Émile-Antoine Bordelles, dit Antoine Bourdelle, né le 30 octobre 1861 à Montauban et mort le 1er octobre 1929 au Vésinet, est un sculpteur français.
Émile-Antoine Bordelles naît sous ce nom le 30 octobre 1861 à Montauban (Tarn-et-Garonne). L'artiste écrit dans une lettre de 1909 : « […] mon nom est Émile-Antoine Bordelles. Par modestie, je signe Bourdelle, et mon père signait lui-même Bourdelle, bien que mon nom veuille dire plusieurs petites fermes ou borderies […] ». L'artiste lui-même signe « Bordelles dit Bourdelle ».
Son père Antoine Bourdelle (1820-1906) est menuisier-ébéniste, et sa mère est Émilie Reille (1840-1888), fille de tisserand. Dès son plus jeune âge, Émile-Antoine préfère le dessin à l'étude, ce que comprend son instituteur. Dès 1874, à l'âge de 13 ans, il est apprenti dans l'atelier d'ébénisterie de son père.
Les années de formation (1874-1893)
Antoine Bourdelle « fils » développe une précocité étonnante dans la réalisation de ses premiers ouvrages sculptés en bois. Son talent est rapidement repéré par un banquier, Hippolyte Lacaze, qui lui octroie une bourse d'études à l'académie des beaux-arts de Toulouse en 1876.
En 1883, il participe au concours triennal des grands prix municipaux de la ville de Toulouse qui permet au lauréat d'obtenir une bourse pour continuer ses études à Paris. Le sujet imposé est : Télémaque reçu à Pylos par Nestor. Antonin Clau gagne le premier prix face à Bourdelle ; mais convaincus du talent du jeune Bourdelle, les professeurs de l'école des beaux-arts intercèdent auprès des élus de la ville pour lui allouer une bourse : Bourdelle peut ainsi s'installer à Paris à la fin de l'année 1883 ou au début de l'année 1884.
En 1884, Bourdelle est reçu deuxième au concours d'admission à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris avec son Télémaque reçu à Pilos par Nestor. Il entre alors dans l'atelier d'Alexandre Falguière qui lui enseigne une pratique académique et libre. Malgré son premier envoi au Salon des artistes français avec le Buste d'Armand Saintis, il reste indépendant vis-à-vis du système et de ses récompenses.
Membre de la bande à Schnegg, il est l'ami de Gaston et Lucien Schnegg, François Pompon, Jane Poupelet, Léon-Ernest Drivier, Jules Desbois…
En 1885, il exécute plusieurs allégories dont Première victoire d'Hannibal qui reçoit une mention honorable, saluée par la critique au Salon des artistes français. Il décide alors de quitter l'enseignement académique et l'École des beaux-arts ainsi que l'atelier Falguière en 1886.
Il loue un atelier modeste au 16, impasse du Maine à Paris dans lequel il travailla jusqu'à son décès. Cet atelier, après plusieurs extensions, est devenu l'actuel musée Bourdelle.
Pour gagner sa vie, il dessine et vend ses dessins au bureau des vendeurs d'arts parisiens Goupil & Cie. Il travaille aussi chez Théo van Gogh, le frère de Vincent. Sa création prend alors une orientation saturnienne, teintée de mélancolie. Ces œuvres à caractère symbolique, seront exposées lors des manifestations rosicruciennes de 1892 et 1893.
Cependant, le décès de sa mère en 1888 l'affecte particulièrement. Sa grand-mère et sa tante Rose le rejoignent alors à Paris pour pallier cette absence.
En 1893, il entre comme praticien dans l'atelier d'Auguste Rodin et participe au concours pour le Monument aux morts de la guerre de 1870 à Montauban, sa ville natale. La première maquette de ce monument, Monument aux combattants et défenseurs du Tarn-et-Garonne de 1870-1871, est présentée en 1896. Mais pour la première fois, Bourdelle fait face à la critique. Les membres du comité chargé du projet l'accueillent très défavorablement. La composition choque car elle rompt avec un académisme figé. Finalement, il obtient cette commande en 1897 grâce à l'intervention de Rodin. Cette même année, il expose aussi pour la première fois à l'étranger, notamment à Nashville dans le Tennessee aux États-Unis.
L'année 1900 est un tournant décisif dans l'œuvre et la carrière de Bourdelle. Elle est marquée par sa participation à l'Exposition universelle. Il exécute également une première version de la Tête d'Apollon, se détachant ainsi de l'esthétique de Rodin et de son inflexion vers la modernité. Avec des surfaces saillantes, des plans nets et une frontalité sévère, il s'inscrit alors directement dans l'héritage de la Grèce archaïque. Il fonde avec Rodin et Jules Desbois une école libre d'enseignement de la sculpture, mais elle ne vivra que très peu de temps.
En 1903, l'arrivée de Cléopâtre Sévastos à Paris, et plus précisément dans son atelier pour y apprendre la sculpture, va bouleverser sa vie sentimentale et artistique.
Il épouse, le 22 mars 1904, Stéphanie Van Parys (1877-1945), avec le grand critique d'art Élie Faure et Auguste Rodin pour témoins. Leur union donne naissance à Pierre Bourdelle (1901-1966[réf. souhaitée]), qui deviendra sculpteur et décorateur et fera carrière aux États-Unis.
La première version de Pénélope, épouse d'Ulysse dans la mythologie grecque, est réalisée en 1905. Plusieurs versions suivront par la suite jusqu'en 1912. Pénélope emprunte les traits de Stéphanie Van Parys pour le visage et la silhouette de Cléopâtre Sevastos. L'œuvre est présentée par la famille Bourdelle-Sevastos comme le témoignage des conflits entre les deux époux, causés par les infidélités de Bourdelle. D'autant que Cléopâtre Sevastos devient en 1905 le modèle explicite de L'Offrande.
Cette affirmation se fonde sur la vie privée du sculpteur et sur un dessin daté de 1908. Dénommé Sevastos devant les Hindous, il représente la jeune élève de Bourdelle déhanchée et un bras sous le menton.