Ce Jour-là

André Rigaud (militaire)

Militaire français puis haïtien (1761-1811), concurrent de Toussaint Louverture

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André Rigaud est un militaire français puis haïtien né le 17 janvier 1761 aux Cayes (Haïti) et mort dans la même ville le 18 septembre 1811. C'est l'une des principales figures de la Révolution haïtienne.

Leader des libres de couleur de la province Sud de Saint-Domingue, il lutta pour l'égalité des droits civiques avec les Blancs. Après la loi du 4 avril 1792 qui mettait fin à la ségrégation raciale, il se rangea du côté des autorités républicaines, intégra l'armée française et, comme Toussaint Louverture, fut promu général.

Héraut du « parti mulâtre », maître du département du Sud, il fut, en 1798-1799, le principal concurrent de Louverture pour la direction de Saint-Domingue. Battu par lui en 1800, il dut s'exiler. En 1810, il revint en Haïti, et devint le chef d'un éphémère État du Sud avant de mourir l'année suivante.

La jeunesse d'un Mulâtre libre

Benoît Joseph André Rigaud naît le 17 janvier 1761 aux Cayes, chef-lieu de la province Sud de la colonie française de Saint-Domingue, aujourd'hui Haïti. Son père, Charles François Rigaud, était un Blanc venu de Provence, et huissier à la sénéchaussée de Saint-Louis. Sa mère, Rose Bossy, était une Noire née en Afrique dans la nation Arada (en actuel Bénin). Elle avait donc vraisemblablement été faite esclave, puis déportée à Saint-Domingue. Le père d'André Rigaud avait treize enfants, dont huit d'une première femme blanche, Élisabeth Rigaud née Poulain, et cinq de Rose Bossy.

A l'adolescence, André Rigaud partit pour Bordeaux, en France, où il apprit le métier d'orfèvre, avant de rentrer à Saint-Domingue.

En 1779, il s'engagea dans les Chasseurs volontaires de Saint-Domingue qui suivirent l'amiral d'Estaing pour venir en aide aux insurgés américains dans la Guerre d'indépendance des États-Unis. Il participa notamment au siège de Savannah, et c'est dans ce cadre qu'il apprit le métier des armes, comme toute une génération de jeunes Domingois de couleur.

Les gens de couleur libres, noirs ou mulâtres, étaient à l'époque victimes de lois de ségrégation leur interdisant notamment l'accès à certains métiers, aux professions juridiques et administratives, médicales, maritimes et religieuses. Certaines lois ne visaient qu'à leur humiliation : interdiction de danser après 21 heures, de s’habiller comme les Blancs, obligation de donner à leurs enfants un surnom africain…

La Révolution française débutée en 1789 à Paris offrait une opportunité historique d'abolir ces lois ségrégationnistes. André Rigaud et sa génération s'engagèrent dans ce combat.

Dès novembre 1790, en même temps que Vincent Ogé lançait un soulèvement dans le Nord, André Rigaud prit la tête d'une révolte des libres de couleur dans le Sud, près des Cayes, pour revendiquer l'égalité civique. Mais ses 500 partisans furent battus par l'armée royale, et Rigaud fut emprisonné à Port-au-Prince. Il en sortit en mars 1791 et regagna Les Cayes, où la population de couleur lui fit un accueil triomphal.

Un des chefs de l'Armée confédérée des libres de couleur

En août 1791, il reprit les armes au sein de l'Armée confédérée des libres de couleur, créée à la Croix-des-Bouquets pour relancer la lutte pour les droits civiques dans la province de l'Ouest. Il en fut aussitôt un des chefs, aux côtés de Lambert, de Louis-Jacques Beauvais et de Pierre Pinchinat.

Presque au même moment, dans le Nord, une insurrection éclatait parmi les Noirs réduits en esclavage, qui allait dévaster l'économie de plantation dans cette province.

Dans l'Ouest, l'Armée confédérée des libres de couleur battit à Pernier, le 2 septembre 1791, les ségrégationnistes blancs qui tenaient Port-au-Prince. Suite à cela, les belligérants firent la paix en signant, en octobre 1791, un « concordat » dont l'enjeu était de remettre les Noirs au travail et d'aplanir les différends au sein de la classe des hommes libres en reconnaissant les droits des Mulâtres. Une des conditions du concordat, posée par la bourgeoisie blanche, était que 300 anciens esclaves Noirs qui avaient combattu aux côtés des confédérés, et qu'on avait surnommé les « Suisses », soient désarmés et déportés hors de Saint-Domingue. Pinchinat et Beauvais y consentirent ; Rigaud s'y opposa, mais fut minoritaire, et les Suisses furent déportés vers l'Amérique centrale. Il partit ensuite pour Les Cayes, pour tenter de passer un concordat similaire avec les maîtres blancs du Sud, sans succès.

Le concordat de l'Ouest, néanmoins, fit long feu. Lorsque les extrémistes blancs de Port-au-Prince le rompirent, dès la fin novembre 1791, les affrontements reprirent. En mars 1792, les ségrégationnistes blancs furent sévèrement battus à la Croix-des-Bouquets. Quelques semaines plus tard, André Rigaud, revenu du Sud, et Louis-Jacques Beauvais mirent le siège devant Port-au-Prince, et reçurent l'appui du gouverneur Blanchelande. Le 6 juillet, ils entrèrent dans la ville où fut proclamée la loi du 4 avril 1792 reconnaissant l'égalité des droits civiques entre Blancs et libres de couleur.

En août 1792, André Rigaud accompagna le gouverneur Blanchelande dans une opération militaire pour soumettre l'insurrection des esclaves des Platons, dans le Sud. Mais l'offensive fut un échec. Contre l'avis des propriétaires d'esclaves les plus intransigeants, Rigaud négocia alors la soumission d'une partie des insurgés en échange de 700 affranchissements. Les affranchis furent ensuite organisés en compagnies militaires sous les ordres de Rigaud. Cette issue le rendit assez populaire auprès de certains ex-insurgés, comme Jean-Baptiste Goman, qui lui resteront fidèles par la suite.

En septembre 1792 une expédition militaire venue de France accosta à Saint-Domingue, dirigée par les commissaires civils Léger-Félicité Sonthonax et Étienne Polverel. Leur mission était de rétablir l'ordre dans la colonie, avec deux objectifs : d'une part, faire appliquer la loi du 4 avril 1792 abolissant la ségrégation raciale entre les citoyens blancs et de couleur ; d'autre part, avec l'aide des citoyens libres de toutes couleurs, mater les foyers insurrectionnels et remettre les insurgés noirs au travail dans les plantations.

André Rigaud et ses amis nouèrent bien vite une alliance avec les commissaires civils, et les aidèrent à faire taire les ségrégationnistes blancs qui voulaient faire échouer leur mission. C'est ainsi qu'en avril 1793, les autorités républicaines matèrent la sédition de Port-au-Prince. Dans la foulée, le 19 avril, fut fondée la légion de l’Égalité de l'Ouest, rassemblant des libres de couleur et des affranchis.

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