron et le lac Érié et imagine y installer un nouveau fort pour rivaliser avec les Anglais. À Michillimakinac, il entre en conflit avec les pères jésuites qui l'accusent de fournir de l'alcool aux Indiens, ce qu'un décret royal interdit. En 1696, pour pallier les difficultés du commerce des fourrures, le roi ordonne la fermeture de tous les comptoirs de traite, dont Michillimakinac. Cadillac rentre à Montréal. En 1697, il reçoit l'autorisation de rentrer en France pour présenter son projet d'établissement d'un nouveau poste au détroit au ministre Pontchartrain ; Frontenac sollicite pour lui le grade de lieutenant de vaisseau. Mais les notables canadiens s'opposent fortement à son projet de nouveau poste qui, selon eux, entraînerait la ruine de Québec et de Montréal. Ce n'est qu'en 1699 qu'il obtient le soutien de Pontchartrain pour la fondation du nouveau poste que le roi autorise en 1700, en en confiant le commandement à Cadillac.

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