Annemarie Schwarzenbach (23 mai 1908 à Zurich - 15 novembre 1942 à Sils, Engadine) est une écrivaine, photographe, journaliste et aventurière suisse. Elle est une des « figures majeures de l’histoire culturelle suisse du XXe siècle ». Ses archives ont été inscrites au Registre « Mémoire du monde » de l’UNESCO en 2025.
Annemarie Schwarzenbach naît à Zurich en 1908. Elle est la troisième des cinq enfants d'Alfred Schwarzenbach (1876-1940) et de Renée Schwarzenbach (de), née Wille (1883-1959).
Les familles Schwarzenbach et Wille n'appartenaient pas aux familles patriciennes zurichoises, mais elles cherchaient à s'y faire une place. Les Schwarzenbach sont une famille d’industriels suisses ayant fait fortune grâce à leurs nombreuses usines de tissage de la soie réparties dans le monde. Grand mécène culturel, Robert Schwarzenbach (1839-1904), le père d'Alfred, était aussi un réactionnaire qui s'opposa vigoureusement à l'instauration d'assurances sociales en Suisse. La mère d'Annemarie, Renée, est la fille de Clara von Bismark (1851-1946), d'origine aristocratique, et de Ulrich Wille (1848-1925), militaire de carrière, issu d'une famille bourgeoise et cultivée et qui fut nommé général suisse au moment de la Première Guerre mondiale.
Études, amitiés et premières publications
En rupture avec les positions réactionnaires de sa famille, Annemarie Schwarzenbach ne songe qu'à s'en libérer. À partir de 1927, elle étudie l'histoire et la littérature à Zurich ainsi qu'à Paris et commence à collaborer avec la presse suisse.
En 1930, elle se lie d'amitié avec Klaus Mann et Erika Mann, les enfants de Thomas Mann, et entretient une longue liaison avec cette dernière. Elle les soutient activement dans leur lutte contre le nazisme.
En 1931, à l'âge de 23 ans, elle obtient un doctorat et publie son premier roman, Les Amis de Bernhard. Elle se lie également d'amitié avec Claude Bourdet, fils de Catherine Pozzi et futur résistant, avec lequel elle entretiendra une longue correspondance.
Durant l'été 1931, elle rédige des textes pour le volume consacré à la Suisse de la série des guides touristiques Was nicht im „Baedeker“ steht (de) des éditions Piper.
En septembre, elle s'installe à Berlin, où elle réside jusqu'à l'été 1933. C'est durant cette période qu'elle écrit notamment Nouvelle Lyrique (paru en 1933), et Le Refuge des cimes (Flucht nach oben). C'est également à Berlin, à l'automne 1932, qu'elle commence à consommer de la drogue, en particulier de la morphine, à laquelle elle est initiée par les enfants Mann et qu'elle se procure en partie auprès de Mopsa Sternheim.
Farouchement opposée à la prise de pouvoir des nazis, Annemarie Schwarzenbach cherche, durant le printemps 1933, à donner une forme à son engagement. Elle a alors l'idée de la création d'une revue littéraire qui offrirait une visibilité aux écrivains et écrivaines engagées contre la montée des fascismes en Europe. Elle soumet l'idée tout d'abord à son ami Claude Bourdet, puis à Klaus Mann. C'est ce dernier qui finalement assure seul la direction de cette revue qui paraîtra sous le titre de Die Sammlung (de) à Amsterdam entre septembre 1933 et août 1935. Les pressions familiales ont peut-être eu raison de sa pleine implication dans ce projet qui était le sien, toujours est-il qu'elle apporte un soutien moral et financier indéfectible à cette revue.
Premiers reportages et fouilles archéologiques
En mai 1933, Annemarie Schwarzenbach fait un premier voyage en tant que journaliste sur proposition avec la photographe Marianne Breslauer, rencontrée à Berlin. Ce court voyage se déroulera en Espagne, entre Barcelone et Pampelune à bord de la voiture d'Annemarie Schwarzenbach. Cela donnera lieu à plusieurs articles pour la NZZ ou la Zürcher Illustrierte de Arnold Kübler (de).
Forte de cette première expérience, elle négocie de nouveaux contrats journalistiques pour un grand voyage au Moyen-Orient qui l’amènera en sept mois via la Turquie, à Beyrouth, Damas, Jérusalem, Bagdad et enfin à Téhéran. Elle entame celui-ci le 12 octobre 1933 en montant dans l'Orient-Express à Genève. L'un des buts du voyage est de s'initier aux travaux archéologiques de terrain, ce qu'elle fera en particulier en Syrie près d'Alep. Elle rencontrera les archéologues Henri Seyrig et Daniel Schlumberger à Beyrouth, Leonard Woolley à Bagdad, et Erich Friedrich Schmidt en Perse. Elle est de retour en Suisse fin avril 1934. Elle tirera de son carnet de voyage un livre intitulé Hiver au Proche-Orient (Winter in Vorderasien. Tagebuch einer Reise), qui paraîtra cette même année et dont les ventes seront décevantes.
Après avoir assisté au premier congrès de l'Union des écrivains soviétiques à Moscou en compagnie de Klaus Mann en fin août 1934, Annemarie Schwarzenbach retourne à Téhéran en traversant l'Ossétie du Nord (dont elle photographiera la nécropole de Dargavs (en)), Tbilissi et Bakou. Elle va participer aux fouilles archéologiques sur le site de l'ancienne cité de Rhagès, dirigées par l'archéologue Erich Schmidt pour le compte des musées de Boston et de Philadelphie. C'est à cette occasion qu'elle fait la connaissance d'Achille Clarac, diplomate français qui vient de prendre un poste à Téhéran et qu'elle épousera l'année suivante.
Mi-décembre 1934, Annemarie Schwarzenbach rentre en Suisse, où elle va devoir prendre immédiatement la défense du cabaret antifasciste Die Pfeffermühle (« Le moulin à poivre ») de son amie Erika Mann, basé à Zürich depuis 1933, qui subit une cabale de l'extrême droite, menée entre autres par son cousin James Schwarzenbach.
À partir de janvier 1935, Annemarie Schwarzenbach va bénéficier d'une maison pour écrire et recevoir ses amis. Ses parents louent pour elle une grande maison à Sils-Baseglia au bord du lac. Cette maison Jäger, (Jägerhaus), restera son lieu privilégié de résidence jusqu'à sa mort entre ses murs en 1942.
Troisième séjour en Iran et mariage
Annemarie Schwarzenbach débarque le 13 avril 1935 à Beyrouth, où l'attend son futur époux, Achille Claude Clarac, le secrétaire de la légation de France en Iran. Ils font le voyage ensemble en voiture jusqu'à Téhéran où, bien qu'étant tous deux homosexuels assumés, ils se marient le 21 mai 1935. Ce mariage s'est imposé à Annemarie Schwarzenbach comme la meilleure solution afin de ne plus être dépendante de ses parents. Les Schwarzenbach auront désormais un gendre français et catholique, ce qui correspond à l'extrême inverse de leurs inclinaisons. Son mariage permet à Annemarie Schwarzenbach d'obtenir la nationalité française et un passeport diplomatique qui facilitera ses voyages. Elle perdra toutefois en conséquence son passeport suisse, conformément à la règle coutumière suivie par les autorités suisses à l'époque. Elle devra dès lors faire des demandes de permis de séjour pour demeurer en Suisse. Elle signera à partir de cette date ses articles des pseudonymes « Annemarie Clark » ou « Annemarie Clark-Schwarzenbach » afin, entre autres, de protéger la carrière diplomatique de son mari.