Ce Jour-là

André Thevet

Cordelier, aumônier de Catherine de Médicis, historiographe et cosmographe du roi

Anúncio

André Thevet, ou Theuvet, est un explorateur et écrivain-géographe français, né en 1516. C’est la date que Thevet donne lui-même dans plusieurs de ses ouvrages. La notice d'autorité de la Bibliothèque nationale de France donne aussi la date de 1516 à Angoulême et mort le 23 novembre 1592 et non en 1590 (comme souvent affirmé par erreur) à Paris. Linné lui a dédié le genre Thevetia de la famille des Apocynaceae.

Cadet d'une famille de chirurgiens-barbiers, il est placé à l’âge de dix ans contre son gré au couvent des Franciscains (ou Cordeliers) d'Angoulême. Peu porté sur la religion, il préfère dévorer les livres et voyager.

Protégé par François Ier, ainsi que par les La Rochefoucauld et la maison de Guise, il commence par voyager en Italie, chargé de diverses missions par ses protecteurs. À Plaisance, il se lie avec le cardinal Jean de Lorraine.

Le voyage au Levant, 1549-1552

En 1549, grâce à l'argent du Cardinal Jean de Lorraine, il embarque pour le Levant. Il visite la Crète et les îles de la mer Égée. Il séjourne près de deux ans à Constantinople, peut-être comme informateur pour la France. En 1552, il quitte Constantinople et part pour l'Égypte et le mont Sinaï, puis la Palestine et la Syrie.

De retour en France, il fait paraître le récit de ce voyage, en 1554, sous le titre de Cosmographie de Levant. Dans cet ouvrage, rédigé par un tiers, peut-être François de Belleforest, il énumère les curiosités archéologiques, botaniques et zoologiques rencontrées au cours de son long périple. Cependant, ce recensement doit plus à la compilation d'auteurs anciens qu’à ses propres observations.

L'ouvrage reçoit un bon accueil du public, en raison des 25 gravures sur bois « des bestes, Pyramides, Ypodromes, Colosses, Colomnes & Obélisques, les plus près de la vérité qu'a esté à moy possible ».

Le voyage au Brésil, 1555-1556

Il repart presque aussitôt comme aumônier de l'expédition du vice-amiral Villegagnon pour établir une colonie française au Brésil destinée à protéger les marins normands qui venaient sur le littoral se procurer le bois rouge, pernambouc (pau brasil en portugais), dont est tiré une teinture rouge. André Thevet séjourne de la mi-novembre 1555 à la fin janvier 1556, sur un îlot à l'entrée de la baie de Rio de Janeiro, là où se trouve la forteresse des Français, le fort Coligny. Il est le premier à mentionner l’existence de l'île de Paquetá. Malade, il doit cependant rentrer en France après seulement dix semaines passées sur place.

À son retour il publie, dès la fin 1557, sous forme d'un nouveau livre Les Singularitez de la France antarctique, le compte rendu des observations qu'il a pu faire des pays et peuples vus durant son voyage au Nouveau Monde. Ce témoignage, comme celui de Jean de Léry (1536-1613) atteste des tribus amérindiennes venues du nord rencontrées vers le milieu du XVIe siècle dans la région de Rio de Janeiro.

L'ouvrage le rendra célèbre et sera traduit en italien et en anglais (resp. 1561, 1568). Il suscitera aussi imitations et polémiques. Conformément à l'esprit du temps, il s'attarde sur les bizarreries, les singularités susceptibles de surprendre ses contemporains. De plus, en raison de sa maladie, il ne put contrôler toutes les informations que lui rapportaient les « truchements », anciens matelots vivant parmi les Indiens, qui servaient d’interprètes. Arrivé en France, il utilisera aussi les informations ethnographiques rassemblées par le secrétaire de Villegagnon et mettra à contribution un scribe helléniste, Mathurin Héret, chargé de truffer le texte de références aux auteurs grecs et latins. Les nombreuses références à l’antiquité gréco-latine seront un moyen constamment réitéré de réduire l’étrangeté première des « sauvages » à la familiarité des textes classiques.

Il est un des premiers à donner en français des descriptions peu précises mais honnêtes du manioc, de l'ananas, de l'arachide, de la noix de cajou et du pétun (le tabac), ainsi que du « grand ara rouge » (Ara macao), du toucan, du paresseux et du tapir. Il offre aussi le premier tableau ethnographique des Indiens Tupinamba. Au XXe siècle, l'ethnologue Alfred Métraux dira de l'ultime version augmentée de son voyage au Brésil, Histoire d'André Thevet Angoumoisin, cosmographe du Roy, de deux voyages faits par luy aux Indes Australes, et Occidentales, que le « chapitre sur l'anthropophagie rituelle des Tupinamba,... est sans doute un des plus beaux documents ethnographiques que nous ait laissé le XVIe siècle. » La qualité des 41 illustrations sur bois gravé de la flore, de la faune et des rituels des Tupinamba assure le succès de l’ouvrage à la cour et parmi les amateurs de curiosités.

Cependant il y reprend le récit de Francisco de Orellana sur les femmes guerrières, nues et belliqueuses, rencontrées le long du fleuve qu’Orellana baptisa « fleuve des Amazones » puis « Amazone », et plus tard, dans la Cosmographie universelle, il se dira « bien marry que je sois tombé en la faute de l’avoir creu ».

Son livre ne décrit pas seulement le Brésil, puisqu'il évoque aussi « Madagascar », qu'il nomme exactement ainsi et en précisant que c'est le nom que ses habitants lui donnaient.

Pour Frank Lestringant, spécialiste de la Renaissance, « Les Singularitez de la France antarctique constitue une œuvre phare de la littérature de voyage au XVIe siècle ».

Il obtient d'être affranchi de son ordre monastique en janvier 1559. Il se fixe rue de Bièvre, dans le Quartier latin à Paris, et devient en 1560 « cosmographe du Roy », c'est-à-dire géographe officiel, et au début de 1576 l'un des aumôniers de Catherine de Médicis. Il sert successivement quatre rois de France : Henri II et ses trois fils François II, Charles IX et Henri III.

Il se constitue rue de Bièvre un cabinet de curiosités où il collectionne les monnaies grecques et latines, des plumasseries du Brésil et du Mexique, des becs de toucan, des perroquets et caïmans naturalisés et autres singularités mais aussi des documents et mémoires relatifs au Nouveau Monde comme le précieux Codex Mendoza, manuscrit aztèque des années 1540-1541. Ces collections naturalistes et ethnographiques témoignent de son désir constamment réaffirmé d'assurer la primauté de l'expérience sur l'autorité. « Tout ce que je vous discours et recite, ne s'apprend point és escole de Paris, ou de quelle que ce soit des universitez de l'Europe, ains [mais] en la chaise d'un navire, soubz la leçon des vents… »

Il travaille à partir de 1566, au projet très ambitieux, d’une encyclopédie géographique universelle distribuée selon les quatre continents. Le volumineux ouvrage, intitulé Cosmographie universelle, publié en 1575 rassemble des documents originaux d’un intérêt capital pour la connaissance des peuples amérindiens du Brésil et diverses compilations comme celles sur l’Afrique et l’Asie, tirées de Navigationi et Viaggi, du Vénitien Jean-Baptiste Ramusio.

Anúncio

Bientôt sur l'application World in Stories

Audio, téléchargement hors ligne, sans publicité et plus.

Découvrir Premium
André Thevet | World in Stories