Antoine-Henri, baron de Jomini, né le 6 mars 1779 à Payerne (Confédération des XIII cantons) et mort le 22 mars 1869 dans le 16e arrondissement de Paris (France), est un historien et théoricien militaire suisse, qui a fait partie des états-majors de l'armée napoléonienne et de l'Armée impériale russe.
Célébré de son vivant, il est un historien reconnu des guerres napoléoniennes et un théoricien de la stratégie militaire. Son Précis de l’art de la guerre, en particulier, est considéré au XIXe siècle comme le guide le plus méthodique et le plus complet sur les mécanismes des opérations militaires. Il a été enseigné dans les écoles d’état-major de Russie, du Royaume-Uni, d’Allemagne, de France, de Belgique et des États-Unis. Face aux critiques qui lui préfèrent les analyses de Clausewitz, Anguste Grouard affirma que « si Napoléon est le dieu de la guerre, Jomini est son prophète ».
Jomini naît le 6 mars 1779 dans le pays de Vaud (qui n'est alors pas encore un canton suisse). Il est le fils de Benjamin Jomini, Justicier (1774), notaire (1778), secrétaire de Payerne (1778), et de Jeanne Marcuard, de fille de François Daniel Gabriel, châtelain de Grandson, puis avoyer de Payerne. Sa famille est citée dans les archives de Payerne, sa ville natale, dès 1340, appartient à la bourgeoisie aisée et occupe depuis des générations des fonctions de banneret ou d'avoyer.
Dès ses douze ans, il est attiré par la carrière militaire et cherche à entrer à l'école militaire du duc de Wurtemberg à Montbéliard. Ce projet avorte en raison du déménagement de l'école à Stuttgart. Puis, quand peu après sa famille veut lui acheter une charge dans le régiment de Watteville, unité suisse alors au service de la France, mais la Révolution française y fait obstacle.
Jomini est alors envoyé par sa famille à Aarau pour se préparer à une carrière commerciale dans la « Pension mercantile pour jeunes Messieurs », qu'Emmanuel Haberstock y a fondée. Il travaille quelque temps dans une banque, à partir d'avril 1795 à Bâle (chez « Monsieurs Preiswerk »), puis en 1796 à Paris (banque Mosselmann, comme agent de change).
Il adopte, en 1864, sa nièce, Jeanne-Valérie-Louise Petit de Baroncourt, qui hérite du nom et du titre de Baronne de Jomini.
En 1798, Jomini devient secrétaire du ministre de la Guerre de la République helvétique, avec grade de capitaine, puis en devient l'adjoint en 1800 avec grade de major. Il démissionne en 1801 et rejoint de nouveau Paris, travaillant pour la manufacture de François Delpont (spécialisée dans les couvre-chefs, au 52 rue de Grenelle).
Auteur autodidacte, il est découvert en 1803 par le général Ney, qui l'aide à publier ses premières œuvres (Traité de grande tactique). Il intègre l'Armée française comme volontaire en 1804, parmi les aides de camp du maréchal Ney au camp de Boulogne et acquiert rapidement une renommée pour ses écrits. Il participe à la campagne d'Allemagne en 1805 au sein du 6e corps d'armée. En décembre 1805, installé à Schönbrunn, Napoléon se fait lire par Maret l'ouvrage de Jomini : « Que l'on dise que le siècle ne marche pas ! Voilà un jeune chef de bataillon, et un Suisse encore, qui nous apprend ce que jamais mes professeurs ne m'ont enseigné et ce que bien peu de généraux comprennent… Comment Fouché a-t-il laissé imprimer un tel livre ? Mais c'est apprendre tout mon système de guerre à mes ennemis ; il faut faire saisir ce livre et empêcher qu'il ne se propage. »
Jomini reçoit le grade d'adjudant-commandant (équivalent à colonel), puis est affecté fin septembre 1806 à l'état-major impérial pour la campagne de Prusse et de Pologne en 1806-1807, assistant aux batailles d'Iéna et d'Eylau. Il est récompensé de sa conduite lors de cette bataille par sa nomination au grade de chevalier de la Légion d'Honneur le 14 mai 1807. Pour le remercier de ses services, Napoléon le fait baron de l'Empire, par lettres patentes du 27 juillet 1808.
