Ce Jour-là

Antoine Becker

Policier français, Mort pour la France

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Antoine Becker, né le 14 janvier 1893 à Bergheim et mort le 7 août 1944 entre Schirmeck et Natzwiller, est un commissaire de police français.

Spécialiste de la lutte contre les mouvements autonomistes alsaciens et l'espionnage allemand durant l'entre-deux-guerres, il poursuit sa carrière en zone non occupée après la défaite de 1940. Arrêté par le Sicherheitsdienst en décembre 1943, il est transféré en Alsace annexée de fait et abattu par les SS lors de son acheminement vers le camp de concentration de Natzweiler-Struthof en août 1944.

Antoine Becker est le fils d'Alphonse Becker, cultivateur, et de Marie Anne Wessner. Jusqu'en août 1914, il travaille comme journaliste au Nouvelliste de Colmar, titre francophile lié à l'abbé Émile Wetterlé. Durant la Première Guerre mondiale, il combat sous l'uniforme allemand, avant de rejoindre la police au lendemain du conflit.

L'action contre l'autonomisme alsacien

Au début des années 1920, il entre dans la police spéciale à Strasbourg, où il est affecté à la lutte contre les menées autonomistes alsaciennes. À partir de 1929, chargé de la répression des réseaux étrangers, il traque les militants financés par l'Allemagne et prend la tête de la brigade chargée de leur contrôle. Cette action lui vaut l'hostilité de la Gestapo, qui le qualifie de « malfamé ».

Il participe aux poursuites engagées contre le chef autonomiste Karl Roos, reconnu coupable d'espionnage, condamné à la peine capitale en octobre 1939 puis fusillé près de Nancy en février 1940, ainsi qu'à l'arrestation de Joseph Rossé, autre figure de l'autonomisme pro-allemand. En septembre 1931, la réputation acquise dans cette lutte le conduit à accompagner à Berlin, lors d'une visite officielle, Pierre Laval, alors président du Conseil, et Aristide Briand, ministre des Affaires étrangères.

Après l'armistice de juin 1940, Antoine Becker se replie en zone non occupée et devient commissaire central de la police d'État de Toulon, où il se signale par un attachement marqué au régime de Vichy. Durant cette période, les vérifications qu'il chapeaute demeurent sans effet : au début de 1943, sur près de 29 000 contrôles, 18 seulement débouchent sur une contravention.

Bien qu'il n'adhère pas formellement à la Résistance, il lui apporte son concours : lors du sabordage de la flotte de Toulon, il procure de faux papiers aux marins et fait passer des informations militaires au 2e Bureau.

Après l'entrée des Allemands dans le camp retranché de Toulon, le 27 novembre 1942, conscient du danger, il trouve refuge quelque temps à Cabasse, hébergé par des relations du commissaire Michel Hacq, puis sollicite et obtient sa mutation à Guéret, affectation plus effacée, avant de gagner Clermont-Ferrand.

Convaincu par les garanties de sécurité que lui donne René Bousquet, il prend le 1er novembre 1943 le poste de commissaire central de Marseille. Le 4 décembre 1943, trois agents du Sicherheitsdienst, qui ont fait cerner les locaux par la troupe, l'interpellent dans son bureau de l'Évêché.

Transféré à Paris le soir même, il est incarcéré le 7 décembre 1943 à Kehl, où il est soumis à de multiples interrogatoires menés par le Kriminalkommissar Gehrum, chef local de la Gestapo. Les interventions de René Bousquet et de son adjoint Cado pour obtenir sa remise en liberté n'aboutissent pas. Le 2 août 1944, Antoine Becker est transféré au camp de sûreté de Vorbruck-Schirmeck, où, sur l'ordre du commandant du camp Karl Buck, il est soumis à la torture. Peu après, un ordre de Berlin commande son acheminement vers le camp de concentration de Natzweiler-Struthof ; au cours du trajet en camionnette, le SS Neuschwanger l'exécute d'une balle dans la nuque, le 7 août 1944, et son corps est incinéré au Struthof. Dans son rapport, Karl Buck invoque une tentative d'évasion.

Plusieurs voies portent son nom : à Marseille, une rue jouxtant l'hôtel de police lui est dédiée en mai 1954 ; à Toulon, une artère est inaugurée le 4 juin 1959 ; s'y ajoutent une rue à La Valette-du-Var, deux à Strasbourg (quartiers du Neuhof et du Heyritz) et une à Bergheim.

La 35e promotion de l'École nationale supérieure de la police (1985-1987) a également été baptisée de son nom.

Il est reconnu « Mort pour la France ».

Chevalier de la Légion d'honneur par décret du 6 mai 1950.

: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Luc Rudolph, 5000 policiers en Résistance : Répertoire de la Résistance policière (1940-1945), Neuvic-sur-l'Isle, Les Livres de l'Îlot, 2024, 1759 p. (ISBN 979-10-92474-89-3).

Eric Le Normand, Association pour des études sur la Résistance intérieure des Alsaciens (AERIA) (ill. Christophe Clavel), La Résistance des Alsaciens, Paris, Fondation de la Résistance, Département AERI, 2016 (ISBN 978-2-915742-32-9).

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