Anne Innis Dagg, née le 25 janvier 1933 à Toronto et morte le 1er avril 2024 à Kitchener (Ontario), est une zoologiste et féministe canadienne. Autrice de nombreux ouvrages et d'articles scientifiques, elle est particulièrement connue pour ses apports pionniers à la fois dans la connaissance sur les girafes, et plus largement dans l'observation du comportement des animaux sauvages dans leur milieu naturel. Elle est également réputée pour ses travaux sur la discrimination des femmes dans le milieu universitaire.
Anne Christine Innis naît le 25 janvier 1933 à Toronto, en Ontario au Canada.
Son père, Harold Innis né le 5 novembre 1894 à Otterville en Ontario, est professeur d'économie politique à l'université de Toronto. L'Innis College de cette université et la bibliothèque Innis de l'université McMaster de Hamilton en Ontario ont été nommés en son honneur à leur inauguration en 1964. Anne Innis gardera toute sa vie en mémoire un principe que son père lui a transmis : « l'expérience vécue est un important outil de recherche ». C'est ce qui la poussera à étudier les girafes sur leur « propre terrain ». Harold Innis meurt à 58 ans, le 8 novembre 1952 à Toronto. Anne est alors en deuxième année à l'Université.
Sa mère, Mary Quayle Innis (en) est née le 13 avril 1899 à St Mary's, Ohio aux États-Unis. Elle fut une des étudiantes en économie d'Harold Innis. Elle est également une universitaire reconnue, ayant reçu un Doctor Honoris Causa de l'Université Queen's à Kingston en 1958 et un autre de l'université de Waterloo en 1965. Mary a publié de nombreux livres d'histoire et des nouvelles. Elle meurt à Toronto le 10 janvier 1972, à l'âge de 72 ans. En 2020, Anne Innis rédige un livre dédié à sa mère Mary Quayle : Her Own Person : the Life of Mary Quayle Innis, produit par Mary Dagg et édité par Mary Innis Ansell, deux petites-filles de Mary Quayle Innis.
Anne a une sœur et deux frères. L'un de ses frères, l’aîné, Donald Quayle Innis (en) (1924-1988) fut géographe. Ses recherches portèrent sur les cultures intercalaires (l'intercropping), l'ancêtre de la permaculture. Donald Innis enseigna à l'Université Queen's puis au Campus de Geneseo de l'Université d'État de New York, où il obtint le prix du Chancelier en 1979 pour l'excellence de son enseignement.
Le désir d'Anne d'étudier les girafes germe dès ses trois ans : elle les voit pour la première fois en 1936, lors d'une visite au Zoo de Brookfield (Chicago) avec sa mère. Le zoo de Chicago avait recours à des douves et des fossés plutôt que des cages pour présenter les animaux. « Peut-être est-ce leur taille, surtout du point de vue d’un petit enfant, qui m’a impressionnée ; peut-être était-ce la précipitation du mouvement quand quelque chose les a surpris et qu'elles se sont mises à galoper dans une rafale de cous et de jambes à travers leur paddock », écrit-elle dans ses mémoires. À partir de cet instant, Anne se met à collectionner des photos de girafes et à les dessiner.
Anne fréquente l'école Bishop Strachan. Elle obtient un baccalauréat universitaire BA en biologie à l'University College de l'université de Toronto en 1955 et reçoit une médaille d'or en reconnaissance de ses résultats scolaires. Elle obtient ensuite une maîtrise en génétique MA au sein de la même université en 1956, avant de partir pour un an en Afrique du Sud pour ses recherches sur les girafes. À son retour au Canada, elle épouse le physicien Ian Dagg en 1957. Ils déménagent à Waterloo en 1959, où Ian devient professeur à l'Université de Waterloo.
Anne travaille comme chargée de cours à temps partiel en anatomie et physiologie de 1962 à 1965 à la WLU (Waterloo Lutheran University). En 1967, elle rédige sa thèse de doctorat en biologie en comportement animal. Sa thèse porte sur « les allures et leurs évolutions dans le sous-ordre des mammifères Pecora ». Elle obtient son doctorat PhD avec comme directeur de thèse Dr Anton de Vos, un expert de la vie sauvage reconnu au Canada.
