Anne Louis Henri de La Fare (né le 8 septembre 1752 à Bessay et mort le 10 décembre 1829 à Paris) est un prélat et un homme d'État français. Évêque de Nancy, il est élu député du clergé aux États généraux de 1789, et émigre ensuite. Sous la Restauration, il devient archevêque de Sens, pair de France, cardinal.
Le cardinal comte de La Fare, évêque de Nancy puis archevêque de Sens et d'Auxerre, premier aumônier de madame la dauphine (anciennement duchesse d'Angoulême), pair de France, commandeur de l’ordre du Saint-Esprit, ministre d'État (1824) naquit au château de Bessay, dans le diocèse de Luçon, Bas-Poitou, le 8 septembre 1752.
Issu d’une famille du Languedoc
Issu d’une vieille famille languedocienne, Anne Louis Henri de La Fare était le fils de Joseph Louis Dominique de La Fare, ancien officier de cavalerie au régiment de Chabrillant, et de Gabrielle Gazeau de Champagné. Pour désargentée qu'elle fût, cette famille, repliée sur ses terres ardéchoises, s'entendait fort bien à faire fructifier un capital inappréciable, un très large éventail de relations et n'hésitait pas à investir largement dans la formation intellectuelle.
Petit-neveu du cardinal de Bernis, ministre du roi Louis XV
Il était aussi le petit-neveu (à la 3e génération) de François-Joachim de Pierre, cardinal de Bernis, qui bénéficia de l'amitié et de l'appui de la marquise de Pompadour , favorite du roi Louis XV, amitié qui lui permit d'être propulsé dans les premiers cercles du gouvernement royal de la France de Louis XV en entrant au Conseil du roi quand il fut nommé ministre d'État (1757) puis secrétaire d'État des Affaires étrangères (1757-1758). Le cardinal de Bernis ordonné prêtre en (1760) fut aussi nommé ambassadeur à Venise (1752-1755), et chargé d'affaires auprès du Saint-Siège (1769-1791).
Ses études au collège d'Harcourt et au collège royal de Navarre
Anne Louis Henri de La Fare, sous la conduite de l'abbé Labdan, son précepteur, fit de brillantes études au collège d'Harcourt à Paris en compagnie de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord. Dès son plus jeune âge il se distingua à plusieurs reprises au Concours général.
Après le séminaire Saint-Sulpice, il poursuivit ses études au collège royal de Navarre. Il y obtint sa licence de la faculté de théologie de Paris en 1778 et son doctorat en 1783. Alors que ses études étaient donc loin d'être terminées, il fut ordonné prêtre le 21 septembre 1776, et deux ans plus tard, à 26 ans, nommé vicaire général de Jacques-Joseph-François de Vogüé, évêque de Dijon et parent éloigné, avec le concours du cardinal de Bernis.
Contrairement à une opinion répandue, la formation reçue était solide et la concurrence rude entre tous ces jeunes gens issus du même moule intellectuel et clérical. Mais, outre son appartenance à la noblesse, l'abbé de La Fare bénéficiait d'un large réseau relationnel qu'il sut mettre à profit : Bernis, en particulier, après avoir perdu tout crédit en cour de Versailles, lui prodigua depuis Rome de précieux conseils pour accéder à l'épiscopat.
Successivement, doyen de la Sainte-Chapelle du roi à Dijon, vice-chancelier de l'académie de Dijon, nommé élu général de la province de Bourgogne (1784-1787), membre de l'Assemblée des notables qui se réunit à Versailles le 22 février 1787, où il se distingua, il était appelé, le 7 octobre de la même année à l'évêché de Nancy dont la création ne datait que de 1777.
Ces dix années consacrées à la Bourgogne constituent une étape importante dans sa vie.
Anne Louis Henri de La Fare fut officiellement évêque de Nancy et en porta le titre de 1787 jusque 1817. Si l'on peut douter du sérieux de sa vocation dans sa jeunesse, à l'instar de son condisciple du collège d'Harcourt, Talleyrand, à compter de sa nomination à l'épiscopat, l'homme en vint rapidement à s'identifier à sa fonction et apparaît comme un personnage clé de l'épiscopat gallican d'Ancien Régime.
Député du clergé aux États généraux de 1789
Évêque de Nancy, il fut élu député du clergé par le bailliage de Nancy et siégea aux états généraux de 1789, en dépit des curés lorrains, tentés par le richérisme. L'abbé Grégoire lui doit d'ailleurs d'avoir été élu dans le même bailliage. Anne-Louis-Henri de La Fare, désigné par Louis XVI, prononça le sermon de la messe d'ouverture, généralement confondu par les historiens avec un texte anonyme apocryphe distribué à la fin de la célébration, et qui semble émaner de Talleyrand, jaloux d'avoir été privé de cet honneur, grâce à l'officine de Mirabeau (Duquesnoy, II, 134). Le texte du sermon n'a été publié que sous la Restauration après de sérieux amendements. En outre il est l'initiateur du projet de déclaration des droits de l'homme du 6° Bureau de l'Assemblée, qui a servi de base de discussion pour l'élaboration de la déclaration de 1789. Les députés au dernier moment ont substitué l'Être suprême, bien commun des déistes et des chrétiens, au Législateur suprême du projet du 6° Bureau, allusion au Dieu révélé qui donne sa Loi sur le Sinaï, alors que Jésus promulguera la Loi Nouvelle lors du « sermon sur la montagne ». Ce terme de Législateur suprême est donc loin d'être anodin.
Modéré au début, après avoir adhéré au projet monarchien, il en vint à refuser la plupart des réformes demandées par une grande partie de l'Assemblée constituante, et se montra un adversaire résolu de la Constitution civile du clergé.
En cette année 1789, il fit paraître un ouvrage intitulé « Considérations politiques sur les biens temporels du clergé », en tête duquel il plaça en exergue une phrase de Mirabeau : « l'invention de supprimer et de détruire est le contraire absolu de l'art de gouverner ».
Jugeant sa présence désormais inutile sur les bancs de l'Assemblée nationale, une fois l'approbation de la Constitution civile du clergé acquise, il regagne et prépare son diocèse à l'épreuve de force qui se prépare, aussi bien les communautés religieuses que le clergé et les fidèles. Mais il se soustrait aux pressions que l'on veut exercer sur lui en quittant la France dès le début de janvier 1791, avec l'entrée en vigueur de la Constitution.