Il participe ensuite au début de la campagne d'Espagne de 1808, comme chef d'état-major du maréchal Ney, mais se fâche temporairement avec ce dernier. De retour à l'état-major impérial en 1809, il prend un congé pour raison de santé. Jomini donne sa démission en 1810, après avoir reçu des offres de service du tsar russe : Napoléon le fait alors général de brigade le 7 décembre 1810 et le place à la section historique de l'état-major général, avec charge d'écrire l'histoire de ses campagnes, publiée en 1811 sous le titre plus large d'Histoire critique et militaire des guerres de la Révolution.
Il sert aussi durant la campagne de Russie comme gouverneur de Wilna à partir du 11 août 1812, puis gouverneur de Smolensk de 8 octobre 1812. Il indique le gué de Studienka, sur la Bérézina, qui permet à la Grande Armée d'échapper aux troupes russes du général Wittgenstein et à une destruction totale. Gravement malade, il rentre en France. En 1813, il participe, comme chef d'état-major du maréchal Ney, aux batailles de Lützen et de Bautzen. Pour sa contribution au succès de cette journée, le maréchal Ney le place en tête du tableau d'avancement pour une nomination au grade de général de division. La requête est rejetée par le maréchal Berthier, qui le fait mettre aux arrêts pour avoir fourni en retard des états de situation. Ulcéré de cet affront, Jomini quitte l'armée française pour rejoindre la Russie le 14 août 1813.
Il sert dans l'armée russe d'abord avec le grade de lieutenant-général (équivalent à celui de général de division) et devient aide de camp de l'empereur Alexandre Ier. Il participe comme conseiller au congrès de Vienne en 1815, d'Aix-la-Chapelle en 1818 et de Vérone en 1822. À son tour, Nicolas Ier se l’attache comme conseiller privé et le nomme général en chef en 1826. Il participe comme conseiller du tsar à la campagne de Turquie de 1828. Jomini est à nouveau consulté lors de la guerre de Crimée en 1854. L'empereur Nicolas Ier le charge d'étudier une réforme de l'enseignement militaire et de revoir les plans des forteresses de l'Empire. De plus, il reçoit la charge de précepteur militaire du tsarévitch Alexandre, qui sera plus tard Alexandre II, grand réformateur de la Russie. Il pose les bases de l’Académie militaire et consacre à ce projet beaucoup de temps et d’énergie. Des intrigues l’empêchent de devenir le premier directeur de cette académie. Napoléon III le consulte pour la campagne d'Italie en 1859.
Jomini est l'auteur d'une très importante œuvre d'historien et de critique militaire. Il est l'auteur en particulier du Traité des grandes opérations militaires, contenant l'histoire critique des campagnes de Frédéric II qui lui permet une approche profondément originale de l’art militaire et de forger ses propres convictions en matière de stratégie. Puis entre 1820 et 1824 paraît son Histoire des Guerres de la Révolution en 15 volumes, à laquelle se réfèrent de nombreux historiens, notamment Thiers. Il publie en 1827, après la mort de Napoléon à Sainte-Hélène, une Vie politique et militaire de Napoléon en quatre volumes écrite à la première personne, et si crédible que cela lui valut le surnom de « devin de Napoléon ». Cet ouvrage est traduit et publié aux États-Unis en 1864 par Henry Wager Halleck, général américain engagé dans la guerre de Sécession.
D’autres œuvres historiques, qui s’inspirent des Souvenirs de Jomini, sont publiées après sa mort, comme son Précis politique et militaire des campagnes de 1812 à 1814, publié par Ferdinand Lecomte en 1886, ou sa Guerre d’Espagne, publiée en 1892.
Il meurt en 1869, à 90 ans, au no 129 rue de la Tour à Passy, qui venait d'être intégré au 16e arrondissement de Paris. Il a été inhumé le 25 mars 1869 au cimetière de Montmartre (11e division).
Jomini est consacré de son vivant comme le premier expert d’Europe en matière de stratégie militaire. Ses nombreux ouvrages ont assuré sa réputation. Son Traité de grande tactique se divise, au fil des volumes, en deux ouvrages distincts, le Traité des grandes opérations militaires, relatif aux campagnes de Frédéric II, et l’Histoire critique et militaire des guerres de la Révolution.