Anne Innis Dagg est une pionnière de l'étude des girafes, en particulier dans leur habitat naturel, et est parfois présentée comme la « Jane Goodall des girafes » en référence à la célèbre primatologue spécialiste des chimpanzés. Anne et Jane Goodall se rangent dans la même catégories que les femmes scientifiques renommées qui ont eu le mérite d'étudier leurs espèces de prédilection dans leur espace naturel, avec Dian Fossey avec ses observations sur les gorilles au Virunga (Rwanda) ou encore Birutė Galdikas sur les orang-outans à Bornéo en Indonésie.Dans les années 1940 et 1950, il existait très peu d'études sur les girafes : Anne doit emprunter une étude en allemand trouvée dans une bibliothèque et la traduire. qu'elle dût emprunter pour un temps limité et puis traduire. Dès lors, Anne en déduit qu'elle doit absolument partir en Afrique, dans l'habitat naturel des girafes, pour approfondir ses connaissances.
Observation des girafes à l'état sauvage en Afrique du Sud
Préparation voyage d'étude en Afrique du Sud
Après l'obtention de son master en 1956, Anne tente de contacter tous les chercheurs du domaine pour organiser son voyage : elle écrit au paléoprimatologue kényan Louis Leakey, qui lui répond qu'il n'a pas de poste d'assistant-chercheur disponible, et surtout, qu'il est dangereux pour une femme seule de venir en Afrique. Pourtant ce sera Louis Leakey qui quelques années plus tard, lancera la carrière de chercheuse de Jane Goodall en 1960, puis celle de Diane Fossey en 1967 et enfin celle de Birute Galdikas en 1971, bien que cette dernière mit trois ans à convaincre Louis Leakey de l'aider sur sa thèse.
Anne change alors de stratégie, et modifie sa signature en bas de ses courriers : elle n'inscrit désormais plus que ses initiales, afin de laisser planer une ambiguïté sur son sexe laissant supposer qu'elle pouvait être un homme.
Finalement, un de ses pairs étudiant en paléontologie, Rufus Churcher, — un futur paléoécologue et paléo-environnementaliste, auteur d'un livre sur la girafe fossile en 1978, Giraffidae—, la met en relation avec un chercheur avec qui il avait travaillé en Afrique pour son doctorat : Jakes Ewer de l'Université Rhodes, en Afrique du Sud. Jakes et sa femme Griff Ewer mettent Anne en relation avec le propriétaire d'un ranch où évoluent librement une centaine de girafes, Alexander Matthew.
Départ et séjour en Afrique pour l'étude des girafes
En 1956, à l'âge de 23 ans, Dagg se rend seule en Afrique du Sud en plein Apartheid pour étudier le comportement des girafes sauvages. Durant un an, elle étudie les girafes au ranch Fleur de lys à proximité du Parc national Kruger. Durant une entrevue avec le Toronto Star en 1974, elle raconte que son voyage était motivé par « une énorme envie de voir des girafes errer librement, au lieu d’être enfermées dans des zoos ».
Avant le voyage, Dagg avait contacté le ranch Fleur de lys pour demander la permission de visiter et d'étudier les animaux, en signant simplement avec ses initiales. Le voyage est donc retardé, car réalisant par la suite qu'elle était une femme, Alexander Matthew lui signale qu'il lui est impossible de l'héberger dans ses installations avec les ouvriers agricoles. Elle reste alors à Grahamstown, où elle lui écrit plusieurs fois par semaine pendant plusieurs semaines pour demander la permission de revenir. Face à sa détermination, Alexander Matthew accepte finalement de l'héberger dans la maison de sa famille.
Anne passe plus de dix heures par jour cachée dans le cockpit surchauffé de sa voiture, à observer les girafes sans pouvoir sortir sous peine qu'elles interrompent leurs activités naturelles. Elle prend malgré tout des notes détaillées sur tous les aspects de leur comportement (alimentation, rumination, jeu, sommeil, reproduction, interactions sociales, naissance des girafons, comportement des prédateurs y compris les prédateurs humains), en les filmant avec une caméra 16 mm. C'est la première fois qu'un scientifique étudie les girafes dans leur milieu naturel. En 1958, Anne publie ses recherches sur les girafes dans Proceedings of the Zoological Society of London, un journal scientifique.