Ce Jour-là

Anne-Lise Stern

Psychanalyste française

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Anne-Lise Stern, née Anneliese Stern à Berlin le 16 juillet 1921 et morte à Paris le 6 mai 2013, est une psychanalyste française, survivante des camps de concentration.

1921-1933 : enfance en Allemagne

Les parents d’Anne-Lise sont des juifs assimilés, militants socialistes : elle est la fille de Henri Stern (1893-1948), psychiatre freudien, et de Käthe Ruben (1893-1968). Elle est la petite-fille de Regina Ruben, née en 1859 et tuée à Sobibor, militante féministe et marxiste, compagne de lutte de Clara Zetkin et de Rosa Luxemburg.

Früher mal ein deutsches Kind (J'étais jadis une enfant allemande). Née à Berlin, Anne-Lise Stern vit dès l’âge d’un an et jusqu’au printemps 1933 à Mannheim d’où est originaire et où exerce son père, Henri Stern (1893-1948), un psychiatre freudien et marxiste, membre du SPD.

Anne-Lise Stern grandit dans l’esprit de liberté, de créativité intellectuelle que connaît la brève république de Weimar, dans un milieu caractérisé par un engagement de gauche et laïc.

L’engagement politique qui façonne ses années de jeunesse lui vient également de sa famille par les femmes. Elle est en effet la petite-fille de Regina Ruben, militante féministe et marxiste. Habituée des tribunes, traductrice de Multatuli, Regina Ruben a publié en 1906 une monographie consacrée à Mathilde Franziska Anneke pionnière de la lutte en faveur du droit de vote des femmes – que l’Allemagne institue en 1919. Membre du SPD, Regina Ruben y a milité aux côtés de Clara Zetkin et Rosa Luxemburg. La mère d’Anne-Lise, Käthe Ruben (1893-1968), est aussi membre du SPD.

Conseiller municipal SPD, le père d'Anne-Lise est arrêté quelques semaines après l’arrivée de Hitler au pouvoir en janvier 1933. Trois mois plus tard, il sort de prison, et, le jour même, les Stern et leur fille quittent l’Allemagne. Käthe Seitz, secrétaire du Dr Stern et opposante au régime hitlérien, sera décapitée à la hache. Quant aux sœurs de Käthe Ruben, les deux tantes d’Anne-Lise, Ilse et Martha : la première, Ilse, sera exterminée à Auschwitz ; Martha Ruben-Wolff, gynécologue et militante réputée, tenante de la régulation des naissances, se suicidera à Moscou après l’assassinat de son mari considéré comme un espion anti-soviétique. Nadine Fresco et Martine Leibovici ravivent l’atmosphère intellectuelle et artistique de Mannheim, de sa Kunsthalle, située entre la maison et le Gymnasium, où Heini Stern emmenait sa fille découvrir Chagall, Otto Dix et l’art contemporain ; puis la terreur des exilés allemands, des bannis de Hitler de la période 1933-1939.

1933-1944 : adolescence en France - naturalisation et déportation

En mai 1933, Anne-Lise et ses parents sont en France et s’installent à Blois, où le Dr Stern trouve un emploi à l'hôpital psychiatrique de la ville. L’adolescente, rapidement francophone, termine le lycée et obtient son baccalauréat. Elle et ses parents sont naturalisés à la fin de 1938. À l’automne 1939, au moment de la déclaration de la guerre, elle a seulement le temps d’entamer à Tours le Certificat d'études physiques, chimiques et biologiques (PCB) nécessaire pour entreprendre un cursus médical : au printemps suivant, c’est l’entrée en France de l’armée allemande et l'exode. Avec ses parents, elle passe alors en zone libre.

À Nice, où elle vit, elle se lie d’amitié avec Eva Freud, une des petites-filles de Sigmund Freud.

Le docteur Henri Stern, père d'Anne-Lise, se mobilise pour nourrir et soigner les internés du camp de Gurs, où beaucoup meurent et dont il réussit à extraire sa propre mère, et cinq autres femmes de Mannheim, « louant pour les accueillir une grande maison » à Gelos, près de Jurançon, dans la banlieue de Pau. Pour sauver les enfants internés à Gurs, Il se rapproche de l'abbé Glasberg, s'active en synergie avec l'Œuvre de secours aux enfants (Ose), et le Secours suisse aux enfants (Cimade).

Après le débarquement des Alliés en Afrique du nord en novembre 1942, les Allemands envahissent la zone non occupée : Anne-Lise Stern est contrainte de vivre sous une fausse identité. Au début de 1944, elle part pour Paris. Dénoncée comme juive, elle est arrêtée le 1er avril.

1944-1945 : plusieurs camps - Textes du retour

Anne-Lise Stern est déportée au camp d’Auschwitz-Birkenau par le convoi no 71, parti du camp de Drancy le 13 avril 1944. Ce convoi emporte 34 des 44 enfants d’Izieu raflés le 6 avril 1944 sur ordre de Klaus Barbie. Parmi leurs compagnes d'infortune, se trouvent aussi Marceline Rozenberg, qui est la future cinéaste Marceline Loridan-Ivens et Simone Jacob, avec sa mère Yvonne Jacob et sa sœur Madeleine Jacob. Simone Jacob est la future Simone Veil. Les enfants d'Izieu sont gazés à l'arrivée à Auschwitz-Birkenau.

Anne-Lise reste à Birkenau, « ce trou noir, cet anus mundi » jusqu’au moment où, à l’automne 1944, devant l’offensive de l'Armée rouge, les déportés des camps de Pologne sont évacués vers l’Ouest. Elle fait partie d’un convoi envoyé au camp de Bergen-Belsen. De là, avec les femmes de son block, elle est emmenée en février 1945 à Raguhn, un kommando du camp de Buchenwald. Elle en repart en avril par un convoi qui met une semaine pour atteindre le camp de Theresienstadt. Le 2 juin 1945, un mois après la capitulation allemande, Anne-Lise Stern rentre en France, à Lyon où elle est accueillie par la Croix-Rouge.

Pendant l’été 1945, Anne-Lise Stern qui a alors vingt-quatre ans, écrit les Textes du retour : « Départ-arrivée », « Un tournant », « Le wagon à bestiaux », « L’arrivée à Theresienstadt » ; récits dont Pierre Vidal-Naquet estime qu’ils atteignent « les sommets de la littérature concentrationnaire, Primo Levi, Ravensbrück de Germaine Tillion, le Grand Voyage et Quel beau dimanche de Jorge Semprún ».

Les exactions du docteur Mengele qui l'ont terrorisée à Birkenau la détournent à jamais de son désir antérieur de devenir médecin comme son père.

Pendant l'hiver 1947 et le printemps 1948, le Dr Henri Stern est psychiatre consultant dans un camp de personnes déplacées, juives pour la plupart, situé dans la zone britannique en Allemagne. Dans un article paru au moment de sa mort, il présente une « rapide étude des forces psychiques qui ont structuré la vie du camp ».

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