Annette Kellermann (parfois écrit Kellerman), née le 6 juillet 1886 à Sydney et morte le 6 novembre 1975 à Southport (Australie), est une pionnière de la pratique de la natation synchronisée.
Féministe, elle a revendiqué le droit de disposer de son corps en contribuant au développement du maillot de bain moderne et aux bienfaits de la pratique sportive pour les femmes.
La mère d'Annette Kellermann, Alice Charbonnet, est une pianiste française et l'arrière-petite-fille de James Jackson. Elle s’installe en Australie en 1878 et épouse le violoniste Frederick Kellermann en 1882, à Sydney.
Née le 6 juillet 1886 à Marrickville, Annette Marie Sarah Kellermann est la sixième d’une famille de dix enfants. Elle souffre dès son jeune âge d'atrophies musculaires au niveau des jambes et elle est contrainte de porter des bretelles d'acier pour faciliter sa marche. Quand elle a six ans, son médecin lui recommande de pratiquer la natation pour stimuler ses jambes. Pour aider ses muscles à se développer, ses parents commencent à l’emmener à la piscine locale, Cavill's Baths.
Dû à une carence en vitamine D, en calcium ou en phosphate, le rachitisme peut entraîner une faiblesse et une déformation des os. Dépassant les normes sociétales de son époque envers les personnes en situation de handicap, elle s'épanouit dans la natation où la flottabilité de l’eau soulage ses douleurs et lui offre de révéler ses talents, mais aussi l'envie de repousser les limites alors communément fixées pour les femmes.
À l'âge de treize ans, elle a tellement nagé que ses jambes sont presque aussi robustes que la normale. Deux ans plus tard, elle maîtrise toutes les nages, apprenant entre autres le trudgeon et l'over arm stroke, et gagne sa première compétition de natation. Elle se lance également dans le plongeon.
Alors qu'elle est encore au lycée, elle est embauchée par un aquarium pour jouer le rôle d'une sirène deux fois par jour dans un spectacle aquatique. Elle participe également à un spectacle de plongeon où elle saute d'une grande hauteur.
En 1902, elle remporte les courses féminines du 100 yards et du mile de Nouvelles-Galles-du Sud dans les temps respectifs d'1 minute, 22 secondes et de 33 minutes, 49 secondes.
Dès l'âge de 17 ans, elle multiplie les exploits : elle exécute un plongeon de 28 mètres, traverse Londres dans les eaux de la Tamise sur 27 km et remporte une course de 36 km dans le Danube.
À 19 ans, elle se démarque également en tentant la traversée de la Manche à la nage. Les nageurs sont autorisés à nager nus, tandis qu’Annette Kellermann est contrainte de porter une combinaison. Au bout de dix heures de nage dans une eau à 11 °C, elle abandonne la course en cours en raison des conditions difficiles, après s'être révélée particulièrement combative face à l’abandon entre-temps de ses adversaires masculins.
La même année, elle participe à la traversée de Paris à la nage avec sept autres concurrents masculins et termine 4e. Couverte de saindoux, elle s'élance la première à 8 h du matin du pont National, part d'abord en sens inverse, mais finit la course au niveau du viaduc d'Auteuil en 4 h 58 min, trente minutes derrière le premier. Elle est la première et seule femme à participer à une course en 1905 dans la Seine, à l'issue de laquelle elle termine troisième face à 17 concurrents masculins.
L'année suivante, elle se représente pour la traversée, cette fois accompagnée de deux autres nageuses : Rosa Frauendorfer et Dora Herxheimer. Elle termine la course en 3 h 59 min 30 s 04, ex-eaquo avec Frauendorfer.
En entrepreneuse avisée, elle ouvre des spas, des magasins d’alimentation diététique. Elle écrit aussi des livres populaires, dont « La beauté physique : comment la conserver », qui font la promotion de l’exercice, de la nutrition et d’un mode de vie sain, remettant en question l’idée dominante qui considérait les femmes comme délicates et fragiles.
Pour maximiser ses performances en natation, Kellermann porte une combinaison qui lui dévoile les bras et les jambes et colle à sa peau de très près.
En 1907, elle est d’ailleurs arrêtée à Boston pour « indécence », du fait qu’elle porte une combinaison moulante et à manches courtes. Le juge fait jurisprudence en statuant en faveur de l’argument sportif, à condition que les nageuses portent une robe avant d’entrer dans l’eau.
Médiatisé, cet évènement a permis la popularisation du maillot de bain une pièce mais aussi de la natation pour les femmes.
Par la suite, Annette Kellerman conçoit sa propre gamme de maillots de bain. Elle revendique aussi le confort vestimentaire en commercialisant des « chemises », amples et atteignant les chevilles, précurseuses des modes des années 1920.
Outre ses performances sportives, Annette Kellermann se fait remarquer pour sa silhouette par un professeur d’Harvard, qui la qualifie de « femme parfaite » en comparant ses mensurations à celles de la Vénus de Milo. À ces propos, elle aurait réagi en répliquant avec humour : « Seulement en dessous du cou ! »